MARS 1791] DISCOURS SUR LES SUCCESSIONS
Là, le frère est condamné au célibat, la sœur à s'enterrer toute vivante dans un couvent.
Ici, le frère et la sœur, jouissant d'une modique fortune, s'unissent par les liens du mariage et de l'amitié à des citoyens qui jouissent des mèn|..'S droits qu'eux.
Là, un aîné, accumulant tous les biens de ses pères, insulte par un luxe insolent au malheur de ses cadets et s'arroge une autorité despotique sur eux.
Ici,, au lieu de cette splendeur, régnent régalité, la simplicité, la concorde, l'union et la paix.
Cet heureux contraste fermera sans doute la bouche à ceux qui prétendent que l'autorité des parents sera compromise. Passons aune autre objection.
Je veux fixer la démarcation de la représentation en ligne collatérale, parce qu'il est injuste que des frères, des cousins, des neveux et petits-neveux, soient privés du droit que la- nature leur donne aux propriétés de leurs parents, qui, quoi qu'il en soit, auront toujours des moyens pour disposer arbitrairement d'une partie de leur fortune. Cette loi salutaire, en réprouvant un funeste célibat, engagera les citoyens à contracter les doux liens du mariage.
Je prétends aussi que toutes les donations et testaments faits par des personnes encore en vie doivent être annulés, et que tous les enfants qui auraient reçu doivent être obligés, à la mort de leurs pères, de tout rapporter à la masse, pour procéder à un partage égal.
Je fonde mon opinion à cet égard sur la certitude que j'ai que déjà plusieurs pères, pour éluder la loi que l'Assemblée nationale avait annoncée depuis longtemps, ont disposé de la plus grande partie de leurs biens en faveur de leurs aînés.
Quant à la restitution que j'exige de la part de ceux qui ont reçu plus ou moins qu'il ne leur revenait légitimement, je la crois indispensable pour établir une juste équation entre tous les enfants qui, ayant encore leurs pères, ont droit de jouir du bénéfice de la loi. Je soutiens que cette disposition ne donne nullement un effet rétroactif à la loi; que, bien loin d'augmenter le nombre des ennemis de notre constitution, elle ne fera au contraire que lui acquérir des défenseurs, qui maintiendront de toutes leurs facultés des lois bienfaisantes qui, en leur procurant une nouvelle existence, leur feront recouvrer leurs droits. Il me suffira, pour vous convaincre de cette vérité incontestable, de vous dire que, sur quatre aînés, on peut compter au moins vingt cadets. Ces généreux citoyens, animés de la plus vive reconnaissance, béniront cette douce égalité qui, en augmentant leur fortune.
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les mettra à même de concourir k l'acquisition des biens nationaux, dont la vente est la dot de la constitution.
Je pourrais encore vous présenter des motifs puissants à l'appui de l'égalité que je demande; mais, entraîné par l'amour de l'humanité, j'ai déjà abusé de votre complaisante attention : je ressens tout le prix de votre indulgence.
d'après le « JOURNAL DE PERLET )) DU 19 MARS 1791
La Société des amis de la constitution, séante aux Jacobins, pour témoigner sa satisfaction de la convalescence du roi ^ a arrêté dans sa séance d'hier qu'il serait fait un fonds pour marier un certain nombre de jeunes filles dont les pères ont péri au siège de la Bastille.
LXY
d'après le (( JOURNAL DE LA RÉVOLUTION » DU 20 MARS 1791
Un membre a annoncé qu'un Anglais venait de lui annoncer que, si l'Assemblée nationale refusait de se montrer compatissante aux malheurs du sieur Latude, on allait ouvrir à Londres une souscription pour soutenir les jours de cet infortuné vieillard. « Souffrirez-vous, a-t-il dit, qu'une nation voisine, votre rivale, vous surpasse en générosité et même en justice? » Cette affaire a été renvoyée à un nouvel examen des commissaires.
M. Lameth a représenté que la foule des mendiants se multiplie à l'infini dans cette capitale; que le nombre de malheureux qui remplissent les ateliers de charité et leur oisiveté peuvent donner des inquiétudes. Il a en conséquence demandé et obtenu que les moyens d'anéantir la mendicité fussent placés à l'ordre du jour, lorsque la question des successions sera terminée.