Il s'agit du Directoire du département de Paris
d02 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 féy. 179J]
s'assied à ses c6tés, sur un siège qui va devenir pour lui une véritable sellette. Mille patriotes notables remplissaient la salle, et écoutent en silence le discours du plus grand effet, par la situation, que j'aie jamais entendu. Dans ce discours improvisé sur llieure, Alexandre Lameth fut vraiment sublime; pas un mot qui ne portât coup; ce n'était plus l'Hercule-Mirabeau, Alexandre Lameth semblait lui avoir arraché sa massue. Ma mémoire a retenu quelques traits de ce discours; mais comment rendre le ton et les gestes? Tous les auditeurs convenaient que Lameth s'était élevé au-dessus de lui-même ; que l'Assemblée nationale elle-même, dans ses séances, n'avait jamais offert un duel si intéressant, et que, pour retrouver une situation pareille, il fallait remonter dans l'histoire à celle de Catilina, accusé et confondu par Cicéron dans le Sénat.
« Messieurs, dit Alexandre Lameth, ce n'est pas pour les membres de l'Assemblée nationale qui sont ici que je prends la parole : ce que je vais dire, ils le savent tous; je parle pour les membres de cette Société qui n'ont point assisté à la séance de ce jour. Heureuse séance! Elle a expliqué l'énigme de celles de jeudi et vendredi à une foule de mes collègues, à qui il en coûtait de croire à tant de perfidie. Elle a rallié tous les bons citoyens. Oui, Monsieur Mirabeau, nous ne sommes plus seulement trente-trois comme vous le disiez ce matin d'un air si assuré de votre triomphe : « Je connais les trente-trois. n Nous sommes ici cent cinquante, qu'on ne désunira plus, et la patrie est sauvée encore une fois. Je n'aurai pas besoin de chercher ici péniblement des discours qui sont loin de mon cœur; je dirai des faits qui sont devant tous les yeux.
« Je dis que, justement effrayés des progrès de cette Société et de Tascendant que lui assurent sur les peuples et le saint amour de l'humanité, de la liberté, de l'égalité, qui en animent tous les membres, et les lumières qui les distinguent, les partisans du despotisme, tous ceux qui ne veulent qu'une liberté accommodée à leur faste, à leur ambition, ont juré notre perte. Ils trouvent que la constitution en a assez fait pour eux. Elle les a assis à côté du pouvoir exécutif; s'il est bien, il leur semble aussi qu'eux ne sont pas mal. Ils veulent dominer, et ce faisceau de lumières et de vertus civiques que cette Société ne cesse de grossir aujourd'hui dans l'empire, pour assurer la liberté et le bonheur public, ils craignent de ne pouvoir le rompre. Peut-être quelques-uns de nos ennemis veulent-ils la liberté; mais ils la veulent telle qu'on ne pût leur résister, s'ils voulaient le despotisme. Voici le dernier complot où ils se sont arrêtés, comme je vais le démontrer.