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[FKv. 1791] LANCE ROMPUE PAR LE PÈRE DUCHESNE 13u
pauvres à vivre. Mais le Club des gardes nationales de France donnait-il des pains d'un sou la livre, lui? Et combien vos Jacobins ne l'ont-ils pas poursuivi?
LE PÈRE DUCUESXE.
Oui; mais c'était au nom de la loi. Monsieur l'aristocrate, vous ne me tricherez pas; je lis tout couramment mon Postillon par Calais ' tous les soirs, et notre Assemblée nationale a décidé qu'aucun corps armé ne pouvait être délibérant, qu'on ne pouvait pas même s'assembler avec l'habit de garde national sur le cul, tout beau qu'il
est f...:
l'aristocrate.
Cela est vj-ai, mais vos Jacobins n'ont pas attendu le décret, ils l'ont prévenu. Et, d'ailleurs, quelle autorité légitime pouvait avoir un club sur un autre club semblable? Les Jacobins sont-ils le pouvoir exécutif?
LE PÈRE DUCHESNE
Tout ce que vous contez me chiffonne, malheur! Tenez, le père Duchesne ne parle pas contre sa façon de penser; ce n'est pas comme vos chiens d'aristocrates. Je vais vous dire le fm mot. Les belles prouesses que vous me citez là sont assez vraies; mais elles sont des Jacobins et en même temps elles ne sont pas des Jacobins.
Bon! en voici bien d'une autre. Père Duchesne; expliquez-nous un peu cette énigme, si vous pouvez.
LE PÈRE DUCHESNE
Je ne suis qu'un pauvre marchand de fourneaux ; mais, en courant le monde, je regarde et je vous mets une tapée d'observations dans mes sacoches. Or, quand j'ai été aux Jacobins, voici les réflexions que j'ai faites à part moi. D'abord, je ne sais si je me trompe, f..., mais une société nombreuse ne peut avoir un esprit de corps. Nous autres, marchands de poêles et de fourneaux, quand nous avions un esprit tout je ne sais comment qui nous faisait voir de mauvais œil tous les vilains b... qui approchaient de notre métier, nous étions, sacrédié! jaloux comme un vieux mari, taquins comme un chien hargneux. Le père Duchesne, qui a toujours été à la bonne franquette, qui a toujours été content, moyennant qu'il eût un peu de quoi, qu'il pût vivoter, avait encore la moindre dose de ce vice-là. Mais, tout compté, tout rabattu, nous étions de vilains mâtins, nous étions des miniatures d'aristocrates.
1. Sur ce journal, voir Hatin, DibHo(j rapide de la presse, {). 28j.
136 SOCIÉTÉ DES JACOBLNS [fév. 1791]
l'aristocrate.
Comment, Père Duchesne, vous avez été aristocrate?
LE PÈRE DUCHESNE
Oh! bien peu, moi, bien peu, Dieu merci. Mais voilà Teffet de vos b... de maîtrises et de jurandes, et surtout voilà Teffet de votre petit nombre : car, pour revenir à ce que je voulais dire (vous me l'aviez fait envoler comme une nuée de hannetons), quand une société est un tantinet nombreuse, par eux-mêmes les membres qui y sont ne peuvent avoir un esprit de corps, non, jamais, au grand jamais. Je vois ca clair comme le jour, mais je ne peux pas bien m'expliquer.
l'aristocrate.
Père Duchesne, vos Jacobins sont bien nombreux et beaucoup trop. Ils ont cependant tous un bel et bon esprit de corps : vous en pouvez juger par tous les jolis faits que je vous ai rappelés à leur sujet.
le père duchesne.
Nous sommes au moins une nichée de douze cents Jacobins. Or, il me semble, quand je retourne cela à droite ou à gauche dans ma tête comme une omelette, que doirze cents personnes, ne pouvant tirer profit d'une même chose, ne peuvent pas avoir, par eux-mêmes du moins, un esprit de corps. Je ne sais, sacrédiél si je me fais bien entendre.
l'aristocrate.
