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Sur ces faits, voir le Moniteur, VIIF

3. Ils ont été souvent reproduits, notamment par Toulongeon, llisloire de France, t. I, pièces justiûcativL'S, p. 100.

548 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [24 juin 1791]

Sociétés affiliées. « Des couronnes civiques sont distribuées aux trois citoyens. » On arrête que leurs bustes « seront placés dans la salle de l'Hôtel de ville ».]

M. Drolet. — Messieurs, vous nous avez accordé beaucoup trop d'éloges. La plus grande partie de ce que nous avons dit, c'est la municipalité et la garde nationale de Yarennes qui l'ont fait. {Applaudi.)

On décerne une adresse pour remercier la municipalité et la garde nationale de Yarennes, qui sont affiliées, c'est-à-dire, comme l'a remarqué un membre, toute la ville. — M. le Président couronne les trois citoyens, aux acclamations générales, et nomme une députation pour les reconduire à la municipalité et se concerter avec elle pour une médaille à frapper en mémoire de cet événement.

La séance a été levée à minuit.

[A propos de cette séance, on lit dans rAmi du Peuple du 28 juin 1791 : J

« Depuis quelque temps, il (le général La Fayette) s'est réconcilié avec les endormeurs du Club des Jacobins, dont il chercbe à capter les bons patriotes. » — [Et en note) : « Je suis convaincu que les membres de l'Assemblée qui ont fondé le Club des Jacobins, excepté Robespierre, le seul homme pur qu'il y ait dans le Sénat, sont des royalistes cachés qui, à la bassesse des principes des noirs, joignent encore la tartufferie. Ils n'ont joué le patriotisme que pour usurper la confiance du peuple et le retenir lorsqu'il ferait éclater sajuste fureur contre les pères conscrits contre-révolutionnaires. Je regarde donc les députés jacobins comme des endormeurs lâches et hypocrites. Parmi les autres membres de ce club, il y a encore de bons patriotes, tels que Danton, Legendre, Fournier. Ce sont des patriotes qu'ils s'efforcent de capter. Il y a quelques jours que les Lameth et Barnave les invitèrent à venir prendre le chocolat chez eux, où devait se trouver Motier. »

[UAmi du Roi du 2G juin 1791 parle en ces termes de cet incident : ]

Yendredi dernier, un grenadier de l'Oi'atoire a fait, dans la tribune des Jacobins, cette dénonciation aussi grave qu'alarmante, mais qui n'a point étonné ceux qui connaissent la perfidie du général. (Mesures prises par Motier pour laisser la garde du château des Tuileries aux volontaires gangrenés de Henri IV, des Feuillants, de Saint-Roch et des Filles de Saint-Thomas. ) Malgré les clameurs des mouchards de Motier, qui s'efforçaient d'imposer silence au dénonciateur, et malgré les efforts des Lameth, de Menou et autres pères conscrits endormeurs, qui

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s'efforçaient de calmer rindignation de quelques chauds palriotes, l'énergie du grenadier en a imposé à toutes les créatures du général conspirateur; et on lui a nommé deux commissaires pour aller faire la même dénonciation au Comité national des recherches, où elle sera ensevelie par les fripons vendus de ce comité contre-révolutionnaire.

PRÉSmENCE DE M. PRIEUR

M. le Secrétaire fait lecture d'une adresse présentée à la Société des amis de la constitution de Marseille sur la liberté de la presse. Cet écrit est une des meilleures réponses à la motion anti-philosophique répétée ces jours-ci dans une feuille patriote contre les écrivains aristocrates'.

M... — Il se répand un bruit que le peuple de Sèvres a été arracher de chez lui un vicaire non assermenté, et qu'on lui a fait des outrages si violents quil en a pris une maladie dont il est mort. On ajoute que cette démarche a été faite à l'instigation de la Société des amis de la constitution de ce pays. Comme je suis convaincu qu'il est impossible qu'une société ait eu ce tort, je demande qu'on lui écrive pour savoir d'elle à quoi est due cette inculpation.

Un membre de la Société rend compte du fait, ce qui disculpe entièrement et la Société des amis de la constitution et le peuple de Sèvres de l'excès dont on les accusait.

