s"agît évidemment de Mirabeau, de Barnave, de Petioii
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Finissons cette pénible nomenclature.
Que serait-ce, si nous y ajoutions les propos indécents, les discussions séditieuses, les anecdotes antipatriotiques, les projets extravagants, les discours ennemis de toute autorité, les motions sulfureuses, et ce mélange d'absurdités, tantôt atroces, tantôt ridicules, à l'usage journalier d'une Société formée par toutes les passions, qui n'est retenue ni par la crainte, ni par les égards dus à autrui, ni par le respect (ju'on se doit à soi-même, ni par les convenances ignorées des uns et méprisées des autres?
Que peut-on espérer d'une corporation où les grands s'abaissent par hypocrisie, oîi les petits s'élèvent par intérêt, et où tous jouent l'égalité; d'une corporation où les gens éclairés se gardent bien d'instruire, où les ignorants se gardent encore mieux de le paraître, où l'on ne répand de lumière que celle qui part du fanatisme; d'une corporation où la tyrannie masque si mal ses projets qu'elle veut étouffer ses rivaux au berceau, et sent si bien sa faiblesse qu'elle ne cherclie que des esclaves?
Vous... Je m'arrête. Votre tort unique est de compromettre vos vertus, du moins d'excellentes qualités. Si l'indignation a rendu mon style voisin de la violence, si je parais m'adresser au Club entier des Jacobins, ne pensez pas que je croie tous ses membres complices. Je sais qu'il en est que le patriotisme aveugle et que le fanatisme des chefs a égarés; je sais que plusieurs gémissent en secret d'une coupable adhésion, et qu'ils croiraient, aux yeux prévenus de la multititude, déserter la cause de la liberté; je sais que d'autres espèrent du temps ce qu'ils ne peuvent obtenir de leur courage. Aussi ce pamphlet, que les malheurs du moment m'ont commandé, ne s'adresset-il qu'à ceux qui ont séduit, par le prestige du talent, des hommes vrais dont la loyauté gâte l'esprit, si j'ose hasarder cette expression, à ces chefs qui, par système, égarent la multitude dans l'espoir de rendre sans force les citoyens dispersés. Effacez de cette liste nombreuse quinze à vingt noms, et nous nous glorifierons d'être admis parmi les vrais .Vmis de la constitution. Mais malheur, trois fois mallieur à qui serait assez lâche pour porter les fers de ses égaux et ployer sous le joug des usurpateurs de l'autorité!
[Ce pnni|ililcl fut ap|)récié en ces lermes par le Lendemain du i février 1791 : |
Une assemblée qui ne conserve aucune mesure n'a droit à aucun ménagement. Le Suétone de ces tyrans part de ce principe et va au fait: « Ce club, qui se vante de connaître la liberté, ne rougit pas de se créer un Comité des recherches. — Dans ce club, on a proposé de
[A Fi:v. 1791] LES SECRETS DU CLUB 7o
composer une nouvelle municipalité, c'est-à-dire qu'il veut anéautir la Commune. — Ce club, par sa conduite envers le Club monarchique, anéantit, au mépris des décrets, la liberté des opinions, la liberté de s'assembler, la liberté individuelle. »
Il faut lire, dans cette brochure même, avec quelle éloquente indignation l'auteur s'élève contre le despotisme de nos nouveaux orateurs. Peu de pamphlets sont marqués à un coin plus nerveux. La vérité, la vraie liberté, le péril de la patrie, arrachent à l'auteur des mouvements, je ne dis pas qu'on doit admirer, mais qui doivent faire frémir. — Nous avons cru reconnaître le burin profond et énergique qui traça, il y a quelques semaines, sous le titre de Conspiration des J... dévoilée^ la marche astucieuse et tyrannique de ce club désolateur, qui insulte aux ministres, adule le peuple, persécute les prêtres, calomnie la noblesse, attaque les rois chancelants sur leur trône, injurie une femme qui, contre toute une nation, n'a que son fds et son courage; « ce club, poursuit-il, où les grands s'abaissent par hypocrisie, où les petits s'élèvent par intérêt, où tous enfin jurent l'égalité. »
Nous invitons cet écrivain courageux et vraiment patriotique à démasquer ainsi, les ims après les autres, tous les grands abus, les grands vices, les grands vicieux qui désolent ce beau royaume. — Nous avons tous besoin de l'ordre. C'est au sage à le ramener en éclairant doucement le peuple. La maturité de ses idées, leur abondance, l'aplomb imperturbable de sa plume, sont des garants sûrs des succès qu'il peut se promettre. j