Je vous devine, Père Duchesne; il y a du bon sens dans ce cjiie vous voulez dire.
LE PÈRE DUCUESNE.
Voyez ce b...-là, avec sa face de carême : il y a du bon sens! Croitil pas que ce que je dis, c'est comme les projets de contre-révolution? Allez, il en est de vous autres aristocrates comme de toutes les sociétés bonnes ou mauvaises : lorsque ça forme une légion, ce sont les chefs qui v(jus luènont pour Iciit's intérêts. Vous Cjui n'êtes qu'un sacré b .. de petit atonie dans l'aristocratie, que gagnerez-vous à tout le grabuge que vous voulez faire? Vous vous trémoussez afin que les gros bonnets de l'ordre, que les Coudé, les Polignac, tirent tout le fruit de vos travaux et de vos peines de chien.
l'aristocrate.
C'est comme cela que tout ce que vous faites, vous autres, à votre jacobinière, tourne au profil de Barnave et compagnie. C'est le portrait des Jacobins que vous avez tracé en croyant faire le nôtre.
LE PÈRE DUCHESNE
Je n'en disconviendrai pas. Pour parler juste, il y a parmi nous à distinguer les Jacoljites et les Jacobins. Les Jacobins, braves gens,
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moi, je le suis, f..., mais point des Jacobites;.je les regarde comme les aristocrates de notre club. Ces drilles-là, par mille moyens qui font le coude, cherchent à mener la barque à leur profit, et ils y réussissent.
C'est avouer bien naïvement que vous êtes un tas de benêts qui vous laissez mener par le nez.
LE PÈRE DUCUESNE.
Benêt toi-même, j... f...! Apprends donc, b... de perroquet à foin, que premièrement d'abord beaucoup de gens qui s'en aperçoivent et qui vont droit ne mettent plus les i)ieds à la séance à cause de cela. Aussi les assemblées sont-elles aujourd'hui moins nombreuses qu'autrefois. Moi, je n'y mets plus que rarement le bout de mon nez.
l'aristocrate.
C'est assez pour donner prise à vos meneurs.
LE PÈRE DUCHESNE
Non, nous sommes un tas de bons vivants qui ne nous mouchons pas sur la manche. Quand ça ne va pas à notre guise, quand nous craignons chapechute et anguille sous roche, nous ne prenons point part à la délibération.
l'aristocrate.
Je vous y prends, vous faites comme le cûté droit.
le père DUCUESNE.
B... de noir, nous ne sommes pas payés, nous, à 18 francs par jour pour aller là prendre en main les intérêts de la nation. Nous n'y allons que par notre choix, et pour notre plaisir, et pour notre argent.
l'aristocrate.
Voilà certes un beau plaisir, pour qu'il faille payer encore!
LE PÈRE DUCUESNE.
Ah! sans doute; il y en a qui vont là comme on va au café, dans une place publique.
Comme dans une place publique, c'est cela, c'est bien dit.
le père DUCHESNE.
Te tairas-tu donc, diable de pie noire, me laisseras-tu parler? Je te dis qu'il y en a qu'ont aussi [sic] les bas côtés de l'assemblée, qui vont là par désœuvrement, pour entendre les bras croisés ce que l'on discute, ce que l'on pense, pour entendre les nouvelles, car il n'y a aucune société qui soit mieux servie en nouvelles que nous.
d38 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [fév. 1791]
l'aristocrate.
Vous n'ajoutez pas que quelques-uns y vont pour gagner de l'argent, d'autres pour y faire des motions incendiaires.
LE PÈRE DUCHESNE
Cela peut être ; mais ceux-là sont le petit nom?jre. N'oublie pas qu'il y a là une foule de gens respectables devant qui un aristocrate devrait se mettre à genoux.
l'aristocrate.
Oui, comme on se met à genoux devant un brigand pour le prier de ne pas nous tuer.
LE PÉRE DUCIIESxXE.
Que dis-tu? les Duquesnoy, les Beaumetz, les Père Duchesne, sontce des brigands, cela? Ta, ni toi ni toute ta séquelle ne leur ira jamais à la cheville, f... !