LA JACOBINIÈRE
PARADE COMME IL n'y EN A PAS
(Imp. ChauJrict. s. d.. in-8 de 31 pages.)
[23, 2o, 27 et 28 février 1791 '.]
Et moi aussi, je suis du Club des Jacobins ; mais je n'y vais guère, parce que, ou ils m'ennuient, ou ils me font mal au cœur, ou ils me mettent en colère, et souvent tout cela à la fois.
Mercredi soir 2, cependant, je passe, j'entends un sabbat d'enfer: la curiosité me gagne, j'entre. Pour ce jour-là, j'ai ri, j'ai ri de bon cœur. J'ai vu ce qu'on appelle une farce, et je ne puis m'empécher de la rendre ; la voici :
J'étais à peine placé que je vois à la tribune un homme... Oh ! dame ! une de ces figures que le diable seul connaît peut-être, un de ces dénonciateurs à la journée qui entrent quand ils sont mandés pour venir débiter, moyennant les quarante sols, les absurdités qu'on leur a envoyées le matin pour apprendre à les lire. Il y en a de tous les pays, de tous les états, de toutes les conditions, de toutes les religions ; et, sans cela, le Directoire 5 serait fort embarrassé de faire naître pour le public les petites nouvelles qui se fabriquent dans les petits comités, suivant les circonstances. x
« Messieurs, dit-il, je vous apporte une lettre qui m'a été écrite de Rodez. Par qui? Peu vous importe. Qu'elle soit vraie ou fausse, c'est ce qui vous intéresse encore moins. Elle contient une dénonciation, et cela suffit bien pour vous flatter et vous la faire adopter. On me dénonce, car, tel que vous me voyez, je reçois des dénonciations
1. Nous datons ce pamphlet ainsi, puisqu'il y est question de la séance où les Jacobins reçurent une députation de la Société des Amis de la loi, c'est-a-dirc, comme on l'a vu, de la séance du 23 février 1791. Ce pamphlet parle aussi des séances du vendredi suivant, c'est-à-dire du 25 février, du dimanche, c'est-à-dire du 27, et du lundi, c'est-à-dire du 28.