Comte d'IlÉRissoN, Le Prince impérial
certaine anxiété. Ayant été premier en arithmétique, il fut invité au banquet de la Saint-Chariemagne et, tout heureux, tout fier, sy rendit le 28 janvier iSti8. Quel éclat pétillait dans ses yeux clairs tandis qu'il faisait connaissance pour tout de bon avec ces condisciples vers lesquels avaient si souvent volé ses pensées ! Avec quel entrain il sabla en leur compagnie Texcellent champag-ne envoyé par l'Empereur, un Champagne comme jamais réfectoire de collège n'en a, sans doute, vu mousser !
Le temps laissé libre par les études et par les jeux était consacré à l'escrime, à la gymnastique, à l'équilation. Cette dernière avait les préférences du Prince, Cha(|ue jour, M. Bachon, son écuyer lui donnait sa leçon, à Paris dans le manège du quai d'Orsay; à Saint-Gloud dans le manège en plein air du parc haut. M. Bachon avait acquis sous le comte d'Aure les traditions de la science équestre K Très dévoué à son impérial élève, il tenait sa mission pour un sacerdoce. Avec son esprit enjoué qu'accusait encore t^on accent gascon, il était bien fait pour vivre auprès d'un enfant. Original, un peu mania(jue même, disait-on à la Cour, il manquait délégancc et de distinction, lorsqu'on le voyait à pied, avec sa tournure un peu lourde, son visage troué de petite vérole, ses cheveux gris et rares. A cheval, en uniforme, sous le chapeau à plumes noires et la tunique verte brodée d'or, il se muait en un homme superbe. Il n'eut pas de peine à faire du Prince un cavalier accompli, valeureux et fin tout à la fois, car dès l'âge le plus tendre celui-ci s'était senti le goût des chevaux. 11 avait à peine trois ans, lorsque M. Bachon proposa de le faire assister à cheval à une revue.
L'Empereur hésitait à donner son consentement.
— Je réponds de tout, affirma l'écuyer.