‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 97 sur 243 · Sur la maladie de Louis XVI, voir plus liaut, p · texte numérisé non relu

Sur la maladie de Louis XVI, voir plus liaut, p

Cette dernière question a été reprise ' et discutée avec la plus grande clarté et le plus vif intérêt. Tous les orateurs ont parlé pour l'égalité. M. Lepage a démontré l'injustice du droit romain, suivi en partie dans plusieurs contrées de la France, et qui donne aux pères sur leurs enfants un empire absolu. Suivant ces lois, le fils est la propriété du père, il le peut priver de ses biens et avantager qui bon lui semble. Cette injustice est trop criante, trop opposée à la nature. L'égalité, au contraire, est, selon le vœu de la nature, conforme au droit politique et civil. Pour prouver cette assertion, l'orateur a cité l'abbé Raynal. « Un sauvage en mourant laissait deux fils. Il possédait deux arcs. Les donna-t-il au même? Non, Messieurs, cliacun en eut un; et, en France, chez une nation policée, un enfant emporte seul tous les biens du père! Ainsi, tandis que l'un crève d'indigestion, les autres meurent de faim. >>

Après avoir donné d'excellentes raisons en faveur de l'égalité, M. Goupil a paru désespérer qu'elle triomphât. « Cette cause, dit-il, trouvera beaucoup d'opposition : 1" dans le côté droit, qui est ennemi de tout bien; 2° dans un grand nombre de membres du côté gauche, qui y sont personnellement intéressés. L'égalité testamentaire sera approuvée; on donnera des éloges au principe, mais on ne le décrétera pas. Un député des pays méridionaux m'a assuré que ses commettants l'ont engagé à s'y opposer de toutes ses forces, et qu'il est défendu à tous ses collègues de toucher autrement à la question que pour la combattre. Quand je fis, à l'ouverture des États généraux, une brochure où je plaidais la cause de l'égalité ^ : Faites pleuvoir, lui dirent-ils, sur cette brochure, si elle s'accrédite, vingt volumes pour V écraser. »

D'autres membres ont parlé dans les principes de M. Lepage, et ont fait espérer que la vérité triomphera encore celte fois dans l'Assemblée nationale de l'intérêt personnel.

La séance a été terminée par une députation des maîtres de pension. Ils demandaient que la Société voulût bien s'intéresser à leur

1. Il s'agit de la question de régalité des partages dans les successions. Le 21 novembre 1790, Merlin de Douai avait lu à l'Assemblée nationale un rapport sur ce sujet, et le débat avait été ajourné. Mais l'opinion en était restée saisie, et on voit que les Jacobins discutèrent la question. La loi du 8-13 avril 1191 abolit toute inégalité entre héritiers ub intestat. Celle du 7-11 mars 1793 abolit la faculté de tester en ligne directe et établit que « tous les descendants auraient un droit égal sur le partage des biens de leurs ascendants ». Enfin la loi du 4-6 juin 1793 établit que les enfants nés hors le mariage succéderaient à leurs pères et mères.

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