M. Gerdret rend compte, au nom de la députation envoyée hier au Conseil de ville, de la résolution prise par le conseil de frapper une médaille en mémoire de l'arrestation du roi, et d'insérer dans son procès-verbal que cette médaille avait été décernée sur la demande de la Société des amis de la constitution de Paris.

[Nouvelles de l'arrestation du roi. — Conseil aux Parisiens de ne pas croire aux bruits d'invasion du territoire. — Un patriote, retour du Brabant et du

1. D'après Vllisloire de France do Toulongeon, t. I, pièces justificatives, p. lU-i, les Jacobins entendirent lecture, dans la même séance, d'une autre communication de la même Société de Marseille. C'était une adresse à eux envoyée par cette société pour louer Robespierre et Danton, et déclarer que, si ces deux « apôtres de la liberté » étaient menacés, les Marseillais voleraient à leur défense. Cf. Bûchez, t. X, p. 421.

SSO SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2o juin 1791]

Luxembourg, donne des détails sur les espérances des troupes ennemies campées sur la frontière '.]

M. Dufourny présente un projet de médaille imaginé par M. Simon, de Troyes. Mais, sur ce qu'on observe que la municipalité s'est chargée de ce soin, on demande à passer à l'ordre du jour.

Il s'élève des plaintes sur divers ambassadeurs de France en pays étranger. Des inculpations fortes sont faites par un membre de la Société au ci-devant baron de Talle^rand. Ce membre engage le Comité diplomatique à donner toute son attention à cette partie intéressante du gouvernement.

M, Dufourny demande que, pour éviter les inconvénients qui peuvent résulter de la facilité que quelques membres ont à prêter leur carte, chacun soit tenu de la porter dans l'Assemblée sur la poitrine ou à la boutonnière. Cette motion, mise aux voix, est adoptée.

On passe à l'ordre du jour. — Divers orateurs occupent la tribune sur cet objet. Tous concluent à ce que le roi est coupable.

La séance est levée à dix heures.

[Dans la même séance, la Société entendit un discours de M. Simonne, dont le Journal ne parle pas. Nous le reproduisons d'après l'imprimé intitulé : Discours de M. Simonne, ancien sous-ingénieur des ponts et chaussées de Bourgogne, membre des Sociétés de la constitution de Dijon et de Paris, prononcé à la séance du 25 juin 1791, à la Société des amis de la constitution, et imprimé par son ordre. — Paris, Imp. nationale, s. d., in-8 de 4 pages (Bibl. nat., Lb 40/605) : ]

Messieurs,

Je vous apporte aussi le tribut de mes pensées dans la grande question qui s'agite aujourd'hui.

Au moment où l'arrestation du roi n'a plus été un doute, je me suis demandé, comme tous les Français : Quel parti la nation va-t-elle prendre ?

Il ne se présente que deux aspects sous lesquels la nation peut considérer la conduite de son premier fonctionnaire, de sou premier délégué.

1" Elle peut le regarder comme un parjure avec intention, qui n'attendait que le moment favorable à la violation de ses serments pour

1. D'après Toulougeon, la Société entendit aussi un rapport de Barnave sur l'arrestation du rui. Il en donne le texte, Histoire de France, t. I, p. 102-101.

se déclarer ouvertement et sans pudeur l'ennemi de la constitution, que tant de fois il a juré de maintenir.

2" La nation peut et doit regarder le roi comme un homme faible, sans caractère, sans énergie, et conséquemment sans grandeur d'àme; en un mot, elle ne le doit regarder, dans la circonstance présente, que comme l'instrument passif des ennemis de la liberté.

Dans le premier cas, le roi, par le fait même, doit perdre la couronne, parce qu'il a trompé le souverain qui la lui a confiée, parce qu'il s'est déclaré l'ennemi de la nation en rejetant la constitution qu'elle se donne, et que seule elle a le droit de se donner.

Dans le second cas, le roi ne peut plus remonter sur le trône, parce que sa conduite actuelle le rend indigne de la confiance publique ; parce qu'étant trop faible et incapable de tenir le gouvernail de l'empire, il exposerait à chaque instant le vaisseau de l'Etat à de nouveaux écueils.

