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IG MARS 1791] DISCOURS SUR LES SUCCESSIONS 'J

siècles par une nation qui a vieilli sous une autorité monarchique? Non, répondrai-je : je veux, au contraire, tout pacifier, en réduisant tout au niveau de l'égalité. Je ne répondrai point à ceux qui osent dire que les coutumes, appartenant aux citoyens qui les ont établies, doivent être respectées et ne peuvent être confondues dans la destruction des privilèges, et que la France ne forme qu'une même famille qui doit être régie par les mêmes lois. On m'observera peut-être que, bien loin de tout pacifier, cette équation séduisante va donner lieu à des désordres infinis, introduire la discorde dans le sein des familles, aigrir des citoyens en les privant d'une propriété qui semblait leur être acquise; que ce système est destructeur du commerce et de l'agriculture; que surtout l'exclusion des filles a pour but le succès de la culture; que, plus les propriétaires seront multipliés, plus ils seront difficiles et processifs. On m'objectera enfin qu'il en est des anciennes lois comme de la nature; que ce qui paraît gêner l'ordre particulier tend à la perfection de l'ordre général, et que c'est l'impérieuse nécessité qui a commandé le sacrifice d'une portion des droits individuels à l'intérêt de tous. Eh ! comment peut-on faire une comparaison si déplacée de la nature? Quelle est donc cette nécessité dont on nous parle, qui tendrait à sacrifier les intérêts du plus grand nombre à l'ambition du plus petit?

Gomment une inégalité, injuste à l'égard de la majorité des citoyens, tendrait-elle à la perfection de l'ordre général? Moi, je soutiens que, bien loin de diviser les familles, la douce égalité y ramènera cette précieuse intelligence qui établira des liens indissolubles. Les citoyens jouiront des douceurs inappréciables de la fraternité; les discussions d'intérêt, fomentées par l'animosité qu'enfante la jalousie, ne les diviseront plus; ils se réuniront d'un commun accord pour faire fleurir le commerce et l'agriculture, qui seuls peuvent rendre à ce vaste empire ses richesses et son éclat (car, sans doute , les Français , débarrassés de leurs anciens préjugés, s'adonneront à l'envi au commerce et à l'agriculture). Plus les propriétés sont divisées, mieux elles sont cultivées.

Le citoyen occupé à la culture de son champ pratiquera les vertus paisibles de la vie champêtre. Uni à une chaste épouse par les liens de l'inclination , et non par des motifs de convenance , il coulera des jours tranquilles à l'ombre de notre sainte constitution. Les mœurs pures de l'âge d'or succéderont à une vie crapuleuse et oisive. L'ingénue simplicité fera disparaître un luxe ruineux; et les Français, au sein de la félicité, béniront d'âge en âge la sagesse prévoyante de leurs augustes représentants. Eh! me réplique-t-on, cette folle idée

20O SOCIÉTÉ DES JACOBINS [16 mars 1791]

d'égalité est flatteuse au premier coup d'oeil; mais, si vous y réfléchissez, vous serez convaincu que cette division est funeste, impolitique, et qu'elle appartient plutôt au roman de l'humanité qu'à la législature d'un empire.

Eh quoi! continue-t-on, appuyé sur les bases d'un principe aussi erroné, vous ne voulez laisser à un père que la disposition d'une partie de ses propriétés, et enhardir ainsi les enfants à méconnaître l'autorité paternelle? Vous voulez fixer le degré de représentation en ligne collatérale, priver par conséquent un citoyen qui n'aura pas d'enfants du droit qu'il a de disposer selon son caprice de sa fortune, annuler toutes les donations et testaments faits par des personnes encore en vie, et forcer tous les enfants qui ont déjà reçu de rapporter à la masse, lorsque leurs pères mourront, pour procédera un partage égal? Mais, en vérité, ce système est destructeur de toutes les lois, et jamais on ne peut donner un effet rétroactif à une loi nouvelle. Ce renversement de principes ne peut qu'augmenter le nombre des mécontents, qui emploieront toutes sortes de moyens pour détruire notre constitution.

Armé du glaive de la conviction, je répondrai que l'égalité que je désire, et qui sera notre bonheur, n'est ni chimérique ni romanesque; qu'elle n'est point contraire à l'ordre social et qu'elle est inséparable de la législation d'un peuple qui a brisé les fers du despotisme pour conquérir sa liberté; que, bien loin d'exciter les enfants à méconnaître l'autorité paternelle, les droits de la nature, que je réclame pour eux, ne feront que resserrer les liens qui les attachent à l'auteur de leurs jours. En effet, comparons les contrées qui jouissent de l'égalité parfaite avec celles qui sont asservies à un fatal préjugé : ici, les enfants, ne voyant dans leur père qu'un tyran qui peut disposer arbitrairement de sa propriété , le flattent extérieurement par crainte ou par ambition, tandis que, dans le fond de leur âme, ils soupirent peut-être après sa mort, dans l'espoir de recouvrer leur liberté; là, au contraire, le fils, a3'ant un sort assuré, n'est ni craintif ni ambitieux; docile par inclination à la voix d'un père chéri, il le bénit tous les jjours de sa vie, et ne cherche qu'à contribuer à son bonheur.

Là, les enfants, jaloux les uns des autres, se détestent mutuellement; des motifs haineux d'intérêt rompent entre eux les liens de la fraternité, et les entraînent dans des procès qui absorbent la plus grande partie de leur fortune.

Ici, au contraire, le frère est étroitement uni avec la sœur, et jamais leur propriété ne devient la pâture des agents de la chicane.

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