XXYl
PAMPHLET
GRANDE DÉNONCIATION A LA TRIBUNE DES JACOBINS DE L'ARRIVÉE PE L'EMPEREUR LÉOPOLD A PARIS
lATÏi: PAR M. BARNAVE, LE 7 FÉVRIER 1791
S. 1. 11. (1., Jii-S (le 7 pages.)
Messieurs, Je ne viens point ici faire bâiller cette respectable assemblée à des contes de fées, comme cela ne lui arrive que trop souvent. Je viens,
1. II s'agit sans doule du paiiiphlef intitulé : Trahhon cnnlrc l'Étal, nu les Jacobins clévoilés, Voir t. I, p. 1S7.
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et, vous le savez, mon violent amour pour la patrie l'emporte toujours sur mon humanité, je viens vous dénoncer l'arrivée du plus grand contre-révolutionnaire que nous ayons à craindre.
Je vous dénonce donc Léopold, se disant empereur de Germanie et roi de Hongrie ; voici les faits sur lesquels j'appuie ma dénonciation, et que je prie l'assemblée de peser dans sa sagesse.
Le ci-devant duc de la Grande-Toscane vient, Messieurs, de former un trhanguesat, comme l'a dit si élégamment notre cher Camille Desmoulins, avec le pouvoir exécutif de Prusse et le pouvoir exécutif de nos quatre-vingt-trois départements et de nos quarante-quatre mille municipalités.
Ce trlumguesat, Messieurs, enrôle publiquement dans l'Allemagne pour une contre-révolution, et jugez par le détail dont je vais avoir l'honneur de vous faire part, jugez des dangers que nous courons. Le pouvoir exécutif de Prusse fournit dix-huit cent mille hommes de cavalerie : chaque cavalier aura deux fusils, un sabre, huit pistolets, une lance de fer depuis un bout jusqu'à l'autre, une hache d'armes, le pot en tête, les cuissards et les brassards d'acier, sans compter la calotte de plomb, le casque et la cotte de mailles; or, vous sentez qu'une pareille armée peut faire un vacarme épouvantable. Chacun de ces cavaliers est accoutumé à tirer à la fois ses deux fusils et ses huit coups de pistolet, de manière que cela fait à peu prés quinze millions de coups qui partiront ensemble, et, Messieurs, qui est-ce qui pourra résister à un feu si terrible?
D'ailleurs, comme vous le voyez, ces soldats bardes de fer seront invulnérables et nos coups ne porteront jamais que sur les moineaux qui passeront au-dessus du champ de bataille.
Les troupes de Prusse entreront toutes à la fois par le Ilainaut, la forêt des Ardennes, et arriveront en bel ordre aux portes de Paris; pendant ce temps-là, l'empereur Léopohi, monté ce jour-là sur un cheval aussi puissant que celui qu'Ulysse fît jadis entrer dans Troie, et vous le croirez sans peine quand vous saurez qu'on l'a exprès choisi chez les Petits-Tartares, l'empereur, dis-je, arrivera au grand galop par la route de Talenciennes; il se joindra aux dix-huit cent mille Prussiens, et, en arrivant, on dénouera la valise qui contient soixante-quinze mille canons de quarante-huit, lesquels, en ne tirant que trente coups par minute, ne laisseront pas que de faire un joli charivari au-dessus de nos tètes.
