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LA TROISIÈME

C'est leur breuvage le plus doux.

Cependant PhilipjDe Capet était le seul qui ne mangeât point, malgré les instances réitérées des convives.

Quand maître Nicolas, l'avisant sur ce point :

« Qu'avez-vous donc, Capet, que vous ne mangez point?

Je vous trouve aujourd'hui l'âme tout inquiète,

Et les morceaux entiers restent sur votre assiette. »

BoiLEAU, Sal. III.

u Ah! j'en devine la raison, le mets n'est pas encore assez digne de vous; mais reposez-vous sur moi... Avant la tin du jour... » Aces derniers mots, Capet sourit un peu, se leva en soupirant; tous les convives exerçant en firent autant, et la table fut desservie et enlevée en moins d'un tour de main. Les patriotes du Club des Cordeliers sortirent; c'était l'heure fixée pour le spectacle à Tincennes, où ces messieurs comptaient bien entraîner toute la capitale; tandis que, d'un autre côté, le brave Nicolas, suivi d'une bonne partie de la mascarade, marcha droit aux Tuileries, pour porter sans doute à la famille royale la douce invitation du Club jacobite, selon la motion du charitable Karnave.

Malgré la disparution {sic) du plus grand nombre, le bal était encore brillant, et l'orchestre allait toujours son train; mais la joie était un peu suspendue. Une petite scène vint faire diversion pour charmer l'ennui de ceux qui étaient restés. Les écrivains faméliques révolutionnaires, pour avoir mangé sans doute avec trop d'avidité;, étaient à tous les coins de la salle, où ils faisaient des haut-le-corps effroyables et des grimaces épouvantables pour corriger leur gloutonnerie. Vous n'avez pas d'idée, mon ami, des abominations que vomissaient ces malheureux, principalement Marat, Desmoulins et Prudhomme. Cependant je ne pus m'empécher de rire de voir le pauvre Gorsas, tout seul dans un coin, qui, selon le dicton populaire, comptait se-s

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chemises ^ Quelques heures s'étaient écoulées; on était encore occupé de ces messieurs, lorsque plusieurs motionnaires cordeliers, tout moulus, tout essoufflés, vinrent annoncer que le brutal Motier, à la tète d'une partie de la garde nationale, était venu troubler le spectacle àVincennes, avait maltraité et pris plusieurs des principaux acteurs et mis en fuite tout le reste, malgré la vigoureuse résistance du brave Santerre, qui avait bien résolu, selon toute apparence, de faire danser ceux qui viendraient troubler la fête, fût-ce Motier luimême. A cette nouvelle, toute l'assemblée entra dans une fureur inexprimable contre Motier, qu'on se promit de dénoncer à la pro- «îhaine séance, et par la voix de tous les journaux, comme ennemi du bonheur et des plaisirs publics. Mais cela n'était rien en comparaison de l'effet que produisit l'arrivée furieuse et précipitée de Nicolas Coupe-Téte. « C'en est fait, s'écria-t-il, nous avons été trahis, il n'en faut plus douter! La garde nationale était doublée. Il est vrai, nos cartes d'entrée auraient levé facilement cet obstacle; mais les vigilants monarchistes, qui soupçonnaient que nous voulions faire danser la famille royale contre son gré, nous attendaient pour nous faire danser nous-mêmes. J'ai reconnu le piège... Nous les y avons fait tomber habilement. Ah ! vous ne voulez pas que la famille royale danse ! Eh bien! Messieurs, vous danserez. Effectivement, nous avons donné le change à la garde nationale, qui les a pris pour d'autres, c'est-àdire nous ; et elle est occupée, à ce moment même, à les faire danser. Si vous voulez les voir, il est encore temps. — Dans notre malheur, dit Barnave, c'est encore une consolation. Allons, mes amis, braves patriotes, sublimes écrivains, nous ne savons pas encore, ni vous non plus, comment la chose est au juste; mais vous n'avez pas de temps à perdre : inventez des couleurs, des calomnies, n'importe; qu'on ne soupçonne rien de notre part; vous serez crus, je vous en réponds! La nuit du 5 au 6 octobre a bien passé, la nuit du 28 février peut bien passer encore; et d'ailleurs, mes enfants, le carnaval n'est pas encore terminé; mais il est tard : à demain, séparons-nous. »

Sitôt dit, silôL fait; cl l'assemblée en foule. Avec un bruit confus s'écoule...

BoiLEAU, Lutrin.

Et le moins satisfait de tous fut Philippe Gapet, qui, le cœur gros et boufR de rage, et pour avoir l'ait le délicat, alla se coucher sans souper.

1. Allusion à une chanson satirique, intitulée : les Chemises à <iorsus, composée par l'auleur des Sabbats JacobUes.YoivyiHsloire de la presse, par Hatiu, t. VI, p. ;J04.

[2 MAus 1791] LE CARNAVAL JACOBITE 1G5

Voilà comment se termina cette fameuse et coûteuse journée. Ce qui s'est passé jusqu'à ce jour n'est rien en comparaison, si ce n'est que le roi, effrayé de la joie de ces messieurs, n'est pas bieïi portant. Tous les bons Français en sont alarmés. Mais Dieu protégera ses jours contre la maladie, comme il les a protégés contre les embûches des méchants. Je sais que vous vous intéressez à lui; je vous ferai parvenir le bulletin de sa santé. Adieu.

P. S. — Il est question, au Club jacobite, du projet de placer des tribunes dans les places publiques, à toutes les descentes des ponts, et principalement du Pont-Neuf, pour faciliter à tous les patriotes de faire des dénonciations publiques, dont l'aréopage a plus besoin que jamais dans cet instant.

LU

SÉANCE DU fi MARS 1791

[Dans cette séance, lecture fut donnée : 1° d'une adresse du Club d'AuLun sur la situation financière de cette ville et les manœuvres des prêtres qui ont refusé le serment; 2° d'une lettre de la Société de Pontarlier sur les affaires de Suisse ; 3° d'une instruction au peuple rédigée par la Société d'Orange. — On trouvera le texte de ces documents dans le Journal des clubs, n" XVIII, t. II, p. 198.]

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