‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 9 sur 133 · ujoiU(l'liiii général de cavalerie · texte numérisé non relu

ujoiU(l'liiii général de cavalerie

tageanlles éludes, les exercices^ les jeux quotiriiens du petit Prince, Louis Conneau arrivait tous les malins aux Tuileries à liuiL heures et n'en repartait (|ue vers neuf heures du soir pour rentrer chez ses parents, rue de Rivoli. A six heures et demie, le fils de l'Empereur montait s'habiller pour le dîner. Son costume, popularisé par le tableau et l'image, était presque toujours le même. Qu'il avait de grâce dans cette blouse et celte culotte boulTante de velours noir dont la couleur sombre était relevée par un large col blanc, une petite ci-avate rouge à bouts llottanis et des bas de soie de mèmeco\ileur ! En sortant de table, il n'avait plus guère qu'à jouer» car on peuse bien (pie les conversations du cercle impérial avaient rarement un grand attrait poui- un entant de cet Age. (^.ependant, alin de ne pas les troubler, il allait le jilus souvent s'amuser à côté, dans la salle du Trône (piuue porte ouverte séparait du salon de réunion. Plus d'une fois le meuble vénérable fut bousculé par de turbulentes parties de cache-cache. Pour qui eût su lire dans l'avenir, qu'elle eût été tragicpie, cette simple phrase lancée d'un ton d'insou ciancè : « \ oilà le trône renversé ! »

Les beaux jours d'hiver ou de printe.mps, le Prince, accompagné d'abord d'une de ses sous-gouveruantes, plus tard d'un aide de camp, se i'endail, escorté d'un peloton de cavalerie, au château de Bagatelle que le marquis d'Hertford avait mis à sa disposition. Au milieu du règne un escadron de spahis fut appelé à Paris et faisait ce service à tour de rôle avec les troupes de la garnison. Entre les rangs de ces hommes noirs ou bronzés, l'enfant avait l'air d'un prince des contes de fées enlevé par de noirs magiciens. Un jour, il arriva une étrange aventure à M. Prévost-Paradol, rédacteur au Journal des Débats, et l'un des leaders favoris de l'opposition. Il venait d'acheter un cheval arabe à un officier d'Afrique. La pr(Miiière fois qu'il se rendit au l>ois

Lt: l^RINCE IMPElilAL

de Boulogne pour essayer sa monture, il se trouva face à face avec 1<' Prince impérial qui, entouré de sesspahia, rentrait au château. Le cheval, reconnaissant ses frères

Le Prince impérial.

D'après Je tableau d'Yvon.

de race, ne les voulut plus quitter, et l)on ^ré mal i,'-ré, M. Prévosl-Paradol, qui n'en venail pas à bout, dut accompagner l'enfant de France jusque dans la cour des Tuileries.

Le petit Prince avait sa maison militaire à la tète de laquelle se trouvait son gouverneur, le général Fros-

sard, aide de camp de l'Empereur. On avait mis auprès de lui quatre aides de camp qui s'appelaient plaisamment entre eux c les quatre-z-officiers ». C'étaient le capitaine de frégate Charles Duperré, le lieutenantcolonel marcjuis d'Espeuilles, de la cavalerie, le commandant de Ligniville, de l'infanterie, le commandant Lamey, du génie. Trois huissiers et trois femmes de chambre étaient chargés de son service intime et il montrait avec eux la plus parfaite égalité d'humeui'.

Afin de donner ii l'éducation de son lils un caractère nettement mililaiic, l'Empereur avait tenu à ce que le gouverneur eût non seulemeni le pas sur le préco|)leur, mais encore la direction suprême des études. Or, le général Frossard professait sur ce point des idées assez personnelles. Ayant commencé sa carrière sous la monarchie (h' .Juillel, il avait conservé quelques-unes des traditions decelteépoque (»l ileùtsouhailéiju'àl'exemple des fils de Louis-Philippe, le Prince impiMial suivît bourgeoisement les cours d'un lycée. On lui représenta les difficultés cpie ne manquerait pas de présenter ce svstème et inènKî lesdanuers (lu'il pourrait faire courir h la sécurité de reniant. Le général préconisa alors la classe à domicile faite par un j)rofesseur emprunté successivement à plusieurs collèges, (pii lui donnerait la môme instruction ({u'à ses élèves etferaitde l'augustule le camarade, l'émule de tous les écoliers parisiens. Ce plan mixte n'obtint pas les suffrages de M. Monnierqui jugea plus conforme à sa dignité de se retirer. On le remplaça par un jeune professeur au lycée de Grenoble, ]\I. Augustin l'ilon.