Jugez, Messieurs, de l'effet que vont faire ces dix-lniit cent mille Prussiens; j'en tremlde d'avance, quoicpu.' de mon naturel je ne suis pas tremblant. Des Prussiens, Messieui's, savez-vous ce que c'est, des
[Tféy. 1791] GRANDE DÉNONCIATION 77
Prussiens? Savez-vous que ces gens-là, au moindre signe, tournent à droite et à gauche comme on veut? Savez-vous que ce sont tous des pourfendeurs plus terribles que Sacripant et Sacrogorgo? Et ces soixante-quinze mille canons que l'empereur porte en croupe, et dix millions de bombes que les galères de Léopold vont apporter! Ah! Messieurs, tirons promptement le voile sur ces horreurs contre-révolutionnaires, et sachez tout de suite quel est le but de ces immenses apprêts, et ce que Ton vous prépare.
Vous savez, ou vous ne savez pas, que Léopold a à Vienne, sur le Danube, une quantité vraiment étonnante de galères. Eh bien. Messieurs, ces galères sont commandées ; elles vont descendre le Danube, de làla Vistule; elles entreront dans l'Océan; elles reviendront par cette route gagner Rouen ; de là, remontant la Seine, elles viendront s'emparer du port Saint-Nicolas et du port au Blé. En arrivant, elles livreront un assaut au Pont-Rouge ; elles débarqueront dans File Saint-Louis les dix-huit millions de bombes dont je viens de vous parler, et alors elles feront un l'eu roulant sur toute la ville, de manière qu'en moins de trois secondes elles auront tout exterminé.
Que feront les Prussiens pendant ce temps-là? Ils iront droit à la place des Victoires; ils se formeront en bataille rangée; de là aux Tuileries il n'y a pas loin; un détachement d'Allemands de douze cent mille hommes ira prendre au cliâteau le pouvoir exécutif, et tous ensemble ils prendront aussitôt, Léopold à leur tète, la route de Bruxelles où, en arrivant, ils se rafraîchiront; on a même promis aux soldats à chacun un demi-setier de bière brune pour les encourager.
Voilà, Messieurs, le plan dans toute son étendue. J'ai effrayé cette auguste assemblée ; cependant ce n'est pas le cas de se laisser intimider; que notre patriotisme, au contraire, n'en acquière que plus de chaleur ; ranimons notre courage et voyons ce que nous pouvons opposer, avec l'espérance de réussir, à une pareille attaque. Je vais vous faire part des moyens de défense que je crois que nous pouvons raisonnablement employer.
D'abord, comme les Prussiens sont tous cavaliers, je suis d'avis que nous rendions un décret qui oblige tous ceux qui ont des chevaux, des ânes, des mulets, des bourriques, qui les oblige, dis-je, de monter dessus et de se réunir en corps d'armée pour combattre les Prussiens en rase campagne : car, si nous les attendons dans nos murs, ils nous écraseront avec leurs bombes. En second lieu, mandons sur-le-champ à la barre le commandant général La F., ordonnons-lui d'exercer tous les jours ses troupes à tirer douze coups à la
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fui?;, afin que notre feu soit aussi actif que le leur. En troisième lieu. qu'on fabrique quinze cent quatre-vingt-dix mille canons de toute étoffe pour pouvoir répondre à ceux de Léopold. En (juatrième lieu, qu'on fasse sur-le-champ mettre la Seine en bouteilles, afin que les galères allemandes ne puissent arriver jusqu'à nous; et, d'ailleurs, cela nous présente le double avantage de les faire périr tous par la soif, tandis que nos caves seront bien garnies. Faisons provision de pain,>de foin, d'avoine, de son, pour nous et notre cavalerie; faisons venir ici, aux Jacobins, le pouvoir exécutif, gardons-le à vue, et, s'il veut encore faire des siennes, mettons-le sans façon à l'Abbaye ; et nous verrons après cela si Léopold et ses Allemands oseront seulement nous regarder de travers.
Tel est. Messieurs, sauf meilleur avis, ce que je crois que nous pouvons faire; j'attendrai la décision de l'assemblée dans un respectueux silence.
Jai iini.
