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Tome II

562 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [26 juin 1791]

en conjure, le ministre à prendre une résolution qui leur soit favorable; et, s'il résiste, invitons le Comité diplomatique à prendre sur lui toute la gloire d'une pareille négociation. Si le ministre la méconnaît, il n'en est pas digne; je compte peu sur lui. Lorsqu'on lui parle de cette affaire, quelque chaleur qu'on puisse y mettre, il répond froidement qu'il y a une capitulation, faite avec les Cantons, qui s'oppose à la délivrance de ces malheureux. A l'entendre, une rupture avec nos alliés serait inévitable si nous prenions le moindre intérêt au sort de ces infortunés soldats. Méprisable et cruel subterfuge! Quelle est donc cette capitulation si hautement réclamée? Comment donc. Messieurs, si l'horreur du sang humain avait dicté à nos législateurs une loi qui abolit la peine de mort, ainsi qu'un grand nombre d'entre eux y inclinait, une capitulation n'en donnerait donc pas moins le droit à des étrangers de garnir nos places publiques de potences ou d'échafauds? En vain un nouveau code serait consacré par les Français à l'indulgence et à la philosophie; en vain le ministère des bourreaux serait en quelque sorte aboli. Le ministre des affaires étrangère? vous dira que les bourreaux doivent toujours exister, en vertu d'un privilège qu'il a signé, qu'il a consenti. Et avec qui a-t-il fait un si barbare traité, ce traité qui donne le droit de faire pendre, de faire rouer des hommes, de les envoyer aux galères partout où on en trouve? Quelle nation vous forcera de conserver les galères et les supplices que vous avez abolis? Sont-ce les Cannibales? Non. Le ministre vous dit que ce sont les Suisses. Les Suisses! il connaît bien peu leur caractère. 0 Suisses! nation brave, loyale et généreuse, comme on vous calomnie! Les descendants de Guillaume Tell, les premiers amis de la liberté, réclamer le droit de forger des chaînes, de faire des esclaves! Non, sans doute : les Suisses béniront le jour où cet article de leur capitulation sera anéanti. Et vous aussi, Messieurs, vous le bénirez; et, si le sort des malheureux soldats n'était pas aussi attendrissant, si chaque minute de leurs souffrances n'était pas aussi longue pour des âmes sensibles, je vous féhciterais de cette nouvelle occasion qui vous est réservée de manifester vos sentiments. Oui, la tiédeur, la récalcitrance des ministres nous est vraiment utile. Ils ne font pas une faute qu'ils ne fournissent une bonne action, (pi'ils ne réservent un triomphe éclatant à la justice et à l'humanité.

Signé : i.-^i. Colloï d'Hkruois, commissdlre-rdpporleiu'; Tu. Hahy, Tu. GouGY, membres de la Société de Brest, covimisscùres-adjolnts.

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