SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA CONSTITUTION
COMITÉ DE CORRESPONDANCE (Paris, liup. nationale, s. tl., in-4 de 2 pages.)
Paris, le 30 juin 1791.
Messieurs,
Les derniers événements arrivés dans la capitale, les circonstances difficiles dans lesquelles nous nous sommes trouvés, la non-interruption des séances de la Société, les devoirs que, comme citoyen, chacun de nous a eus à remplir, nous ont forcés de laisser jusqu'à ce moment sans réponse les dernières lettres que vous nous avez adressées. Nous vous prévenons que nous avons arrêté de ne reprendre le cours de la correspondance que nous entretenons avec vous qu'à compter de la date de cette lettre, et de répondre avec la plus grande exactitude à celles que vous nous écrirez désormais.
Nous vous assurons d'ailleurs que nous avons examiné avec soin les divers objets que vos précédentes lettres ont confiés à notre sollicitude, et que nous en avons suivi les effets auprès des différents comités de l'Assemblée nationale.
Nous sommes, avec des sentiments bien fraternels.
Les membres du Comité de correspondance,
AuGiER, Barnave, Broglie, Brostaret, Ciiépy fils, Choderlos, Collot d'Herbois, d'Aiguillon, de Gay, Dumas, du Port, Charles Lameth, Tuéodore Lametu, Laquiante, Menou, Patris, Louis Poncet, Robespierre, Rousseau, Roussille-Chamseru, Saliceti, Simon, Vasselin et Vercuère.
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Juillet 1791
PRÉSIDENCE DE M, BOUCHE
La rédaction du procès-verbal donne lieu à une discussion assez longue. On observe qu'un procès-verbal ne doit contenir que le précis des faits qui se sont passés dans une séance, et non des opinions qu'on y a examinées.
M. Charles Lameth. — C'est à la nature de la discussion que sont dus les vices que l'on reproche au procès- verbal. En effet, il est impossible qu'il soit autre chose qu'un précis des faits ; il ne peut être la narration de ce qui s'est dit à l'assemblée. M. Anthoine a parlé de coalition entre les nobles et les militaires. Je dis que cette expression est incivique. Je dis que ce mot : noble, excite dans les ci-devant nobles le souvenir de ce qu'ils ont été, et, dans ceux qui ne l'étaient pas, le regret de ne l'avoir pas été.
M. Anthoine. — J'ai cru devoir faire part de mes craintes sur une coalition des ci-devant nobles. Je n'ai désigné personne. Et, s'il était besoin de donner une preuve de mon estime pour M. Lameth, je dirais que je viens de lui donner ma voix pour être président à l'Assemblée nationale ; et, la Société s'en [sic] rappelle sans doute, sur les réclamations que M. Lameth fit dans la dernière séance, je me suis opposé à l'impression de mon discours.
M. Bourdon. — Je demande que celui qui est ou serait inculpé dans le procès-verbal soit chargé de le rédiger.
On donne lecture du bulletin de la maladie de M. Dubois de Crancé, qui se trouve aussi bien que son état puisse le laisser espérer.
On fait lecture d'une adresse rédigée par le Comité de correspon-
1. A cette date, le journal l'Ayni du roi publia une diatribe violente (signalée par la Chronique de Paris du 3 juillet) contre la Société des Jacobins, « qui, sur les ruines de tous les clubs, siège sans remords au sein de la capitale et y lève son front d'airain ».
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tiance, et destinée aux. habitants des campagnes, pour les engager au prompt payement des contributions. La rédaction est agréée, l'impression et l'envoi aux Sociétés affiliées arrêtés».
M. NoAiLLES. — Je demande la parole, Messieurs, pour vous dénoncer un paragraphe de l'Orateur du peuple, dans lequel on lit que tout Paris, grâce aux émissaires de Motier et de Noailles, son beau-frère, s'est laissé persuader que les trois courriers amenés sur le siège de la voiture du roi étaient des simples gardes du corps, et non MM. de Guiche, etc.
Je déclare que, si c'eût été mon père, mon fds et mon frère, j'aurais peut-être pu taire leurs noms; mais je ne leur en aurais pas substitué d'autres. Je vais tâcher d'éclaircir les faits. Je ne dis pas que ces trois courriers fussent des gardes du corps, car je déclare que je ne les connais pas; mais j'atteste que ce ne sont pas MM. de Guiche, etc. Je demande que M. Gattelier, commandant de la garde nationale de Reims, qui a accompagné le roi pendant la route, soit entendu, et que l'on nomme trois commissaires pour se transporter dans les prisons et vérifier ce fait.
M. Feydel. — Messieurs, je vous déclare qu'ayant été à la rencontre du roi, j'ai reconnu dans les deux courriers MM. Valory et Moustier. J'étais lié d'amitié avec l'un et l'autre. L'auteur de cet article de VOrateur du peuple me connaît assez pour que je sois assuré qu'il n'aura pas besoin d'autre avis pour corriger cette erreur.
M. Anthoixe. — Nous devons ajouter la plus grande foi au témoignage du préopinant, une encore plus grande à celle des commissaires de l'Assemblée nationale; mais je crois que, pour le maintien de la liberté de la presse, il ne faut pas faire une attention trop scrupuleuse à quelques assertions des journalistes. Ce serait, selon moi, donner beaucoup trop d'importance à cet objet que de demander, sur un pareil motif, l'ouverture des prisons. Je demande donc que, sur la motion de Noailles, on passe à l'ordre du jour. {On applaudit .)
M. Varex.xe. — Je monte à cette tribune, persuadé qu'elle est le siège de la liberté. J'y parlerai le langage d'un homme libre et dégagé des préjugés nationaux. J'ai été étonné que l'Assemblée nationale, s'étant établie pouvoir constituant, n'ait pas commencé par analyser tous les pouvoirs. J'ai été non moins étonné que, promettant une nouvelle constitution à la France, elle se soit contentée de faire quelques règlements fondés sur les bases de l'ancien gouvernement. Aujourd'hui que le trône est presque renversé par la fuite du roi, je suis