ET SIGNÉE DUQUESNOY
(Imp. nationale, s. d., in-8 de 24 pages i.)
M. Alexandre Lameth, Messieurs, m'a nominativement dénoncé à votre séance du 28-. Un homme d'honneur ne doit sans doute aucune réponse à cehii qui oubhe les premiers principes de la libei'té au point d'injurier un absent; mais un citoyen peut repousser une inculpation faite devant un très grand nombre de citoyens estimables, à plusieurs desquels il est personnellement attaché; et, puisque vous avez entendu M, Lameth, il faut bien, Messieurs, que vous m'entendiez aussi.
Je vous dirai donc, avec la franchise qui nous convient à tous, que les plus dangereux ennemis de la liberté sont ceux qui, redoutant la vérité, dénoncent ceux qui la disent, et qui, cachant, comme M. Lameth, une ambition profonde sous le masque du patriotisme, ne regardent le peuple que comme un degré pour s"élever à la puissance; je l'ai dit à la tribune de l'Assemblée nationale et dans des écrits signés de moi ou revêtus de toutes les formes légales : je n'en désavouerai aucun.
J'ai hautement attaqué, sans aucune distinction de parti, tous ceux
1. Cette lettre et l'arrêté de la Société parurent également dans la Chronique de Paris du 6 mars 1791. — Adrien Duquesnoy ( 1759-1808 ), avocat, syndic provincial de Lorraine et Barrois, député du tiers état du bailliage de Bar-le-Duc aux États généraux. A la Constituante, il siégea d'abord parmi les patriotes avancés; il contribua aux décrets sur la division de la France en départements. En 1791, on le voit se rapprocher de la cour, et il rédige avec Regnaud de Saint -Jeand'Angély l'Ami des patriotes, aux frais de la liste civile. Directeur des i^ostes de la Meurthe, maire de Nancy en 1792, il fut compromis dans les papiers de l'armoire de fer, décrété d'arrestation le ^ décembre 1792, et traduit au tribunal révolutionnaii'e le 18 vendémiaire an 111. Acquitté, il devint maire du X^ arrondissement sous le Consulat, et s'attira la disgrâce de Bonaparte pour avoir inscrit le mariage de Lucien avec M'^^ Jouberthon. Désespéré, et ayant perdu sa fortune par la ruine d'une grande filatiu'e qu'il avait fondée près de Rouen, il se donna la mort volontairement, en se jetant dans la Seine.