e discours se trouve dans le n" 20 du Journal
Ll«'- JUILLET 1791J SOCltTÉ DES JACODliNS 575
faut « attendre que le procès nous donne des lumières ». Sur le délit, comme « les tribunaux actuels, même la haute Cour provisoire, ne peuvent juger que dans les formes anciennes », « l'Assemblée nationale ne pourrait-elle pas décider seulement si Louis XVI est ou n'est pas dans le cas de la déchéance »? De plus, « il est constant que dans ce moment l'exercice de la royauté est arrêté; il est donc constant qu'il y a des mesures à prendre pour cet exercice de la royauté ». Or, « la méfiance généralement répandue demande qu'on apporte à cette mesure la plus grande célérité ». « Il faut nommer un régent. » Mais « TAssemblée a non seulement à avancer l'achèvement de la constitution, mais elle doit coopérer à sa perfection ». El l'on peut se demander « si nous nous sommes défaits du despotisme d'un seul pour être soumis à celui de douze despotes ». Aujourd'hui que le pouvoir exécutif s'est déconsidéré, l'Assemblée n'a plus de motif de le ménager. Aussi devrait-elle « revoir les décrets qui ont rapport à la limitation de la puissance et du traitement du premier fonctionnaire public ». La constitution n'est pas assurée tant qu'on n'a pas décidé « à qui appartiendra le droit de convoquer la garde nationale », droit « qui ne peut pas appartenir au pouvoir exécutif », ni « au pouvoir administratif, ni même à personne autre qu'au peuple seul ». El la liste civile! Et la nomination aux emplois militaires, qui, « telle qu'elle existe, est un moyen certain de perpétuer une noblesse réelle militaire »! Enfin, dire que le gouvernement serait représentatif ne signifiait pas que « toutes les chaînes de l'administration viendraient aboutir à des ministres tous dans la main du roi », — Ce discours a été interrompu par un courrier portant des dépêches à MM. Emmery et La Rochefoucault.]
On répond que ces messieurs ne sont pas membres de la Société. M. Barri/ annonce que ce courrier, garde national, avait des dépêches pour MM. de Beauharnais, Duportail, de La Rochefoucault et Emmery, qu'il lui avait dit apporter la nouvelle que mille aristocrates avaient fait une descente en Anjou, sous le pavillon anglais, et que dix mille hommes, partis de Nantes, les avaient investis et faits prisonniers.
La discussion continue.
La séance a été levée à dix heures et demie '.
CLXIY
PRÉSIDENCE DE M. BOUCUE
[On lit la liste des membres présents, puis une lettre sur les dispositions
1. Cf. un couipte rendu de cette séance dans le u» 32.J du Journal de la Révolutioîi (dimanche 3 juillet 1791).
2. Cf. un couipte rendu de cette séance dans le n» 327 du Journal de lu Révolution (mardi '6 juillet 1791).
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patriotiques des habitants de Bordeaux à la nouvelle de l'invasion des Espagnols.]
On fait lecture de l'adresse rédigée pour la municipalité de Varennes.
M. BiAUZAT. — Si cette rédaction n'est pas arrêtée, je demande à faire quelques observations. On traite de perfidie le départ du roi dans cette adresse. Assurément je ne suis pas plus partisan qu'un autre du départ du roi, cependant...
Grand bruit, grand tumulte, au milieu duquel M. Laclos dit à l'opinant que la rédaction est arrêtée, et qu'elle est inscrite au procès-verbal de la veille. M. Biauzat veut continuer la discussion de l'adresse; le plus grand tumulte s'élève; il descend de la tribune, et, au milieu des cris, on lui entend dire : « Cette adresse ne vaut rien, elle ne vaut rien du tout ; elle compromet la Société. »
Le calme renaît peu à peu. On apprend enfin que non seulement l'adresse est rédigée, mais qu'elle est partie à sa destination, et que c'est par erreur qu'on en a fait une seconde lecture.
M. Feydel. — Dans ce moment, l'Assemblée nationale s'est occupée d'un scrutin indicatif pour le choix du gouverneur à donner au fils de Louis XVI ' . L'Assemblée nationale s'est trompée aussi souvent sur le choix des personnes qu'elle l'a fait rarement sur les choses, et, sur la liste pubhée hier, s'il se trouve quelques personnes honnêtes, il s'en trouve aussi quelques-unes avec lesquelles un honnête homme rougirait de se trouver. Je demande que nous fassions aussi un scrutin indicatif pour mettre les membres de l'Assemblée, qui sont peu à même, à raison de leurs grandes occupations, de connaître tous les gens de mérite, à portée de se guider dans leur choix.
