‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 52 sur 243 · février · texte numérisé non relu

février

124 SOCIÉTÉ DES JACODINS [28 fkv. 1791]

Ce vil saltimbanque est donc monté à la tribune sur l'appel du président; il y a dit :

« Messieurs, je viens vous dénoncer un nouveau journal intitulé : le Co7itre-poisoîi^; yen ai remis un exemplaire, il y a un quart d'heure, à M. Alexandre Lameth, mon patron, pour avoir son avis, attendu que j'ai beaucoup de peine à lire; et je ne puis pas mieux faire que de vous répéter ce qu'il m"a dit, parce que, comme il n'y a qu'un moment que je l'ai entendu, je m'en souviens mot pour mot.

« 11 faut, m"a-l-il dit, Père Ducliesne, dénoncer ce journal qui dé- « truit tout l'effet des belles choses que nous vous faisons dire et de « celles que nous envoyons tous les soirs à Carra, à Corsas, à Martel, à « Marat. Ce journal remplit trop bien son titre, il nous démasque, et, si « une fois le peuple est désabusé sur notre compte, vous voyez bien « que nous sommes perdus et que vous perdez toutes les pensions que « nous vous faisons. Ces màtins-là, Messieurs, ce sont ses termes, jet- « tent de l'eau sur le feu que nous allumons. Comment voulez-vous « après que nous suivions nos desseins? » Voilà, Messieurs, ce que m'a dit le grand Alexandre, et moi je suis d'avis que d'abord nous doublions la dose des poisons dont on veut arrêter l'effet, et qu'ensuite nous poursuivions l'auteur de cet ouvrage devant les tribunaux, qui, nous ayant quelques obligations, nous traiteront sûrement bien. Oh ! j'oubliais, il y a aussi les Sabbats jacobUes, dont l'auteur ose s'amuser à nos dépens; il faut le faire envoyer aux galères pour lui apprendre à rire. »

« Ne vous avisez pas de cela, a dit un membre : faites assommer les auteurs, si vous pensez les connaître, mais n'allez pas vous exposer à un combat régulier, morbleu ! On rira, et voyez, depuis qu'on rit, ce que vous avez perdu. Ah ! Messieurs, je crains bien que notre règne ne tire à sa fin. «

Cet avis fut trouvé sage, et l'on se sépara bien déterminé à assommer, si l'on pouvait, mais à ne pas plaider.

Vous sentez si le lundi 2, d'après la séance du matin à l'Assemblée nationale, j'étais curieux de voir celle des Jacobins le soir. J'arrive de bonne heure, et déjà j'aperçois les du Port, les Lameth, les Barnave, les Petion, les Biauzat et autres coryphées patriotes jacobites, bouffis de colère, l'œil étincelant de rage, le front sillonné par la

1. Le Contre-poison, ou Préservatif contre les motions insidieuses, cabales, erreurs, mensonfjes, calomnies et faux principes répandus dans les feuilles de la sew«i«e,, par Dusaulchoy, Estii'iine et autres. 29 jaiivier-lG avril ll'U, HS numéros in-8.

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