‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 214 sur 243 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

530 SOCIÉTÉ Df:S JACODINS [20 jlin 1791]

telet. — Le prêtre Sieyès, qui a défendu la dîme, le prêtre Sieyès, qui ne voulait pas que les biens du clergé fussent déclarés nationaux, le prêtre Sieyès, qui a fait un projet de loi pour modérer la liberté de la presse, n'est pas le seul auteur de la déclaration qu'on vous a fait connaître. Il y a un an qu'un homme, sur lequel je m'expliquerai aussi hardiment, M, de La Fayette, établit des conférences avec ceux qu'il regardait comme les plus exaltés du parti populaire. Je fus admis à ces conseils, et, là, M. de La Fayette déploya la même opinion qui est répandue dans cet écrit. Il me faisait observer alors que, moi, qui avais déployé toute mon ardeur pour la cause de la liberté, j'étais banni des places par une espèce d'ostracisme des sections, tandis que M. Bailly avait été réélu. Il pensait encore qu'il lasserait bientôt les Amis de la constitution. Je lui répondis que le peuple, d'un seul mouvement, balayerait ses ennemis quand il le voudrait.

Dans une de ces conférences, où l'on croyait attiédir les patriotes, on me disait : « Ne serait-il pas possible que, vers la fin de la constitution, sans rappeler le système de M. Mounier, on représentât quelque chose d'équivalent? » On a bien cherché cette équivalence, on l'a bien fait mûrir, on a décidé les Sociétés amies de la constitution, et on a reproduit enfln cet équivalent sous les auspices d'une réputation factice, et à l'aide de quelques hommes qui ont eu l'infamie expresse de se servir de fausses signatures.

Et c'est ce même homme, tant prôné, qui, déserteur de notre Société, est l'auteur de ce projet, dans un temps de régénération où tout homme qui cherche à morceler un établissement utile à la liberté est un traître! Ils espèrent rester nobles en dépit de l'horreur que la noblesse inspire à toute la France. Ils veulent les deux chambres.

Mais non. Il y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action, et la pièce restera. Mais, quoique votre ennemi soit à demi battu, puisque sa trame est découverte, ne vous endormez pas dans une fausse sécurité; songez que vous avez affaire au prêtre Sieyès.

M. Grouvelle fait la motion que l'on écrive à tous les membres de la Société pour les engager à venir exactement aux séances. M. Desmoulins parle sur le fond de la question. M. Voidel demande que les déclarations qui doivent être imprimées soient signées chacune par son auteur.

Un membre fait la motion que M. Sieyès soit invité i'i se trouver cà la Société à sa prochaine séance, pour se disculper du faux (pi'uu lui reproche. M. Antuoine entame la discussion sur le fond et prouve que la déclaration était conforme ou diiTérente en tout de la constition, ou qu'elle n'en différait que par quelques points; que, dans les

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deux derniers cas, elle était dangereuse, et, dans le premier, elle était inutile. Il a fait la motion que, pour donner une preuve non équivoque de leur patriotisme, les membres signataires, entre autres M. de La Fayette, demandassent sous peu de jours, dans l'Assemblée nationale, l'abolition des ordres el l'unité des cliambres. On observe que M. de La Fayelte n'est pas signataire, et que sa réfutation doit paraître demain dans le Journal de Paris. M. Rœderer fait quelques objections à la demande totale de la suppression des ordres; il désire qu'on la restreigne pour le moment aux ordres qui exigent la noblesse. Cet objet est mis à l'ordre du jour de mercredi. La séance a été levée à onze lieures.

1° Quelques membres se sont réunis pour demander que les portes de la salle fussent ouvertes, et la séance, contre l'usage de la Société, a été commencée à midi. En l'absence du président et des secrétaires, M. Gautherot 2 a rempli provisoirement la place de président, et MM. Régnier neveu et Alexis Roussel ont rempli aussi provisoirement celles de secrétaires.

2" Un membre a proposé d'écrire une lettre au président de chaque section et aux Sociétés patriotiques de la capitale pour les inviter à faire part aux Amis de la constitution qui se trouvaient dans leur sein que la Société avait ouvert sa séance. Cette motion a été adoptée et mise à exécution.

3° Une députation de la section de Saint-Rocli a invité la Société à se former en comité permanent pour correspondre avec toutes les

1. Nous reproduisons ce compte rendu d'après le Procès-verbal de la séance du 21 juin 1791 de la Société des amis de lu constilulion de Paris, séante aux Jacobins. — Paris, Imp. nationale, s. d., in-8. — Bibl. nat., Lb 4U/604. — Le Journal ne donne que quelques ligues, parce que ce jour-là le rédacteur a été « éloigné de rassemblée par son service ». Sur cette séance, on lit dans la Chronique de Paris du 23 juin 1791 : « Jamais aucune séance de la Société des Jacobins n'avait été plus mémorable que celle de mardi au soir... Tous les Amis de la constitution se sont rapprochés; ils se pressent, ils se serrent, ils seront invincibles. » — Pour bien comprendre l'état d'esprit dans lequel la nouvelle de la fuite du roi jeta les patriotes avancés, il faut lire le serment tyrannicide du club des Cordeliers et le Manifeste de Marat. On trouvera ces deux pièces dans Bûchez, t. X, p. 284 à 289.

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