‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 64 sur 243 · FÉV. 1791] ARTICLE DE LANTHENAS U · texte numérisé non relu

FÉV. 1791] ARTICLE DE LANTHENAS U

des Sociétés populaires contre les Amis de la constitution affiliés, séant aux Feuillants. Certainement, il n'est pas douteux que, dès ce moment même, ne pouvant jouer pour un même objet deux rôles à la fois, ils ne devaient point se borner à inviter leurs membres à se faire recevoir dans les Sociétés populaires de leur section, ce qui, i^lans la disposition des esprits, était très susceptible de mauvaise interprétation; mais ils auraient dû donner un éclatant témoignage de leur patriotisme en s'empressant d"y joindre leur Société et de l'y confondre. Qui ne sent, en effet, s'il se dépouille de toute considération pour ce vain esprit de coiys, auquel il est lâche et honteux pour des patriotes de prostituer les sentiments, le serment, qu'on ne doit qu'à la patrie? Qui ne sent qu'aucune réunion de citoyens épars, qui se séparent et se distinguent nécessairement du peuple, ne peut être plus que celles des Sociétés populaires amies de la constitution? Qui ne sent que, par la nature même des choses, aucune autre ne peut l'être autant; qu'en outre, toute association ayant le même but qu'elles doit, quelque prétexte et quelque moyen qu'on prenne, diminuer leur force ; que le devoir des Amis de la constitution, les premiers réunis, mais qui ne sont qu'un point auprès de la masse qui s'élève et qui les remplace, est donc de mettre à l'utilité dont ils ont pu être, et à la gloire qui leur appartient, le complément qui, seul, leur en conservera les avantages, en terminant leurs travaux par une jonction solennelle et tnéniorable à ces nouvelles Sociétés, qui renferment naturellement les Amis de la constitution, et qui ont assez •montré aux moins clairvoyants qu'ils en étaient aussi les meilleurs soutiens ?

« Il est impossible que ces réffexions eussent été présentées à l'assemblée des Jacobins, et que cette Société n'eût point été frappée du principe qui devait la guider. Dès lors, elle n'aurait pas approuvé la lettre que ses comités ont écrite aux Sociétés populaires des A?7iis de la constitution de cette ville.

« Sous le prétexte de n'être affiliées qu'avec une Société dans chaque ville, on leur dit nettement qu'on ne peut s'affilier avec elles, et que, par grâce, on voudra bien recevoir les lettres de leur société centrale et leur donner ainsi part à la correspondance.

Certainement, cette décision n'est point le résultat d'une discussion faite à la tribune de nos frères. On est trop prévenu qu'ils se laissent aussi beaucoup trop diriger par l'influence de leurs comités pour qu'on n'appelle pas de ces comités aux Jacobins mieux instruits.

« Ce n'est pas sans doute la dénomination de populaires^ que ces Sociétés ont choisie, qui éloignerait des Jacobins. Assurément, toute

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Société est aujourd'hui essentiellement populaire; mais l'opinion conserve encore trop les idées des anciennes distinctions. L'inégalité des fortunes, la misère de la portion la plus considérable du peuple français, entretiendront trop longtemps encore ces idées; jusqu'à ce que nos mœurs ne soient plus imprégnées des levains funestes de l'ancien régime, ces Sociétés feront sagement, comme elles l'ont arrêté^ de porter avec orgueil le nom de populaires. Si longtemps en effet que, malgré l'égalité des droits, nous verrons cependant sourdre de tous côtés les aristocrates de toutes les sortes, il sera important que ce nom imposant serve de ralliement aux bons citoyens et de terreur aux lâches et aux méchants,

« J'estime donc que, si nos Jacobins sont aussi populaires qu'on le dit, ils doivent se laver promptement du soupçon d'aristocratie que leur comité de correspondance a fait naître contre eux. Le peuple de cette ville n'a vu aucune bonne raison à son refus d'affilier leurs Sociétés populaires.

« 11 est assez fier pour s'en passer; mais il a trop bonne opinion des Jacobins pour douter qu'ils ne connaissent bien vite les prétentions vaniteuses dont leur comité a été la dupe. Pour triompher sûrement, on sait que les députés de la Société rivale des Sociétés populaires ont soigneusement évité le jour de la discussion à la tribune; et celles-ci, au contraire, attendent que les premiers patriotes de la France s'empresseront d'y porter joowr elles leur réclamation, autant pour l'affiliation, qu'elles sollicitent toujours, que pour la propagation du bel exemple qu'elles se flattent de donner à toutes les assemblées primaires de l'empire.

« Elles n'ont pu penser qu'une très petite réunion de citoyens choisis dans une seule classe, selon l'ancien régime, pût rien faire ùter au peuple de cette ville de la franche et entière communication qu'il a désirée avec ses frères de Paris. Elles n'ont pu croire, en un mot, que l'institution des Sociétés affiliées masquât une aristocratie nouvelle.

« Les Sociétés populaires de cette ville renferment réellement le peuple de cette cité. Le taux de l'admission le démontre assez : il est de douze sols par mois. Ce n'est pas chez elles que peuvent se tapir les modérés, les bourgeois orgueilleux, les procureurs, les salariés de toute espèce de l'ancien régime ou du nouveau, croyant tous à leur importance, les aristocrates même déclarés. Tous ces fauteurs des cabales et intrigues particulières aiment le petit nombre et l'appareil qui en impose aux 3'cux. Le patriotisme des assemblées populaires relève seul la majesté du peu[)le t\u\ remplit le lieu de leurs assemblées; mon âme en a été mille fois émue jusqu'aux larmes. J'ai prêché de

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tous côtés aux patriotes le besoin, l'importance de se réunir tous dans ces Sociétés. — Quand les divisions qu'il était aisé de prévoir ont éclaté, j'ai fait espérer aux esprits les plus opposés que la raison et la patrie les réuniraient. J'en fais encore de tout mon cœur le vœu. Cependant, bien des murmures injustes ont éclaté contre moi au sein même des assemblées de mes frères! Mais, sans craindre ceux qui s'élèveront encore, j'ai cru devoir à la patrie, à la paix de celte ville et à la propagation de la plus belle institution qui se soit faite depuis la Révolution, devons prier d'insérer le plus ttH possible cette lettre dans votre journal.

« Signé : J. Lantuenas. »

Mars 1791

[Dans cette séance, il est fait lecture : 1" d'une adresse de la Société d'Aigueperse à l'Assemblée nationale, relative à l'uniforme des troupes de ligne; 2° d'une adresse de la Société de Strasbourg, qui voudrait que le serment fut exigé aussi bien des fonctionnaires protestants que des catholiques; "à" d'une lettre de la Société de Beaune relative aux mesures qu'elle prend pour combattre l'esprit contre-révolutionnaire; 4° d'une lettre de la Société de Chinon, qui déclare consacrer une séance par semaine à expliquer publiquement les décrets de Tx^ssemblée nationale. — On trouvera le texte de ces documents dans le Journal des clubs, n» XVII, t. il, p. 160. j

SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2 mars 1791]

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