‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 71 sur 243 · MARS 1791] LE CARNAVAL JACOBITE · texte numérisé non relu

MARS 1791] LE CARNAVAL JACOBITE

Air : Quand vous entendrcx, le doux zéphir.

Trompé par les traits fins du minois Et l'habit de la fausse femelle, Un cavalier, fringant et courtois Jouait de la prunelle.

Modestement D'abord il s'avance, Fait sa révérence; A son compliment

Plus l'un résiste, Plus l'autre persiste; Et, marchant en avant:

<■ Soyez ce que vous cherchez en moi, Dit d'Aiguillon, je serai traitable; Mais, croyez-en mon sexe et la loi :

Je suis inviolable. »

"Villette est amateur et connaisseur, comme vous voyez. H avait entendu la réponse du duc d'Aiguillon, qui ne pouvait persuader le cavalier. Villette s'avance du cùté opposé : ♦

Air : J'ai vu la meunière.

Vous n'êtes pas, mon bel enfant,

Par devant, par derrière, Inviolable assurément.

Par derrière comme par devant :

La drôle d'affaire, Le trio plaisant.

Inviolable assurément,

Par devant derrière ; Le décret souffre amendement, Par derrière comme par devant :

La drôle d'affaire, Le trio plaisant.

Le décret souffre amendement,

Par devant derrière, Et je le prouve évidemment.

Par derrière comme par devant :

La drôle d'affaire.

Le trio plaisant.

L'un vous l'assaillait par devant, L'autre par derrière, Tome II. Il

iH2 SOCIÉTÉ DES .lACOlîINS [2 mars 1791 J

D'Aiguillon s'allait défendant, Par derrière comme devant :

La drôle d'affaire,

Le trio plaisant.

La farce aurait sans doute été plus loin, mais la compagnie vint mettre les holà, en séparant ces trois messieurs, à la grande satisfaction du dm- d'Aiguillon et au grand regret de Villette, qui commence par être Juié, mais auquel on passe ensuite cette petite licence, en faveur de la liberté et de son patriotisme'. Je suis charmé de vous faire part de ce trait original : Vf)us ne le trouverez sûremt-nt pas dans la Chronique.

Je n'en finirais pas si jf Nnulai^ \()U- donni'r l;i liste de tous les patriotes et de leurs déguisements.

Passons au h.anquet.

L'on dressa au milieu de la saJle une grande table en ier à cheval, tous les convives autour sans distinction de rang. L'orchestre préluda la marche du service, sur l'air : Changez-moi cette tête. Aussitôt s'avancèrent en mesure les officiers servants, tous coupe-têtes subalternes, voués au directoire; ils étaient précédés et commandés par le fameux Nicolas, grand-maitre d'hôtel, (jui ilonii.i lu signal, et, en moins d'un instant, la table se trouva servie et couverte de toutes les tètes des malheureuses victimes de la Révolution.

Un spectacle si l)eau surprenant l'assemblée, Chez tous les conviés la joie est redoublée.

liOlLEAL', .S'a/. ///.

Eli! vive Nicolas et tout ce qu'il apprête! Les cheveux cependant me dressaient à la tôle, Tandis que mon coquin, qui se voyait priser, .\vec un ris moqueur les priait d'excuser.

BOILKAL, Ibid.

PtMidaiil le silence du fc-tin, plu-ieurs virtuoses chantt'n.-nt cette partie détachée du choeur de ïEsther, de Racine, scène troisième du troisième acte :

CNF, VOIX.

.Ministres du festin, de grâce, dites-nous : Quels mets à ces cruels, quel vin préparez- vous?

1. Cos plaisanteries ordurièrcs contre Villette sont frcqueutta dans j.-.s painphlet.s royalistea.

Page 1