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MARS 1791] ADRESSE DE LA SOCIÉTÉ

nées devient le premier des devoirs; lorsqii'après avoir conquis sa liberté, il est occupé de la fixer par des lois constitutionnelles, la religion qu'il attache à ces premiers résultats de sa volonté est le signe où l'on peut juger si la Révolution s'achèvera.

Le jour est encore près de nous où les citoyens de Paris ont consacré ces maximes par un grand exemple.

L'Assemblée nationale avait rendu le mémorable décret qui supprime les entrées des villes; le terme de la perception était prorogé jusqu'au 1""" mai'. Déjà les ennemis de la Révolution se flattaient que l'insurrection populaire devancerait le terme de la loi, et que la violence déshonorerait le triomphe de la justice. Des émissaires étaient répandus pour entraîner le peuple à l'erreur; il a su résister au piège, et lorsque notre Société, qui s'était longtemps occupée, dans ses discussions, de cette loi bienfaisante, a provoqué le vœu des citoyens pour la plénitude de son exécution, elle les a trouvés tous pénétrés des sentiments qu'elle voulait leur inspirer. Ils n'ont pas juré seulement la soumission à la loi, ils ont voulu s'en rendre tous responsables et solidaires, et se sont offerts à l'envi pour en être les gardiens.

Tel a été le mouvement unanime de ceux dont les mains victorieuses ont renversé la Bastille.

Amis de la constitution, les citoyens qui sont autour de vous sont dignes de sentir de tels exemples, ils les ont peut-être devancés.

Peignez au peuple sa dignité : lorsque, par ces élans généreux, il ferme la bouche à ses détracteurs, il assure l'autorité des lois qui garantissent sa liberté, et porte le désespoir dans le sein de ceux qui se flattaient de les voir détruire par ses propres mains.

Quel contraste entre ces actes civiques et les mouvements inconsidérés qui, produit d'un aveugle zèle, et secrètement excités par les ennemis de la Révolution, viennent trop souvent affliger ceux qui la défendent et préparer des triomphes à ceux qui se plaisent à la calomnier !

Amis de la constitution, dites au peuple qu'il fait respecter ses droits par une contenance ferme et tranquille, et que les mouvements

1. Il s'agit du décret du 19-23 février ilOl, qui est ainsi conçu : « L'Assemblée nationale décrète que tous les impôts perçus à l'entrée des villes, bourgs et villages, seront supprimés à compter du i'"' mai jjrochain; charge son Comité des impositions de lui présenter, sous huit jours au plus tard, les projets d'impositions qui compléteront le remplacement des impôts supprimés, et qui étaient perçus au profit de la nation, des hôpitaux ou des villes, de manière à assurer les fonds nécessaires pour faire face aux dépenses publiques de l'année 1791. ■»

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d'une effervescence inquiète sont le piège le plus dangereux que puissent lui tendre ses ennemis.

Dites-lui que, par celte ardeur turbulente, il alarme, il détache de sa course une multitude d'hommes paisibles, il retarde la confiance qui s'attache de jour en jour à la nouvelle constitution, et qui ramènera bientôt parmi nous le travail et la prospérité.

Dites-lui que, loin d'influer sur les décisions qu'il désire, son impatience les éloigne en paraissant les exiger; qu'elle décourage ses amis; qu'elle impose souvent la contrainte à ceux qui défendraient sa cause avec le plus d'énergie, s'ils ne répugnaient à mêler leur zèle avec des agitations que réprouvent également le respect des lois et l'intérêt de la liberté.

Dites au peuple que ses représentants poursuivent sans interruption leur vaste entreprise et que leurs efforts sont secondés par un roi dont les vertus impriment le véritable caractère à la royauté constitutionnelle, instituée pour le bien du peuple et pour la stabilité du gouvernement.

Sous ces auspices favorables, au moment où la constitution est près de recevoir le complément qui lui assurera la durée des siècles, tous les moments sont précieux ; tout ce qui entrave sa marche peut, par un changement de circonstances, devenir une source inépuisable de regrets. Que ceux qui veulent son accomplissement laissent donc agir leurs représentants, qui s'en occupent sans relâche; qu'ils les environnent de leur surveillance ; qu'ils les avertissent par des pétitions légales et paisibles ; qu'ils couvrent leurs travaux par cet indomptable courage à l'abri duquel la Révolution s'est commencée ; mais qu'ils ne les troublent pas.

Quand nous avons détruit la tyrannie, quand il a fallu briser ces pouvoirs armés et réunis pour notre oppression, l'insurrection fut un devoir, car elle pouvait seule faire triompher les réclamations de la justice. Mais, si nos droits sont rétablis, s'il ne s'agit plus que d'assurer notre liberté par des institutions indestructibles, c'est à nous de désirer la paix, car c'est au sein de la paix que peut s'affermir l'édifice de notre constitution; c'est à nous de maintenir les lois, car elles sont faites pour nous et par notre volonté. Sous le règne de la liberté, les coupables ou les tyrans ont seuls intérêt à la révolte ; la loi combat pour les citoyens; défendus par la loi, les citoyens n'ont à combattre que pour elle.

Amis de la constitution, vous avez toujours professé ces principes et vous les avez fait triompher dans de grandes circonstances : Tordre rétabli dans l'escadre de Brest, la pacification de l'Alsace, la consti-

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