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DAl'HÈS « LE LENDEMAIN » DU 15 FÉVKU:){ 1791
Il s'est présenté mardi dernier, au t^lub des Jacobins, deux patriotes attachés au service des fermes, [jour y dénoncer des faits relatifs à la malheureuse affaire de La Chapelle. Ils doivent donner incessamment plus de développement à cette dénonciation, au désavantage des fermiers généraux et des chasseurs, qu'on soupçonne encore d'avoir été excités contre la patrie, malgré toutes les preuves de leur innocence qu'ont pu donner jusqu'à présent ces braves soldats. On espère néanmoins que l'instruction de C(!tte affaire justifiera bient(jt ]jleinement tous ceux qu'elle compromet. Ou demande à quel titre ces deux dénonciateurs se présentent au Club des Jacobins, et de quel droit celui-ci peut les recevoir.
!» iKV. 1791] SKANCE Dl 0 rKVlUEll IT'Jl
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D'Al'RliS « LE LKXDEMAIN » DU 12 FÉVRIER 1791'
Jusqu'à huit heures du soir, rien.
A huit heures, M. Biauzat est monté à la tribune. Il a péroré sur i"envoi de notre numéraire dans l'étranger et des lingots tant en or qu'en argent. Il a conclu sa motion en exhortant tous les Amis de la constitution à veiller sur cette négociation aristocratique.
Une députation de la section des Gravilliers s'est présentée. Un des députés de cette section est monté à la tribune et y a dénoncé la municipalité de Paris s'endormant et restant dans l'inaction, sur la certitude d'une contre-révohition travaillée par les ennemis delà constitution. Il y a dénoncé M. Bailly comme ayant donné des ordres contraires au bien de la chose publique. Il a également dénoncé le procureur de la commune de La Chapelle comme un traître et un contre-révolutionnaire, et a beaucoup appuyé sur l'éloge du maire de La Chapelle et sur son patriotisme. — l'n abbé, député de la section de Mauconseil, a l'ait la même dénonciation, et tous deux ont fini en assurant que le Club monarchique continuait ses infâmes opérations contre la constitution et que les sections parisiennes ne sauraient se coaliser assez promptement pour surveiller la municipalité de Paris, les manœuvres et les tentatives des Sociétés ennemies de la constitution, masquées du titre monarchique; assurant que les procès-verbaux faits au sujet de l'alTaire de La Chapelle, ainsi que toutes les pièces y
1. Le Lendemuhi. (|iii avait (Ji'jiï (IdiiiuJ uiir esquisse de cette séance dans sou numéro de la veille, fait précéder son compte rendu de lavertissement suivant : <i Nous croyons que le plus sûr moyen de détruire fentliousiasme du public pour le Club des Jacobins, de lui faire sentir combien la marche de ce Club devient dangereuse pour la liberté, est de rendre compte de ses séances. — Ouand on verra que son occupation perpétuelle est de répandre l'inquiétude et de propager le trouble, comme dans la dénouciation de M. liiauzat ; d'accueillir, et de louer les entrepi'ises les plus illégales, telles que celles des sections ; de protéger l'injure et l'outrage contre les personnes les plus respectables, comme celles qui ont été proférées contre M. Bailly et le corps municipal entier; quand tin verra ce Club s'appli([uer ainsi à énerver tous les pouvoirs, puis s'en emparer, on ne pourra plus douter que la constitution ne soit en danger et qu'il ne soit véritablement son ennemi, puisque chacun de ses pas est une infraction aux lois établies. »
•80 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [9 fév. 17911
jointes, ne laisseraient rien à désirer pour prévenir la tentative d'une •contre- révolution.
Une députation des Vainqueurs de la Bastille a été appelée. Un des députés est monté à la tribune pour y demander la protection des Amis de la constitution contre les aristocrates, desquels ils étaient menacés d'être assassinés. Le président leur a répondu que leur meilleure protection était l'arme, en les exhortant de ne pas se rebuter et à continuer leur rôle et leur service pour le bien de la chose publique et pour le triomphe de la liberté.
Le président a terminé la séance en exhortant toutes les députations et tous les Amis de la constitution à ne rien négliger pour se procurer toutes les pièces justificatives pour tout ce qui venait de se traiter, d'y mettre toute la prudence et l'activité dignes des véritables Amis de la constitution, et qu'ensuite on aviserait sur les moyens à prendre pour se sauver des tentatives et des menaces des ennemis de la constitution.