Il suit donc de tout ce que je viens de dire que le roi doit être déchu : la raison, la justice, et surtout l'intérêt de la patrie, cette loi suprême, doivent dicter ce décret, décret qui fera trembler tous les despotes de la terre, décret qui affermira pour jamais notre liberté naissante, décret, enfin, qui montrera à l'univers étonné la majesté, la grandeur, les droits et le pouvoir d'un peuple libre.

Dans des temps malheureux, où les ténèbres de l'ignorance environnaient nos pères, des prêtres, des papes, ces misérables successeurs des Césars, ont déposé des rois; et vous, nation, vous souveraine, vous hésiteriez, vous craindriez de faire, dans ce siècle de lumière, et en usant de vos droits, ce que votre intérêt vous commande, tandis que les ennemis des peuples et des rois le faisaient illégalement et impunément jadis pour de simples intérêts particuliers? Non, je me plais à le croire, la nation française, l'exemple des nations, saura se respecter, et montrer au monde la dignité d'un peuple.

La constitution d'un peuple libre ne peut être altérée, ni par les crimes, ni par les faiblesses, ni même par les vertus d'un individu : ainsi, la nôtre ne peut être nullement attaquée par la conduite du roi. L'Assemblée nationale a cru devoir décréter la monarchie pour mode constitutionnel de notre gouvernement, et la monarchie existe légalement ; elle existe comme être de raison ; elle est indépendante de l'absence ou de la présence, de l'acceptation ou du refus d'un fonctionnaire quelconque. Dans l'un ou l'autre cas, la nécessité n'exige qu'un remplacement légal du fonctionnaire qui abandonne la place où la loi l'a mis.

S52 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [23 juin 179 1]

Qu'arrive-t-il dans la circonstance présente? C'est que le premier monarque de Tunivers, légalement choisi, vient, par sa conduite illégale et déloyale, de rompre tous les rapports qui l'attachaient au système politique; c'est-à-dire qu'il n'est plus rien dans ce même système. Ainsi, le roi doit être regardé comme mort pour la royauté, et la nation doit pourvoir à son remplacement.

L'Assemblée nationale a déclaré la monarchie héréditaire, et par là elle a pourvu au remplacement de son premier fonctionnaire et a évité tous les malheurs qu'entraînent les partis. Le roi, par sa conduite, est censé mort pour la nation. Mais les crimes sont personnels, ils ne peuvent plus atteindre les tètes innocentes de la famille du coupable. Or, si quelqu'un est innocent de la fuite du roi, c'est certainement son fils.

D'après tout ce que je viens d'exposer, la marche simple de la nation se trouve prescrite naturellement. Elle doit déposer le roi, veiller à sa sûreté, lui accorder une garde qui réponde de sa personne, lui accorder un traitement digne d'une grande nation qui agit toujours généreusement, même avec ses ennemis; elle doit, dis-je, lui accorder un traitement digne d'elle, mais tel cependant qu'il ne permette au pensionné aucun moyen de devenir entreprenant.

Elle doit proclamer roi le dauphin, et aviser, dans sa sagesse, pour lui créer un conseil de régence, ou lui donner celui que la loi appelle à cet emploi. Enfin, elle doit s'emparer du nouveau roi, l'environner d'instituteurs vertueux et citoyens qui, par leurs mœurs, leurs opinions et leurs talents, puissent servir de garants aux vertus, aux mœurs et aux opinions que leur élève doit avoir.

Par cette conduite, la nation sera juste, sera magnanime; elle créera un grand phénomène : un roi citoyen; elle détruira l'esprit affreux des cours, qui corrompt les cœurs les plus vertueux; elle fera un grand pas vers le rétablissement de ses mœurs.

Après la lecture du procès-verbal, M. le Président présente à l'Assemblée les huit gardes nationaux de Varennes dont on avait arrêté

1. Voir aussi un compte rendu <le cette séance dans le Journal de la Bccoluiion du 28 Juin 1191.

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que les noms seraient inscrits au procès-verbal. Les applaudissements retentissent dans toute la salle.

M... — Je demande que les noms de ces huit citoyens soient inscrits sur un tableau qui sera placé dans cette salle, à côté de la pierre de la Bastille.

M... — Je fais à cette motion un amendement : c'est que ces noms soient gravés sur une pierre de la Bastille.

