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46 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [29 janv. 1791]
pagné de quelques Amis de la constitution de Versailles, visitait les écuries, où il a trouvé environ 600 chevaux au lieu de 60 qu'on y comptait il y a un mois, et il s'est assuré, par ses yeux, de la réalité de ces préparatifs, tels que vaches énormes, sièges à l'allemande pour courir la poste, etc. ^ MM. Bonnecarrère et son collègue, nos deux députés, revenant par Sèvres, ont trouvé la Société des amis de la constitution de Sèvres assemblée à leur passage; 225 membres qui la composent, la plupart cultivateurs, les ont édifiés par la ferveur de leur civisme. C'est là que les tantes, à leur maison de Bellevue, se conduisent depuis le décret de la constitution civile du clergé comme si le royaume était en interdit, et n'osent plus, comme elles faisaient tous les dimanches dans le saint temps de l'ancien régime et du livre rouge, se nourrir du pain des forts depuis qu'il est rompu par des curés qui ont fait le serment. Les bonnes tantes n'attendent plus qu'un bon moment pour s'éloigner, en glapissant, d'une terre excommuniée. Sur quoi, M. d'Aiguillon a soutenu hier aux Jacobins qu'il n'y avait que le roi et M. le dauphin qui eussent besoin de passeports pour voyager, et qu'il devait être libre aux chères tantes, et même à la femme du roi, d'aller au pays d'Autriche quand elles en auraient fantaisie. Je féliciterai en passant le patriote d'Aiguillon, et plus encore sa section qui a eu le bon sens de s'emparer de lui et de le nommer commandant de bataillon; mais je ne saurais être de son avis qu'il faut laisser partir l'Autrichienne. Il a raison dans la rigueur du droit; mais, comme je ne cesse de le répéter, le salut du peuple est la loi suprême, et, en vertu de cette loi, si Antoinette veut s'en aller en Brabant, il faut faire comme le maréchal de Giac quand la reine Anne voulut s'en aller en Bretagne. On sait comme il arrêta les malheurs à Saumur. Mon avis est qu'il faut de même arrêter la vache, et prendre conseil des circonstances, qui, dans ce numéro, m'ont rempli de bile patriotique.
1. Voir la Chronique de Paris du 1" février 1791, p. 127 : « Deux commissaires de la Suciété des Jacobins ont, de concert avec celle de Versailles, et d'après les soupçons donnés d'enlever le roi, visité les écuries du château; ils ont trouvé, au lieu de 150 chevaux annoncés il y a quelques jours, 68i, dont 198 aux écuries du roi, 411 à la grande écurie et 75 à celle de Mesdames, tantes du mi. Os t'aifs et d'autres indices donnent de violents soupçons. Les membres de la Société de Versailles et ceux de la Société de Sèvres ont juré de veiller tour à tour, jour et nuit, pour déjouer les projets contraii'es au bien public. MM. les commissaires de la Société des Jacobins ont encore appris que depuis plusieurs jours on avait chargé des vaches et disposé des malles sur ditlérenles chaises de poste. »
]Mêmc séance, d'après l'Orateur du peuple, t. IV, p. 330.]
A la séance d'avant-hier, au club des Jacobins, M. Dubois de Crancé, qui fait journellement ses preuves de lumières et de patriotisme, est monté à la tribune et a dit : « Messieurs, le fait que je vais vous dénoncer est certain, positif, et j'en ai acquis la preuve. La famille royale est sur le point de partir. Tout est disposé, tout est arrangé pour la plus prochaine fuite. Faites votre profit de l'avertissement. Demain je vous en dirai davantage. » Groira-t-on que, par un effet de l'ancien caractère français, qui fut toujours l'imprévoyance, la légèreté, la présomption et Félourderie, cet avis patriotique ne fit qu'une légère impression? M. Dubois ajouta que le combat de La Chapelle n'avait été engagé que pour favoriser ce départ; qu'on avait espéré qu'en suscitant une violente attaque hors des murs de Paris les gardes nationales auraient abandonné le sein de la ville, et qu'attirées pour repousser le danger à une distance assez éloignée, la cour profiterait de ce moment précieux. Il est prouvé aujourd'hui que la reine, déguisée en jockey, les cheveux et les sourcils peints, devait, à neuf heures du soir, monter derrière un cabriolet à côté de son maître. On eut pris et on prendi'a la route de Rouen, et, de là, en rabattant sur la droite, celle des Pays-Bas. M. de Crancé a dit encore qu'on devait s'attendre avoir se renouveler tous les jours ces combats partiels dans les villages environnant Paris, dans la vue d'y attirer toute la garde nationale, et cela jusqu'à ce qu'enfin le complot puisse s'exécuter,
[Même séance, parodie par Marchand '.]
M. Dubois de Crancé, moins recommandable encore par ses belles actions que par celles des autres, dont il aime à se porter délateur, monta l'autre soir à la tribune des Jacobins. 11 toussa d'abord et se moucha ensuite, pour mieux se préparer à dire de jolies choses; et puis après il se frotta le cou pendant deux ou trois minutes. Ce n'est point cependant que M. Dubois de Crancé y ait mal, mais, comme il est menacé de mourir un jour d'un violent mal de gorge, il aime toujours à se frotter cet endroit par anticipation. Après ces petits préliminaires, qui sont d'usage parmi les sénateurs jacobites, le sublime orateur ouvrit la bouche et j^arla en ces termes :