Ciu'ieux de beaucou|) de choses, le Prince impérial aimait l'étude à sa façon, c'est-à-dire quand il percevait le but. M. Monnier pratiquait à son usage une méthode fortement imprégnée du natiu'isme de Rousseau et de Pestalozzi qui ne le fatiguait pas de trop longues heures d'études théoriques. Durant les promenades avec son

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élève, il lui donnait des notions très variées d'histoire naturelle, de géolog-ie. de botanique, d'astronomie, d'hygiène. Il gravait les dates historiques dans le cerveau (le renfauL en les écrivant sur le sable des allées du jardin. 11 lui désignait les objets en les appelant par leurs noms grecs ou latins. Le petit Prince avail l'intelligence très ouverte, beaucouj) de désir de bien faire et la passion du savoir. Parfois, néanmoins, surtout lorsqu'il fallait endurer de longues démonstrations mathématiques, son es|)rit, porté aux impressions vives et changeantes, prenait la volée loin de la salle d'études. Au momeni de tracer au tableau noir les chitTres d'une opération arilliméliqu(\ il lui arrivai! de demander de prime saut à son professeur :

— Monsieur Monnicr, est-ce que je peux dessiner un petit oiseau ?

— Dessinez, monseigneur, rt'-pondait le maître indulgent.

L'histoire intéressait particulièrement cet héritier du plus grand nom qu'elle ait connu. Celle du premier Empire le i)assionnait. A trois ans, il répondait à sa mère qui venait lui apprendre, au lendemain de Magenta, que son père avait remporté une victoire :

— Rien ({uune ? Mon oncle en gagnait bien davantage.

Comme l'Aiglon, il ne fut pas long à connaître les fastes triomphaux de la Grande Armée. Il n'est pas exagéré de dire avec le vibrant poète Georges Gourdon que

... le nom de celui ([ui dort aux Invalides, Dès l'aube, avail sonné la diane en son roMir.

Ce nom devait lui servir de guide jusqu'aux brûlantes savanes d'Afrique australe.

11 montrait assurément moins de goût pour l'élude des langues mortes. Les beautés de la version latine le

laissaient assez froid. Peut-èti'e ce manque d'enthousiasme était-il héréditaire, comme le donnerait à penser une amusante histoire. Un jour. Napoléon lll entra dans le cabinet de travail de son fils et le trouva penché sur son liureau, la tète entre ses mains, le coude appuyé sur le gros dictionnaire latin-francais de Noël. Le travail absorbait si tort l'enfant qu'il n'entendit pas les pas de son père. Olui-ci s'approcha i\e l'écolier et voyant ce qui l'occupait ne put s'empêcher de dire avec la franchise pleine de bonhomie qui lui était habituelle :

— C'est bien ennuyeux à faii'c une version : moi, je n'ai jamais pu.

iM. Monnier qui était présent crut devoir relever le propos pour l'honneur du latin et dans rintérèt de son élève. De son aii' le plus respectueux, il répondii :

— ('ependant Votre Majesté a fort bien traduit les Conimenlaires de César.

Mais Napoléon III était diVidéiiiciil en veine de sincérité.

— Ce n'est pas moi. rt'pondil-il.

Et il s'éloigna laissant le précepteur aux prises avec le mauvais exemple paternel '.

Av(M" l'inauguration du système scolaire cher au général Frossard, la tâche du précepteur, M. Filon, se réduisit à celle d"un répétiteur. C-e fut M. Edeline, professeur de septième au lycée Bonaparte, qui se vit le premier chargé de flispenscr à l'enfant impérial l'enseignement réglementé par l'Université. Conformément au mot de Fontanes, celui-ci fit le même thème et à la même heure que tous les collégiens de Franco. Il s'intéressait à ces camarades de classe in /xir/ihns dont le professeur lui disait les noms et avec qui il composait chaque semaine. Il attendait toujours sa place avec une

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