M. Biauzat, — En appuyant de toutes mes forces la motion du préopinant, je demande à jeter sur cela quelques principes. Je pense que tout homme qui, sous l'ancien régime, a obtenu des faveurs du despotisme, est indigne de ce choix. Depuis deux ans que j'observe les
1. Le 24 juin 1791, TAsseuiblée nationale avait décrété qu'elle nommerait un gouverneur à l'héritier présomptif de la couronne. Le 28, elle avait décidé de dresser d'abord, dans ses bureaux, une liste indicative des citoyens qui paraîtraient propres à remplir cette fonction. Cette liste, lue dans la séance du 2 juillet 1791, comprenait 92 noms, et fut réduite aussitôt à 91, vu que l'Assemblée ordonna la radiation du nom de Bouille, qui s'y trouvait. Parmi ces 91 noms, ou l'emarque ceux de l'abbé Auger, Bernardin de Saint-Pierre, Berquiu, Bcugnot, Bigot de Préameneu, Bougainvillc, Broussonnet, Cérutti, Coudorcet, Dacicr, Ducis, Guyton-.Morvoau, Hérault de Séchelles, Kersaint, Lacépéde, Malesherbes, Necker, Saint-Martin, Sorvan, l'abbé Sicard. Fixée au 30 juillet, l'élection du gouverneur du Dauphin fut indéfiniment ajournée par les décrets des 30 juillet et 28 septembre 1791 : elle n'eut jamais lieu.
personnes, j'en ai vu, qu'on croit très bons patriotes aujourd'hui, tergiverser suivant les circonstances. Les académiciens ont toujours été dans la main du roi; il faut les rejeter. Méfiez-vous, Messieurs, de ces hommes qui ont plus d'esprit que de cœur.
Lorsqu'il n'y a que des talents à donner à nos enfants, nous prenons des éducateurs, en nous réservant les droits de la paternité sur eux. Mais ici il faut un gouverneur qui tienne lieu de père à notre jeune enfant. Je ne crois pas, à cet égard, qu'un homme qui n'a pas été père puisse être un bon éducateur. Je conclus donc à ce que nous -écartions tous les académiciens, toutes les personnes qui ont reçu des faveurs de l'ancien régime, et que nous n'admettions dans nos scrutins que des hommes qui aient été pères, et reconnus pour avoir été bons pères. [On applaudit.)
Un Africain [sic). — J'appuie avec toute ma force la motion de ce bon père. Mais, puisque l'Assemblée nationale a décidé de ne pas choisir ■dans son sein le gouverneur du dauphin, et puisque le roi, dans son manifeste, s'est plaint de cette Société ', je demande que le gouverneur soit choisi clans la Société.
M. RoussiLLE. — Je propose, pour amendement, qu'en faisant son scrutin chaque membre soit tenu de le signer. Si on eût pris cette précaution à l'Assemblée nationale , personne ne se serait avisé de mettre sur la liste le nom de l'infâme Bouille.
La motion, mise aux voix avec l'amendement, est adoptée.
[il/. Quesnaxj Ut une lettre de Dun sur la fuite du roi. Les commissaires donnent des nouvelles satisfaisantes de la santé de Dubois-Crancé. On passe à l'ordre du jour. Plusieurs orateurs occupent la tribune. On distingue le discours de M. Real-. Pour la troisième fois, dit-il, « l'Assemblée nationale est en situation de n'écouter que la justice et la raison ». Et pourtant on ne peut pas encore parler de la république, qui sera le gouvernement de l'avenir : « il faut discuter la question dans l'hypothèse de la monarchie ». Le pouvoir exécutif, confié aux ministres sous leur responsabilité, réside en fait dans les
1. Dans son manifeste du 20 juin 179t, Louis XVI disait en effet: « Il s'est établi des associations connues sous le nom des Amis de la constitution, qui offrent des corporations infiniment plus dangereuses que les anciennes; elles délibèrent sur toutes les parties du gouvernement, exercent une puissance tellement pi'épondérante que tous les corps, sans en excepter TAssemblce nationale même, ne font rien que par leur ordre. »
2. Ce discours se trouve partie dans le n° 21 et partie dans le n° 22 du Journal. — Cf. Opinion de P.-F. Real sur la question de savoir quel parti il faut prendre dans les circonstances actuelles, prononcée dans la Société des amis de la constitution, séante aux Jacobins, le 3 juillet 1791. — Paris, Imp. nationale, 1791, in-8 de 15 p. (Bibl. uat., Lb 40/Gll.)