‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 232 sur 243 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

La question importante que vous agitez maintenant offre cinq branches qui toutes présentent un égal intérêt :

Le roi sera-t-il jugé?

Par qui sera-t-il jugé?

Dans quelle forme sera-t-il jugé?

Comment sera-t-il provisoirement remplacé?

Comment le sera-t-il définitivement s'il est destitué?

Toutes ces questions doivent être traitées séparément, avec cette lenteur, cette réflexion, que commande l'importance de ce procès national, avec cette solennité qui doit entourer une nation qui accuse du plus grand des crimes un de ses représentants, avec cette liberté, cette franchise d'opinions, qui caractérisent des amis de la vérité.

M. Petion a, dans la dernière séance, sagement circonscrit la discussion actuelle à la première de ces questions :

Le roi sera-t-il, peut-il être jugé? Respectant la limite qu'il a posée, et que vous avez paru approuver, je m'y renfermerai. Je ne traiterai donc, quant à présent, aucune des questions subséquentes, quoique nos adversaires cherchent à les annuler, à les confondre, afin d'égarer les esprits, afin de leur inspirer des préventions contre le parti sévère que commandent l'intérêt, la justice et la majesté nationale. Ce n'est pas, Messieurs, que nous redoutions le combat qui nous est offert par

1. Il y a aussi, à la uiêiue date, l'iuiprimé suivant : Discours prononcé par M. Brissof, à l'Assemblée des amis de la constilulion, le 10 juillel 1791, ou Tableau frappant de la situation actuelle des puissances de l'Europe. S. 1. n. d., in-8 de 8 p. (Bibl. nat., Lb 40/615.) Mais ce n'est qu'un extrait du discours de Brissot sur la question de savoir si le roi peut être jugé.

nos adversaires. Oui, quand il en sera temps, nous leur prouverons que, soit que le roi conserve la couronne, soit qu'on le remplace, le salut du peuple, le salut de la constitution, exigent que le trône soit entouré d'un conseil qui, tenant ses pouvoirs du peuple, inspire la confiance au peuple. Nous leur prouverons que cette forme, loin d'altérer la constitution française, est conforme à cette constitution, conforme à ses bases essentielles; nous leur prouverons qu'ils ont toujours ignoré ou feint d'ignorer la nature de ces bases; qu'ils ont constamment déliré ou trompé dans leurs accusations contre le républicanisme; qu'en calomniant sous ce mot vague le gouvernement représentatif, ils calomnient la constitution française ; nous leur prouverons que ceux qu'ils appellent républicains sont les plus fermes défenseurs de cette constitution ; nous leur prouverons enfin que le mode de conseil électif, déjà présenté dans cette tribune, est le seul capable de ramener la confiance dans le pouvoir exécutif, et par conséquent la paix et l'harmonie, tandis que le mode proposé par eux n'est propre qu'à couvrir d'opprobre le peuple français, en fomentant la discorde et l'anarchie.

Alors, Messieurs, dans cette discussion solennelle, qui, je l'espère, aura lieu dans cette assemblée, disparaîtra complètement le malentendu qui divise les patriotes; malentendu qu'entretiennent l'artifice et les calomnies de nos ennemis, et dont un mot peut d'avance détruire tout le poison.

Que veulent ceux qui s'élèvent ici contre les républicains?

Craignant l'anarchie, la voyant dans les assemblées tumultueuses, ils redoutent, ils détestent les démocrates d'Athènes et de Rome; ils redoutent la division de la France en républiques fédérées; ils no veulent que la constitution française, la constitution représentative : ils ont raison.

Que veulent, de leur côté, ceux qu'on appelle républicains? Ils craignent, ils rejettent également les démocraties tumultueuses d'Athènes et de Rome; ils redoutent également les quatre-vingt-trois républiques fédérées; ils ne veulent que la constitution représentative homogène de la France entière... Nous sommes tous d'accord, nous voulons tous la constitution française.

La seule question qui nous divise en apparence se réduit à ceci : le chef du pouvoir exécutif a trahi ses serments, a perdu la confiance de la nation; ne doit-on pas, si on le rétablit ou si on le remplace par un enfant, les investir d'un conseil électif qui inspire la confiance, si nécessaire dans ces moments de troubles?

Les patriotes disent oui; ceux qui veulent disposer ou d'un roi mé-

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