[On lit dans les A7inales ■palrioliques et Ulféraires, n" 498, à la date du 10 février 1791 :]
Un commis des messageries a dénoncé hier aux Jacobins un écoulement journalier, très considérable et très précipité, de notre numéraire en Allemagne par les messageries de Paris à Strasbourg. Cet -écoulement se fait remarquer surtout depuis un mois, et la partie d'Allemagne qui nous avoisine regorge, en ce moment, d'écus et de -louis de France...
[Suivent des réflexions de Carra sur ce fait. Dans son numéro o03, il revient sur cet incident, à la date du to février 1791. Ce commis s'appelait Vivier et était conducteur de la diligence de Strasbourg. Carra ajoute : « Hier 14, le peuple a arrêté la messagerie ou diligence dont le sieur Vivier était conducteur. Elle a été conduite rue Saint-Denis, au corps de garde au coin de la rue Mauconseil, et, là, on l'a déchargée et on en a tiré plusieurs barils d'argent en double futaille, sans adresse, et plusieurs caisses tellement pesantes que plusieurs hommes étaient nécessaires pour les rouler... » Voir encore le n° 524, p. 1150, et le n»532, p. !l8i.]
[11 FÉv. 1791 j SÉANCE DU 11 FÉVRIER 1791 81
SÉANCP: du 11 FÉVRIER 1791
d'après «le lendemain )) DU 14 FÉVRIER 1791 ^
Un député du club de Colmar, arrivé, est monté à la tribune et y a dénoncé des manœuvres aristocratiques, mais auxquelles les commissaires du roi ont remédié. Il a terminé sa dénonciation en priant la Société des amis de la constitution d'agréger le club de Colmar au leur, ce qui lui aétéaccor^lé, après un long discours du fils du prince de Kroglie, qui n'a rien oublié pour prouver ou faire croire que tous les troubles de Strasbourg, de Colmar, du Haut et Bas-Rhin étaient l'ouvrage des ennemis de la Révolution et de la constitution, surtout de l'éveque de Strasbourg. -^ Un député du département de la Mande ou (le la Vande (on ne sait lequel de ces deux noms, car le bruit et bagarre affreux de l'assemblée n'ont pas permis de bien distinguer) est monté à la tribune pour y dénoncer les prêtres de son département comme prêchant une morale contre-révolutionnaire, à l'exemple de l'éveque de Luçon*. — Un député de la section de Mauconseil est
1. Le Lendemain accompagne ce compte rendu des réflexions suivantes : « Ne manquons pas de rendre compte des séances des Jacobins; elles doivent intéresser le public de plus d'une manière. Il faut remarquer, par exemple, avec étounement que, le matin, les séances de rAssemblée nationale, où il s'agit du sort de l'empire, où se doivent traiter les questions les plus graves, les plus importantes, s'ouvrent avec vingt, vingt-cinq ou trente membres, se continuent avec cinquante ou soixante, et se terminent, à trois heures un quart de relevée, avec moins de trois cents, tandis que, le soir, les séances des Jacobins, où il ne devrait jamais être question d'aflaires publiques, où l'on ne doit entendre que d''s dénonciations vagues, des accusations sans preuves, des récits faux, calomnieux ou absurdes, s'ouvrent avec quatre ou cinq cents membres, et se terminent souvent avec plus de mille. — On doit remarquer encore que MM. Lameth, du Port, Barnave et quelques autres, qui ne vont guère à l'Assemblée nationale que quand il y a de grands mouvements à commander, de grandes dénonciations à faire entendre, de grands coups à porter au pouvoir exécutif, de grands projets à faire passer ; qui, se trouvant de tous les Comités, et par conséquent chargés de toute la besogne, doivent être écrasés d'occupations, ne manquent guère une séance des Jacobins, qu'ils sont toujours à la tête, et négligeât beaucoup trop souvent leurs importants devoirs pour diriger et régler les mouvements de ce grand corps qui règne maintenant sur la France. — On voit que l'importance de l'Assemblée nationale n'est plus en mesure avec celle du Club des Jacobins. Il faut donc instruire le public de ses opérations. >>
2. On voit par là qu'il s'agit d'un député du département de la Vendée, département dont le rédacteur du Lendemain, par une sorte de dédain aristocratique, alfecle d'ignorer et d'estropier le nom.
