DE PARIS
AUX SOCIÉTÉS QUI LUI SONT AFFILIÉES (Paris, Iiup. nationale, s. d., in-4 de 6 pages.)
[Première quinzaine de mars 1791 '.J Frères et Amis,
Chaque époque remarquable dans la Révolution, chaque événement qui peut compromettre ou accélérer son succès, invite les Amis de la constitution à se transmettre leurs pensées. Réunis pour le même but, animés des mêmes intentions, ils doivent se faire une opinion commune sur la situation de la chose publique, afin que runiformité de leur conduite soit aussi constante que l'harmonie de leurs sentiments : tel est le véritable objet de la correspondance qui les lie; tel est le gage de leur influence, influence bien précieuse, puisque, dans ces moments d'orage, elle est étroitement unie au maintien de la liberté. La ville de Paris vient d'être agitée par divers événements; nous ne vous en tracerons point le récit, parce qu'il n'est aucune partie de Tempire où la voix publique ne l'ait porté. Mais nous devons vous faire part des réflexions dont il nous off"re le sujet.
Dans le cours d'une révolution où les plus antiques préjugés et les intérêts les plus puissants sont attaqués tour à tour par la raison et la justice, la résistance recommence à chaque combat; et, jusqu'à ce que l'œuvre soit consommée, chaque victoire de l'intérêt public est l'occasion d'une lutte plus ou moins animée, d'une crise plus ou moins orageuse.
Telle est notre situation depuis près de deux ans; mais la persévérance des citoyens recueillera bientôt le prix de tant de courage et de sacrifices, si, veillant sans cesse sur nos intérêts, invariables dans nos sentiments et dans leur manifestation, nous savons nous abstenir
1. Cette adresse parut dans la Chronique de Paris du 18 mars 1791, et avait été critiquée dans le Patriote français du 17. Il n'y a donc pas d'invraisemblance à la dater approximativement de la première quinzaine de mars 1791.
186 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [mars 1791]
d'une impatience inconsidérée et ne pas troubler de nos propres mains le travail qui se prépare pour nous.
Tel est le conseil de la raison, telle est la leçon de l'expérience.
Tandis qu'au milieu des agitations l'Assemblée nationale avance chaque jour vers l'instant qui doit mettre un terme à tous les débats, en fixant invariablement la charte de nos lois constitutionnelles, Faction de la volonté générale achève autour d'elle ses opérations, et renverse tour à tour les obstacles qu'on s'efforce de leur opposer. Par son irrésistible influence, la confiance s'attache aux institutions nouvelles. La vente des biens nationaux, la circulation des assignats, le serment des ecclésiastiques fonctionnaires publics, ces résolutions grandes et hardies qui, suivant l'espoir de nos ennemis, devaient être recueil de la Révolution, se consomment successivement et lui donnent des fondements inébranlables.
Les inquiétudes répandues sur les dispositions des puissances étrangères se convertissent en un sentiment d'orgueil et d'espérance, lorsqu'au premier bruit du danger ces mêmes gardes citoyennes qui s'armèrent pour la liberté, le jour qu'elle fut menacée, renouvellent à la patrie le témoignage de leur dévouement, et prêtent aux décrets des législateurs l'appui de toutes les forces nationales.
Dans cette marche imposante et tranquille, tout ce qui contrarie la volonté publique sert à constater sa persévérance; tout ce qui dévoile les partis sert à faire connaître l'immense majorité qui défend la Révolution. Si les infatigables intrigues de ses ennemis parviennent à répandre le trouble dans quelques départements, des commissaires nationaux courent y porter la paix. Partis du centre de l'empire, investis d'une pleine confiance, ils marchent soutenus par le vœu de tous les bons citoyens. Des légions armées pour la constitution les environnent sur leur passage, et se disputent l'honneur de voler aux secours des lois méprisées. Mais la raison suffit : elle ramène un peuple trompé, elle livre ceux qui l'avaient séduit à une honteuse impuissance, et la volonté générale triomphe sans avoir besoin de la force qui s'offrait pour la soutenir.
Ainsi l'expérience nous indique sans incertitude quels moyens pourront surmonter tous les obstacles et terminer la Révolution.
Unissons nos efforts pour la défendre et prenons pour guide la loi ; la loi, devenue enfin l'expression de toutes les volontés et le résultat de tous les intérêts, peut seule nous imprimer un mouvement commun, nous diriger sur la même ligne, et nous assurer toujours la victoire, en nous opposant en masse aux efforts épars de nos ennemis.
Lorsqu'un peuple s'est constitué, le respect des lois qu'il s'est don-