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JANV. 1791] CONVERSATION DE M. HERVÉ

pour vous prouver que je sais me contenir. Quelle est leur mission? Pourquoi se sont-ils faits les singes de l'Assemblée nationale, ensuite ses docteurs, puisses tyrans? Ils voulaient, disaient-ils, préparer, avec les bons patriotes, les délibérations de nos législateurs. Est-ce donc préparer des délibérations libres et paisibles que de les dicter et les prescrire, défaire barbouiller du papier à Marat, le plus exécrable et le plus sanguinaire déraisonneur qui fut jamais, de faire applaudir les tribunes, de faire brailler la terrasse des Feuillants, de faire courir dans les cafés et guinguettes, de faire partir des exprès pour les provinces, d'en faire arriver des adresses, d'assembler à la barre de prétendus ambassadeurs de l'univers à 12 francs pièce, d'y faire jouer des farces à des écoliers, à de prétendues religieuses, à des enfants aveugles, à des sourds et muets? Tous ces faits ont été publics, les journaux révolutionnaires les ont publiés eux-mêmes. Biaise Garât, dans le Journal de Paris, s'en est extasié ' avec cet air niais qui me charme toujours. Et vous, malgré toutes vos préventions, vous n'avez pu prendre le change, et vous avez deviné les auteurs de ces scènes ridicules. Etait-ce, dites-moi, le côté droit, ou n'était-ce pas le Club infernal des Jacobins?

« Ceux d'entre vous qui ont suivi de loin en loin les séances du Manège ne savent-ils pas que toutes les pièces qu'on jouait sur ce théâtre, tantôt ces tragédies effroyables, tantôt ces parades bouffonnes et ces fourb^:■ries de Scapin, avaient été répétées la veille aux Jacobins? Quelle délibération a été vraiment libre? Ne savait-on pas qui devait parler, qui serait applaudi, qui serait hué, qui serait présenté aux poissardes pour recevoir des bouquets, ou livré aux va- nu-pieds et aux aboyeurs de conspirations pour être menacé de la lanterne? On essayait aux Jacobins les adresses aux provinces avant que de les soumettre au jugement de l'Assemblée. Les opinants reçoivent la mesure de chaleur ou celle d'embrouillement et de

1. Je ne suis pas grand liseur, mais je me rappelle dans ce moment que, dans le temps de ses extases, on me donna quelques vers qui le peignaient au naturel :

Sur l'adhésion des provinces Aux décrets de douze cents princes , Garât s'extasie à loisir.

Sur ces décrets quand il se pâme.

Je vois la méprisable femme Qui, sans amour et sans désir.

Par un charlatanisme infâme.

Pour un écu feint l'exercice du plaisir.

(Note de l'orii^hial.

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sophisme jusqu'à laquelle elles doivent aller. Là, on s'alarmait contre les aristocrates et l'on dénonçait les mille et une conspirations imaginaires; là, on s'indignait contre le Chàtelet, ou contre le prévôt de Marseille, ou contre ces brigands de la maréchaussée et ces brutaux déjuges, qui, dans quelques endroits, poursuivaient trop rigoureusement les citoyens brûleurs de châteaux ou les héros du 5 octobre. Il fallait s'en tenir à tout ce qui avait été réglé au club patriotique par excellence, et un pauvre président de l'Assemblée était bien embarrassé quand la marche des législateurs s'en écartait tant soit peu. La bonne M""^ Target en fut toute déconcertée. Un jour, pendant sa présidence, on la pressait vivement, ce qui est toujours très indiscret envers une personne en gésine. J'en fus affligé. M""" Target ne put que dire : « Mais, « Messieurs, ce n'est pas là ce dont nous sommes convenus hier soir « aux Jacobins. » On la hua. Messieurs, cela n'est-il pas horrible? »

C'est ainsi que ce brave Hervé, tantôt en riant, tantôt avec une généreuse indignation, s'exprimait sur ceux que nous avions crus les amis de la constitution. Nous lui donnions de ces applaudissements moins tumultueux que ceux des tribunes, mais plus flatteurs, parce que ce sont ceux de la franchise et du bon sens. Cela l'anima de plus en plus; il parla au moins une heure; il se mit à détailler non plus des ridicules, mais les crimes horribles des Jacobins, leur reprochant le sang versé à Marseille, à Toulon, à Valence, à Troyes, à Lyon, à Perpignan, à Nîmes, à Montauban, en Quercy, en Bretagne, à Soissons, à Angers, à Nancy, à Brest, au delà des mers. Il parla des envoyés, de leurs instructions, des sommes données, des Bouch..., du président