M... — J'ajouterai à ces deux propositions que l'on inscrive aussi sur cette pierre les noms du procureur syndic, des officiers municipaux, gardes municipaux et autres cito3'ens de Varennes et de Sainte- Menehould, qui ont concouru à l'arrestation du roi.

M... — Je demande en outre qu'il soit délivré à chacune des personnes dont les noms seront inscrits sur ce tableau un extrait du procès-verbal de cette séance, signé de M. le président et d'un secrétaire.

M... — Je désirerais qu'un second fableau, semblable à celui qui sera dans cette salle, soit envoyé à la municipalilé de Varennes.

Ces différentes motions, mises aux voix, sont adoptées à l'unanimité. Une députation des gardes nationaux du département de la Meuse prononce un discours patriotique, dont l'impression et l'envoi aux Sociétés affiliées sont arrêtés.

M. Anïuoixe. — Nous ne saurions sans doute, Messieurs, donner trop de marques de notre reconnaissance aux braves citoyens qui ont évité à la France des embarras fâcheux. Je désirerais cependant que, dans le monument que l'on se propose d'élever à leur gloire, on se réserve de dire que la fuite du roi n'aurait pas enchaîné notre liberté. Je vous propose. Messieurs, la rédaction suivante : « Le 21 juin 1791, MM..., citoyens de Varennes, Sainte-Menehould et Clermont, ont arrêté Louis XVI, sa femme et ses enfants. Cette action courageuse a été utile à la patrie. Mais la fuite d'un roi ne pouvait porter atteinte à la liberté : les Français ne la tiennent que d'eux-mêmes. »

Un membre demande l'ajournement sur la rédaction.

[.V. Noailles demande qu'elle soit arrêtée sur-le-champ. « Quand le cœur parle, il ne faut pas tant consulter l'esprit. » Le courage de ces sept ou huit citoyens a été vraiment héroïque, si l'on considère les dangers qui les menaçaient. Il a demande que les excellents chevaux des gardes du roi fussent distribués aux soldats du régiment qu'il commande. Il a obtenu que ce régiment soit toujours au poste d'avant-garde. Il ne demande pour lui-même aucun avancement, et déclare même qu'il est prêt à céder son grade à un i)lus digne. J

M. llœDEREiî. — Je demande que la rédaction de l'inscription soit

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renvoyée au Comité de correspondance, parce que celle qu'a présentée M. Anthoine est en style de raisonnement, et non en style lapidaire. M. Laclos. — La seule mesure qui, selon moi, puisse convenir, est le concours, renvoyé au temps le plus court possible- Cet avis est accepté, et l'époque du concours est fixée à trois jours.

[Détails sur l'armement de la garde nationale de Meaux. — Lettre de Bruxelles, demandant des renseignements sur la fuite du roi; — de Tournai, sur ce même objet. — M. de Kersaint obtient l'entrée de la séance pour deux membres du Parlement d'Angleterre'. — M. Victor Broglie donne des renseignements sur les dispositions patriotiques des gardes nationales de Strasbourg et des villes situées sur la route de Strasbourg à Paris. — M. Barnave rend compte de la mission des « membres de cette Société qui ont été chargés de ramener le roi= ». — Une députation de la garde nationale de Reims et de Chàlons est reçue « avec les plus vifs applaudissements ». — M. Dumas fait l'éloge de toutes les gardes nationales qu'il a pu voir dans sa mission. — M. l'évoque du département de i'Ai7i loue le patriotisme de ses ouailles, et obtient l'aftilialion pour la Société des amis de la constitution établie à Ferney- Voltaire. — Un garde national de Varennes donne des détails relatifs à l'arrestation du roi.]

On passe à l'ordre du jour.

Deux orateurs remplissent la tribune. Le premier conclut à ce que le roi, reconnu coupable par la loi, son crime lui soit pardonné par la nation, sans toutefois qu'il remonte sur le trône. Le second s'attache à combattre les opinions de MM. Danton et Lépidor, qui n'ont pas été généralement adoptées par la Société. Son discours avait fait assez de plaisir pour qu'on demande l'impression, mais l'Assemblée s'est jugée trop peu nombreuse pour en décider, et l'objet a été ajourné.

La séance a été levée à onze heures.

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