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A TOUS LES DIRECTOIRES DE PROVINCE

Nous VOUS faisons part, illiislrissimes confrères, d'un nouveau plan que nous venons de dresser, et qui vous prouvera avec quelle ardeur nous travaillons au bonheur de la nation. II est absolument essentiel que vous en instruisiez vos amis, qui, à leur tour, iront le répandre dans les villes, bourgs, hameaux et villages de la France. Yoici ce dont il s'agit. Ce projet est sagement conçu. Il nous a coûté près de trois nuits de travail ; mais nous serons bien dédommagés de nos peines, si, comme nous l'espérons, notre petite calomnie réussit complètement.

Mesdames viennent de partir, et nous publions surtout qu'elles emmènent avec elles le Dauphin déguisé en fille, ou caché dans une des caisses de leurs voitures. Nous disons^ que c'est pour mettre l'enfant à la tète des troupes étrangères et des aristocrates fugitifs, qui doivent, au printemps prochain, s'armer contre la Révolution. Nous avons inventé cette nouvelle pour deux raisons : la première est de faire croire que le roi n'est pas dans le sens de la Révolution; la seconde de nous autoriser à lui ravir le fantôme d'autorité que nous avons bien voulu lui laisser jusqu'à présent. En prouvant que le Dauphin est parti, nous dévoilons les manœuvres aristocratiques de la cour, qui voudrait voir la puissance jacobite anéantie, et nous nous défaisons de l'unique héritier d'un monarque auquel nous ne voulons point donner de successeur.

On va probablement nous dire que le Dauphin, que nous feignons parti pour l'Italie, est encore aux Tuileries; mais nous avons prévu cette objection, car nous prévoyons tout. Nous faisons adroitement répandre le bruit que, pour tromper le peuple, la reine a substitué à son fils un jeune enfant si parfaitement ressemblant au Dauphin qu'il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de ne pas s'y méprendre. Cet enfant, comme nous le faisons croire, est le fils d'un

1. Parodie par Marchand, dans les Sabats jacobites, t. I, p. 60. — A propos de la séance du 23 février 1791.

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certain aristocrate, nommé Saint-Sauveur, et nous avons déjà eu la satisfaction de voir cette nouvelle annoncée par tous les journalistes de notre parti. N'épargnez rien pour la faire circuler dans vos cantons; et, si elle produit tout leffet que nous en attendons, nous vous apprendrons bientôt de quelle manière la monarchie française sera par nos soins métamorphosée en république. En attendant ce bonheur, nous sommes, chers et honnêtes frères d'armes,

Vos dévoues et sincères amis, Les Mejibres du Directoire jacobite.

[Dans celle séance, la Sociélé reçoit diverses communications sur lesrassemblemenls de Jalès, sur les troubles de Nîmes, sur l'état des esprits en Alsace, sur les manœuvres aristocratiques à Orléans. Une députalion du Club des Cordeliers vient proposer une expédition pour démolir le donjon de Vincennes. Le président Rcubell s'y oppose et lève la séance. (Nous ne connaissons ces débats que par le pamphlet la Jacobinière, dont on trouvera le texte plus bas, p. 113;.]

[Laclos propose un projet de loi contre les émigrants. Discussion sur ce projet; discours des Lameth, de Renard et de Lépidor. Lemaire, rédacteur du Père Duchêne, dénonce le journal de Dusaulclioy, le Contre-poison, et les Sabals jacobites, de Marchand. (D'nprès le pamphlet la Jacobinière.) - Dans la même séance, on donne lecture : 1° d'une lettre de la Société de Clermont- Ferrand qui demande l'abolition des litres de Sire et de Majesté; 2° d'une dépêche de la Sociélé d'Amiens qui dénonce le projet d'enlever le Dauphin et la tille du roi. On trouvera le texte de ces lettres dans le Journal des clubs, n» XVII, l. II, p. iGG.j

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