Mirab..., de Barn..., d'Alex L '. Il raconta les nouvelles horreurs

du comtat Venaissin, il lut la déclaration de guerre que les affiliés jacobins d'Arles ont adressée à une pauvre cité du pape ; il annonça les craintes que l'on a d'une guerre entre deux départements (la Drôme et les Bouches-du-Rhône), et enfin il conclut que tout notre bouleversement, notre disette, nos défiances mutuelles, l'anéantissement de l'armée, de la flotte, de tous les impôts, de tous les pouvoirs et de presque toute espérance, étaient le résultat des patriotiques bavardages du Club des Jacobins.

a Je l'ai dit tout haut, ajouta-t-il, et je ne m'en délirai pas ; et qu'on ne me reproche pas d'attaquer des gens qui ne m'ont rien dit et de m'exposer à leur colère. Je ne crains pas leur colère, et la mienne est plus juste. Ce sont eux qui .l'ont provoquée, et par le mal qu'ils font à tout le royaume, et par celui qu'ils viennent d'essayer de faire à la ville

]. II s'agit (le Bouclic, de Mirabeau, de Barnave, d'Alexandre do Lauieth.

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de Paris et à sa garde nationale. Qu'est-ce que cette lettre injurieuse coutre nos chasseurs qu'ils viennent de répandre dans le royaume? Qu'est-ce que ce ton d'enthousiasme et ce serment de prodiguer leur fortune et leur vie en faveur des délateurs? Il y a trop de délateurs, il y a assez de serments. Je veux bien ne pas examiner si ceux qui crient si haut n'étaient pas les vrais coupables, et si ce ne sont pas eux qui avaient préparé l'insurrection de La Chapelle, comme on dit qu'en ce moment ils en font une à Strasbourg, dansla même intention, contre l'impôt de tabac. Ce qui est certain, c'est que les chasseurs n'étaient pas coupables. La municipalité les a disculpés elle-même, et elle a bien fait. Elle eût mieux fait encore de s'élever avec dignité contre le Club incendiaire des Jacobins. Ceux-ci feront bien de n'y pas revenir, s'ils ne veulent que des guerriers indignés aillent un jour attaquer cette caverne et en chasser les brigands. »

Cela dit, M. Hervé alla souper sans crainte, toutefois après nous avoir chanté les couplets suivants, qui lui paraissent assez analogues à la situation actuelle de sa patrie.

ROMANCE PASTORALE Sun l'air : Quoi! vous parlez sans que rien vous arrête.

Quel sort affreux menace ma patrie?

J'entends partout des plaintes, des sanglots; Mon cœur, hélas! près de sa belle amie Ne goùlc plus ni plaisir ni repos.

Tous les bergers, désertant la prairie, Suivent, hélas! un sinistre drapeau.

Tendres bergers, l'amour de la patrie N'oblige point à quitter son troupeau.

Ah! reprenez vos tant douces musettes, .\bandonncz ce barbare tambour; Son bruit, liélas! vaut-il les chansonnettes Que répéliez sur le soir d'un beau jour?

Tous ces rubans de sinistre présage, Tendres bergers ne sont pas faits pour vous; Gentil ruban ne doit être au village Qu'un gage heureux d'un sentiment plus doux.

Plus de bergers pour la tendre bergère : Tous ont juré d'aller perdre le jour ; Ah! croyez-moi, sur la verte fougère, S'il faut mourir, ne mourez que d'amour.

Pauvres bergers, qui venez dans nos villes Voir disputer tous nos savants bourgeois, Ah ! croyez-moi, regagnez vos asiles, Ne quittez plus les habitants des bois.

En me plaignant du sort de ma patrie,

Je redemande aux échos d'alentour

La douce paix, le bonheur de la vie,

Mes prés, mes fleurs, mes tranquilles amours.

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