‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 193 sur 243 · MAI 1791] RÉFLEXIONS SUR LE CLUB DES JACODINS · texte numérisé non relu

MAI 1791] RÉFLEXIONS SUR LE CLUB DES JACODINS

et ridiculement inutile : ils en parlent par envie; la garde nationale effrayante ou méprisable : ils sont enrôlés et font leiu' service en enrageant; les mouvements populaires, le comble du délire : ils y donnent les mains; les sections turbulentes ou répréhensibles : ils y sont très assidus, il n'y a que pour eux à l'aire des motions violentes; les papiers incendiaires dignes du feu : ils les lisent tous et se nourrissent de leur esprit; les groupes punissables : ils s'y fourrent du matin au soir; les Clubs souverainement impolitiques, et le Club des Jacobins très mal composé : ils ne manquent pas une de ses séances. Ils ne veulent ni constitution, ni Assemblée nationale, ni roi, ni aristocratie, ni démocratie, ni gouvernement mixte et représentatif: ils veulent trouver tout /nauvais : ce sont des frondeurs.

Parmi les imposteia^s qui se sont introduits aux Jacobins, il faut compter tous ceux qui ne se sentent pas des talents assez éminents pour prétendre au rôle de factieux, qui intriguent bassement, qui espèrent se faire une petite réputation en usurpant la tribune pour y débiter une morale qui ne leur est pas propre, mais qu'on leur prescrit le matin lorsqu'ils vont à l'ordre; en répandant, en apparence, pour leur compte, des écrits où le mensonge, la contrainte et l'esprit de parti se font sentir; en faisant chaque jour une dénonciation nouvelle; en allant au-devant de celles qu'on ne pensait point à porter au Club ; en effrayant sur des dangers imaginaires ; en calomniant avec adresse et sous le voile de l'intérêt public; en déchirant la réputation de tous ceux qui se contentent de remplir leur devoir, sans crier dans les carrefours et sur les toits : je fais telle chose, je suis propre à tel emploi; en mettant des paroles à la place des actions, l'astuce à la place du raisonnement; la populacerie à la place du patriotisme, l'impudence à la place du courage, la jactance à la place des services réels; qui font tout pour s'attirer quelques bravos, quelques claquements de mains, quelque article dans rAjni ou VOrateur du peuple, pour se rendre dignes de ramper honorablement im jour à la nouvelle cour des factieux, lorsqu'ils auront réussi dans leurs projets.

Nous entendons par incrédules ceux qui, désignés sous le nom générique d'Amis de la constitution, n'adoptent pas les bases de cette constitution. Des hommes respectables, des citoyens très patriotes, peuvent être sincèrement républicains, et souhaiter de bonne foi le gouvernement aristocratique, ou la démocratie pure. Chacun a sa manière de concevoir et d'aimer la patrie ; nous vous avons assez fait voir, dans tout le cours de ce journal, que c'était franchement, et par principes, que nous tenions à la constitution française dont l'Assemblée nationale a posé les fondements, pour n'être pas soupçonnés Tome IL 27

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d'adopter une opinion qui s'en éloigne, pour convaincre même que nous la croyons une erreur. Mais nous ne serons point injustes et intolérants au point de condamner sévèrement ceux qui ne sentent pas comme nous. Que notre voisin professe la religion qui lui paraît la vraie, nous ne le mépriserons ni le persécuterons jamais pour cela, et, dans ce sens, les incrédules à la constitution ne nous paraissent pas déplacés dans le temple de la liberté ; ils peuvent même y rendre de grands services : ils y offriront une barrière aux partisans du despotisme.

Mais, laissant de coté les différents partis qui existent dans le Club des Jacobins, ne considérons que la Société entière. Disons d'abord ce que doit être un club, rapportons ensuite ce que nombre de personnes prétendent qu'est le Club des Jacobins, pour finir par exposer franchement ce qui nous parait être l'état actuel de cette Société.

D'après les décrets, que doit être un'club? Une société de citoyens qui s'assemblent paisiblement et sans armes, après en avoir donné avis à la municipalité du lieu. D'après la raison, que doit-on faire dans un club? Discuter les grands intérêts de la patrie, étudier, suivre fidèlement la constitution, la faire entendre à ses concitoyens, la leur faire aimer; entretenir le peuple dans la connaissance de ses droits, l'accoutumer à la pratique des devoirs de citoyens; le prémunir contre l'égarement; lui prêcher, par les préceptes et surtout par l'exemple, la soumission à la loi, sans laquelle il n'y a qu'une licence affreuse, au heu d'une véritable liberté; avoir les yeux ouverts sur les démarches de ceux qui sont institués pour l'exécution de la loi; et, s'ils s'en écartent, les dénoncer aux autorités légitimes supérieures, aux représentants même de la nation; éveiller l'attention du peuple et celle de l'Assemblée nationale sur tous les objets d'une utilité générale, gouvernement, politique, jurisprudence, agriculture, commerce, force militaire, police intérieure, établissements publics, bienfaisance, éducation, sciences et arts, enfin tout ce qui peut contribuer à la puissance et à la gloire de l'empire, à la liberté, à la sûreté, au bonheur des citoyens français. Ce rôle est magnifique à remplir, il suffit à l'ambition des Amis de la constitution, qui ne doivent se réunir en club que pour s'éclairer mutuellement, et qui, dans aucun cas, ne peuvent se permettre de faire les fonctions attribuées aux corps administratifs.

On a reproché au Club des Jacobins de contenir dans son sein des factieux dans toute la force du terme et la plupart des écrivains reconnus pour très incendiaires; on l'a accusé de tourmenter avec

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