T(.iK il. 6
S2 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [H fév. 1791]
monté à la tribune et y a lu un arrêté de sa section portant invitation à toutes les autres sections de Paris de nommer chacune un député à la Commune de Paris, pour la déterminer et l'engager à faire corps avec eux par un nombre de députés égal, et tous ensemble de se rendre à l'Assemblée nationale, pour supplier le Corps législatif de prendre le moyen que sa sagesse et sa justice lui feraient juger convenable et nécessaire pour s'opposer au départ de Mesdames, tantes du roi, et de décréter qu'avant un an révolu après la constitution Mesdames, ni tout autres personnes à peu près, ne pourront sortir du royaume, et que Sa Majesté sera très instamment suppliée de sanctionner ledit décret. Sur cette motion un membre s'est écrié, dans un style énergique : « Il faut donc envoyer faire f la constitution et la liberté! » — Le député du club de Colmar, de même que le fds du prince de Brdglie, ont dénoncé le Club monarchique comme envoyant à Strasbourg des feuilles et écrits incendiaires; sans doute, ont-ils dit, pour fomenter une contre-révolution '.
1. On lit encore dans le même numéro du Lendemain : « Qui croirait qu'une section de la capitale connaît assez peu les principes de la liberté et le respect que se doit une collection de citoyens loyalement constituée pour devenir l'esclave d'une opinion fausse et passagère, pour rendre hommage à une autorité asurpée, inconstitutionnelle, et d'autant plus menaçante qu'elle est l'ennemie et la persécutrice de ceux qui la méconnaissent, et le flatteur de ceux qui dégradent leur caractère d'hommes libres en s'enchaînant aux maximes de la tyrannie qu'elle exerce, même sur la pensée? C'est pourtant ce qu'on vient de voir. — 11 y a quelques jours que la section de l'Hôtel de ville a envoyé au Club des Jacobins une députation, avec l'ordre de soumettre à ce Club un projet de formation d'une troupe auxiliaire, destinée à servir en cas d'attaque soit extérieure, soit intérieure. D'après ce plan, dont il résulterait une armée de cinq cent mille hommes, chaque citoyen enrôlé et qui paye ses gardes cesserait de payer à l'instant où l'armée entrerait en activité; mais il fournirait un contingent de 3ij livres, ce qui procurerait une somme d'environ 84 millions, etc. Comme il en coûterait environ "00 livres pour faire imprimer ce projet qu'on se propose de présenter à l'Assemblée nationale, la section l'a mis sous les yeux du Club, dans l'espoir que, s'il l'adoptait, il voudrait bien en faire les frais d'impression. — Il est bien extraordinaire, d'abord, que, dans une section entière, on ne trouve pas le facile sacrifice de 700 livres que demande un objet utile, quand on a trouvé des sommes considérables pour donner des festins, des fêtes et des bals ! Mais, en supposant que les fortunes soient devenues plus malaisées, et qu'on ne puisse pas sacrifier 700 livres, pourquoi s'adresser au Club des Jacobins? N'existe-t-il pas à l'Assemblée nationale un Comité militaire? Ce Comité n'est-il pas celui qui peut et qui doit prendre connaissance des objets relatifs à tout ce qui concerne l'organisation de nos troupes? N'en est-il pas, jusqu'à rapport, le juge compétent et exclusif? C'est fouler aux pieds tout ce qui est raison, principe, constitution et liberté, que d'oublier ainsi l'autorité unique et indivisible de nos législateurs, et que de se traîner bassement aux pieds d'un Club qui ne peut en imposer qu'à des esclaves. »
[11 FÉv. 1791] RÉCLAMATION DE M. SANSON 83