‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 190 sur 243 · MU 4791] DISCOURS SUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

MU 4791] DISCOURS SUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

3° Pourront néanmoins les particuliers qui auront été calomniés se pourvoir, pour obtenir la réparation du dommage que la calomnie leur aura causé, par les moyens que l'Assemblée nationale indiquera '.

d'après le « JOURNAL DE LA RÉVOLUTION )) DU 14 MAI 1791

Il a été fait lecture d'une adresse des patriotes de Barjac (département du Gard) envoyée à la Société de Paris par celle du Saint-Esprit. En voici la substance : Une explosion nouvelle se prépare ; elle est près d'éclater. Aujourd'hui on a déjà arboré des cocardes blanches et des plumets blancs. On a entendu M. Locadel dire hautement qu'il était temps de prendre ce signe des assassins de la liberté. M. Mazère a ajouté que c'était aussi celui de détruire tous les patriotes. Ce ne sont pas leurs seules atrocités. La Société des Amis de la constitution de Barjac se disposait à faire célébrer un service pour la mémoire de Riquetti Mirabeau : ce M. Mazère a dit que c'était un coquin, et les amis des lois et du bon ordre ont mieux aimé suspendre le service que de donner occasion à de nouveaux troubles. — Il se forme, en outre, un camp dans les plaines du Mazel (département de la Lozère); nous sommes dans des transes continuelles, et nous nous attendons d'un moment à l'autre à être surpris et égorgés, d'autant que les troupes de ligne ne paraissent pas disposées à nous soutenir. Nous sollicitons les détachements qui sont au Saint-Esprit de nous donner des secours, et nous espérons qu'ils nous sauveront des dangers dont nous sommes menacés de toutes parts.

Le général Luckner est entré dans la salle au milieu des applaudissements longtemps prolongés. Il est sur le point de partir pour prendre le commandement de sa division sur nos frontières du Rhin.

1. Robespierre soutint ces idées devant rAssemblée constituante le 22 août 1791. Malgré ses observations, on décréta dans la même séance cet article: « Nul homme ne peut être recherché ni poursuivi pour raison des écrits qu'il aura fait imprimer ou publier, sur quelque matière que ce soit, si ce n'est qu'il ait provoqué à dessein la désobéissance à la loi, l'avilissement des pouvoirs constitués, et la résistance à leurs actes, ou quelqu'une des actions déclarées crimes ou délits par la loi. » {Procès-verbal, n° 743, p. 14.)

412 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [H mai 1791]

[Même séance, d'après le Lendemain du 13 mai 1791 :]

Ouverture à six heures par 300 membres. La multitude est ensuite devenue innombrable, et lors de la clôture, à dix. heures et demie, il restait encore plus de 300 membres.

Lecture des procès-verbaux, ou journal des sottises de dimanche et lundi passés; adresses, compliments, tlagornages (sic).

Le président annonce le général Luckner. Il est introduit au milieu du bruit infernal qu'on appelle applaudissements, et il se place au bureau, à côté du président. On annonce que deux officiers, bons patriotes, sont aussi à Paris. On demande qu'ils soient admis aux séances pendant leur séjour, et cette faveur leur est accordée, ainsi qu'au général Luckner : les voilà gratifiés d'un rare et précieux honneur.

Cela fait, M. Brissot de Warville s'empare de la tribune, et, dans un long discours, bien parsemé d'injures et de sarcasmes contre M. Barnave, il a démontré, non sans succès, que les gens de couleur libres et propriétaires dans les colonies devaient jouir de tous les droits des citoyens actifs.

Quelques voix demandent l'impression du discours de M. Brissot. La proposition est rejetée.

M. Barnave a combattu l'opinion de M. Brissot; et, comme son système est celui des Jacobins, il a enlevé tous les suffrages.

Cependant M. Petion a rompu une lance en faveur du système de Brissot, mais sans effet; et Barnave a été soutenu par Laclos.

Jusque-là la séance s'était passée d'une manière assez innocente; mais on n'aurait pas dormi si on se fût couché sans dénonciation. On a donc lu celle qu'une députation avait apportée sous le nom de la section de l'Hôtel de ville contre la municipalité et que le temps n'avait pas permis d'entendre.

GXXII

d'après le « JOURNAL DE LA RÉVOLUTION )> DU 15 MAI 1791

Parmi les citoyens présentés pour être admis à la Société, M. de La Chaussée a éprouvé quelques difficultés. On a dit qu'il n'était point dans de bons principes, qu'il ne s'était pas montré depuis la Révolu-

tion; que, malgré les sollicitations de son beau-père, bon patriote, il a refusé de prêter le serment civique, etc.. Quelqu'un a voulu le justifier, et il a encore plus gâté sa cause. Enfin, sur les observations de M. Biauzat, qui a remarqué qu'il s'était introduit dans la Société beaucoup d'individus suspects et qui se rendent aux séances avec des intentions perfides, un second ajournement a été adopté sur la réception de M. de La Chaussée, jusqu'à ce qu'il justifie par des certificats de son district, ou autrement, qu'il est vraiment l'ami de la constitution.

La Société d'Angoulême fait part de son inquiétude sur les événements de Paris ; elle envoie copie d'une lettre qu'elle a adressée à M. La Fayette et par laquelle elle improuve le serment individuel et donne des éloges à la lettre de M. Dubois de Crancé '.

Une autre Société sollicite une réclamation de la part de notre gouvernement, auprès de celui d'Espagne, de plusieurs citoyens français condamnés aux galères parce qu'ils sont patriotes.

Les Sociétés de Dinan et de Saint-Servan annoncent avec douleur que les émigrations se renouvellent de la manière la plus déplorable; des ci-devant nobles, des prêtres, des femmes^ des enfants, des vieillardsi désertent la France en foule. Dix à douze familles entières, disent ces patriotes, vont s'embarquer aujourd'hui ou demain au plus tard.

L'Assemblée'nationale voit cela d'un œil indiiTérent, et de prétendus amis de la liberté calomnient tout projet de loi contre l'émigration, et notre argent disparait, et nos maux s'accroissent chaque jour.

Plusieurs demandent le licenciement de l'état-major et des officiers des troupes de ligne, ainsi que leur serment individuel.

Un article du procès-verbal, relatif au général Luckner, s'étant trouvé mal rédigé, on a observé que M. Luckner n'avait pas seulement sollicité la faveur d'être admis aux séances de la Société pendant son séjour à Paris, qu'il avait été présenté et reçu comme membre. L'observation a été accueillie par des applaudissements. M. Luckner a été ensuite adjoint aux commissaires déjà nommés pour le licenciement de l'état-major de l'armée.

On a repris la discussion sur le sort des personnes de couleur. M. Raimond, l'un d'eux, habitant de Saint-Domingue et qui vient d'établir, dans une brochure de soixante-huit pages, les droits de ces citoyens contre leurs antagonistes, a renouvelé à peu près les mêmes moyens et a répondu aux objections nouvelles faites à l'Assemblée

Page 1