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M. de .Montmorin. {Noie de l'original

[lo MAI 1791] LES PATRIOTES HOLLANDAIS 437

qui, dans le nouvel ordre de choses, sont indignes d'eux et de la France. Mais un rétablissement prompt, fait dans le commencement de nos malheurs, lui aurait épargné annuellement l'intérêt d'un capital que la Hollande régénérée aurait restitué avec des transports de reconnaissance.

Si l'on ne s'est pas étendu sur les misères particulières des patriotes hollandais, encore moins on s'étendra sur la situation présente de leur malheureuse patrie, et sur la façon de penser et d'agir de ses lâches tyrans. Ce tableau serait vraiment révoltant pour des âmes libres.

Il est juste cependant de retracer les outrages sans nombre que ces indignes oppresseurs se permettent contre un peuple libre.

Sans compter les avanies diplomatiques, ni les offenses particulières, qu'on se souvienne des insultes atroces dont on accabla l'ambassadeur français en 1788, opprobre sanglant aux yeux de toutes les nations policées, et telles qu'on rougirait d'en articuler les détails; qu'on se souvienne de la haine invétérée que la Maison de Nassau a vouée à la France et qu'elle inspire à tous ses adhérents; qu'on les voie en outre ligués contre le crédit national de France. N'ont-ils pas cherché à ruiner ses finances en accaparant l'argent monnayé? N'ont-ils pas, par le moyen de leurs vils et riches agendaires {sic), prodigué des trésors pour faire tomber le commerce national et pour causer ainsi en France, par une extrême détresse, une contre-révolution funeste? Oui, ce furent eux qui affamèrent Paris; c'est à eux que Ton doit l'exportation du numéraire et conséquemment la cherté des denrées; ce sont eux qui, au.x. approches d'une famine générale, refusèrent de vendre aux Français du blé, dans l'espoir de voir la France anéantie par le plus affreux des fléaux. Ce sont eux. Français, que nous vous dénonçons comme les ennemis les plus acharnés de votre patrie régénérée.

Voilà ce que notre devoir nous a commandé impérieusement de mettre sous vos yeux, voilà ce que nous devions apprendre à la France, où la grande partie des habitants n'était pas assez éclairée sur la validité de notre cause et du contrat qui nous lie avec cet empire. Nous avons attendu longtemps : notre intérêt et nos cœurs nous défendaient également de brusquer les moments et d'interrompre le cours des travaux dévoués au salut du peuple français.

Nous avons attendu longtemps, parce que tout nous annonce, tout nous convainc que c'est aux représentants de la nation à juger et déterminer Phonorable époque où la France se libérera de la dette sacrée qu'elle a solennellement contractée, et que nous avons une

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confiance sans bornes dans une nation si diirne d'être heureuse et libre, puisqu'elle a voulu l'être.

Nous n'ignorons pas, au reste, que les vérités terribles énoncées dans cet écrit réveilleront la haine des ennemis de notre cause. Yictimes de leur méchanceté, nous savons assez qu'au désespoir de se voir dénoncés à l'Europe ils joindront le désir de s'en venger. Nous prévoyons déjà la quantité de libelles que des auteurs vendus à leur parti, que de vils écrivains, qui ne respectent pas même le malheur, vont faire pleuvoir sur nous et sur notre cause; nous ne nous cachons pas les interprétations criminelles et odieuses que peut-être ils oseront donnera l'exposé de nos malheurs; mais nous les méprisons trop pour les craindre. Des hommes qui ont bravé la mort pour la liberté s'honoreront de la calomnie de ses détracteurs ou de ses faux apôtres ; et quiconque a parlé le langage de la vérité à des âmes libres ne redoute point l'effet contraire et passager de celui des sectateurs ou des agents du despotisme.

Que la généreuse nation des Français nous juge! Que les braves Français, sortis de la léthargie où le despotisme ministériel les avait plongés, soient justes et fidèles à leurs engagements! Jugez-nous, • braves Français, et pesez dans la balance de la justice nos réclamations et vos devoirs. Trois ans de misère et d'infortune sont accumulés sur nous; mais, malgré l'excès des malheurs qui nous accablaient, nous avons interrompu nos réclamations en contemplant le superbe spectacle de votre Révolution. Nous avons gardé un silence respectueux et nous nous sommes contentés d'admirer. Mais, à cette heure fortunée où le sort de la France est décidé pour toujours, nous invoquons la nation, nous lui offrons sans crainte nos espérances. Cette heureuse perspective était fermée pour nous sous le règne des ministres qui causèrent la honte et le malheur de la France. Mais, dans ce nouvel ordre de choses, les patriotes hollandais osent espérer.

Oui, Messieurs, vous vous rappellerez ce que vous devez à l'honneur des Français et au bonheur des Bataves. Peuple humain et généreux, qui chaque jour vous montrez plus digne de la liberté que vous sûtes conquérir, braves Français, recevez nos vœux et daignez accueillir vos frères! L'honneur français fait notre espoir et ne sera point trompé. Oui, la Hollande subjuguée renaîtra par votre appui : comme l'heureuse Amérique, elle vous devra son bonheur et sa liberté. Le destin des Français est de rompre les chaînes qui pèsent sur le genre humain.

De Beyma, ci-devant membre des Etals de la province de Frise ;

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