‹ La société du Consulat et de l'EmpireChapitre 12 sur 16 · IV · texte numérisé non relu

IV

Ccpeiidant sa face de diplomate reste impassible, et plus la situation s'assombrit, plus il afïccte de calme et de sérénité Dans la célèbre audience du i.j août 1808, oîi Napoléon Tattaque de front sur les préparatifs militaires de l'Autriche, tandis que iM. de Champagny le tient comme bloqué par derrière, son ton mesuré, conciliant, em|)èclie un éclat qui semblait inévitable. Son rapport à Stadion, daté du 17, fixe le caractère de cet entrelien où jM. Tliiers nous montre Tempereur un peu trop adouci, où Lanfrey le peint trop exalté et presque divaguant. 11 veut être calme, il le dit, il le répète, et Melternich Ty aide de toutes ses forces; mais le calme de Napoléon s'appellerait de la véhémence chez tout autre souverain. Ses questions vont droit au but; son tour, son geste sont d'un homme impatient de démasquer l'adversaire, et qui, dans la

vivacité de son attaque, se découvi-e luiinèmc :

Vous en voiili/. donc ;t (jut-l(|u"nn ou vous craignez quelqu'un? A-l-on jamais vu a;,Mr avec une prt'cipitation pareille? Si vous y aviez mis un an, dix-luiil mois, il n'y aurait rien à dire, mais ordonner que tout soil prêt le i6 juillet, comme si ce jour-là vous deviez être

attaqués ! le suis franc ; je ne caclie pas ma

politique; mais vous me forcez à m'adresserau Sénat et à lui demander deux conscriptions, vous vous ruinez, vous me ruinez; l'Angleterre peut vous donner de l'argent, mais jamais assez, et elle ne m'en donne pas; les Etats de la Confédération, déjà bien assez mallieureux, se ruinent, et quand toute la population masculine de l'Europe se trouvera sous les armes, il faudra donc faire lever les femmes? Cet état peut- il durer? Il doit nous mener à la guerre sans (jue iu)us la voulions. Qu'espérez-vous donc? Etes-vous d'accord avec la Russie? Je ne le crois pas, mais dans ce cas vous me présenteriez une ligne de défense respectable.

Napoléon, en prononçant ces dernières paroles, regardait en même temps que le

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ministre d'Autriche celui de Russie, qui conservait une attitude imperturbable. A deux reprises, Tambassadeur de Turquie pre'sent et écoutant, il fait au partage de Teiiipire ottoman les plus transparentes allusions. Mais s'il v a de la chaleur, de la brusquerie, de la téméiilé dans son langage, il n'y a point d'insultes, et Mettcrnich en est tellement surpris et ravi (ju'il lui fait la pari d'éloges un peu plus lai-ge que de raison en disant « qu'il ne quitta jamais ni le ton, ni les expressions de la plus étonnante mesure ». Le jeune diplomate eut l'art de se dégager de ses vives étreintes, et l'esprit de terminer son habile défense par une saillie d'autant plus agréable à l'empereur qu'elle le louait tlunc qualité dont il ne se montrait [)as prodigue, de son impartialité. Napoléon, après lui avoir indiqué la ligne de conduite qui convenait à l'Autriche, ayant ajouté : « Vous pensez de même. — Non seulement je pense de même, répliqua-t-il en souriant, mais je crois débattre nos intérêts avec le ministre des affaires étrangères de l'Au-

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Iriclic, lant ce (jiic dit A olrc ^lajcslc csl vrai. »

(( Luc seule parole mauvaise de vous personnellement aurait provo([ué la guerre », lui (lisait Napoléon fjuel(|ues jours plus lard, cl dans celle nouvelle entrevue (pie ne ns(piail plus de |)assionner la prc'senee d'un noiuhi-euv auditoire, renipereui- niellait lanl de mesure dans ses ipieslious, Mellernicli lant de Ijonne grâce dans ses répli(|ues, (jue rcntrelien ressemhlait moins à une discussion |)oliti(pic (pi à une (( (piei'clic d amanls ».

Ce (pii n"(Mnp(''(liail |)as les deux amants de s en aller, |)eu de lemps ajîrt's, lun à Mrfurl |)our \ eliei-clicr Talliance de la liussie conlre rVulrielie, laulre à Vienne |)Our \ mc'diler sur son exclusion (ri'.rlurl, et V iXMliger deux Mémoires où il sondait la jjrofondeur de la plaie (aile à la puissance impériale par la iH'sislancc du |)euj)le espagnol el supputait le nom!)rc exact (riionnnes (|ue la France el rAutriche pouvaient s'oj)poscr sur le champ de hr.taille.

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