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RÉFLEXIONS SUR LE CLUB DES JACOBINS

Nous faisons le journal des Sociétés patriotiques; mais nous nous permettons de rappeler à l'ordre certains Clubs qui nous paraissent s'écarter des principes. Nous avons parlé librement du Club des Fédérés, du Club des Vainqueurs de la Bastille, du Club monarchique, du Club des Cordeliers, de la Société fraternelle. Le Club des Jacobins lui-même ne serait point à l'abri de notre censure, s'il cessait d'avoir pour objet le maintien de la constitution, ce que nous ne croyons pas possible; car, pour parodier deux vers de Tancrede, nous avons toujours pensé que :

Si la liberté même habite sur la terre. Le Club des Jacobins en est le sanctuaire.

Nous connaissons un grand nombre des membres de ce Club, et, nous le disons avec autant de plaisir que de vérité, nous ne connaissons pas de plus honnêtes citoj^ens, de meilleurs patriotes, d'hommes plus dignes de la liberté.

Les autels de la religion la plus sainte sont quelquefois desservis par d'indignes prêtres; plus souvent peut-être les ministres respectables, confondus avec ceux dont la morale et la conduite sont

1. Journal des Clubs, iio XXVI [samedi 14 mai 1791], t. II, p. 588.

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répréhensibles, se trouvent en butte aux traits de la calomnie; mais les hommes pieux, qui remplissent les temples, n'en portent pas moins des adorations sincères à la divinité.

Le Club des Jacobins doit être regardé comme un temple élevé à la liberté. La constitution en est le gardien fidèle; les patriotes sont seuls dignes d'y être admis; trois mots sacrés pour eux, la nation, la loi, le roi, ne sont pas seulement inscrits sur les portes et sur les parois de l'édifice; ils sont gravés dans les cœurs, ils composent toute la croyance, ils sont l'unique objet du culte. Mais tous les temples sont exposés à receler par trois fois des profanes, des fanatiques, des frondeurs, des imposteurs, des incrédules.

Sans doute, il s'est glissé dans le Club des Jacobins des ennemis de la Révolution. Il s'y trouve des 2jrofanes, le nombre en est petit; il se réduit à quelques aristocrates déguisés, à quelques factieux intéressés, à quelques hommes vendus à un parti. Ce sont les moteurs secrets des troubles qui nous agitent; leur but est connu : ils veulent l'anarchie, ils veulent le brisement et le démembrement de l'empire, pour dominer ensuite sur une de ses parties. Ce sont des matières hétérogènes qui excitent la fermentation, et que la fermentation finira par assimiler à la masse générale, ou par rejeter au dehors.

Dans tous les temps, on a vu des esprits ardents qui portent tout à l'extrême, et sont loin du vrai but. S'ils sont religieux, ils aiment les austérités, les privations; ils peuplent les déserts; ils ne connaissent qu'un dieu livré au courroux et à la vengeance; ils sont enthousiastes, ils emploient la persécution, il leur faut des victimes : ce sont des fanatiques. Il y en a quelques-uns dans le Club des Jacobins : ils adorent la liberté, mais la connaissent-ils? Être libre, selon eux, c'est ne reconnaître aucun joug, pas même le joug salutaire des lois; c'est prendre sa pensée pour une inspiration divine; c'est prendre pour l'expression réfléchie de la volonté du peuple la résolution d'une foule quelquefois insensée et furieuse, et, presque toujours, mue par des ressorts qu'elle ne connaît pas elle-même; c'est mettre de la violence dans toutes ses actions ; c'est, enfin, vivre sans gouvernement fixe, comme les Tartares ou les Iroquois.

Au-dessous des fanatiques, sont placés, dans ce Club, des gens atrabilaires qui ne sont contents de rien au monde, pas même d'eux; qui trouvent l'Assemblée nationale perfide : ils brûlent d'en être; la constitution détestable dans son ensemble et dans ses parties : ils auraient désiré en dresser les articles; tous les décrets insignifiants ou dangereux : ils voudraient les porter; le département tyrannique : ils souffrent d'en être exclus; la municipalité tour à tour aristocrate

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