Mme Oarettk, Souuenlrs du :^ccnnd empire
2(j LA hOClETL UU SICCONU EMPIRE
La revue se passait au Carrousel. Dans sa petite robe écossaise, l'enfant, entre son père et 1\I. Bachon, se tint ferme jusqu'au bout sur son poney docile. En rentrant, le professeur d'tMjuitation faillit s'évanouir d'orgueil et d'émotion. 11 fallail l'entendre plus tard raconter les ditrérenles phases de la revue. Figure bien à part et lleui-aiil les romans de cape et d'épée que cet homme robuste chez qui les idées chevaleresques et la bonhomie naïve et joyeuseuKMd méridionale s'alliaient à une sollicitude maternelle vis-à-vis de son disciple pi'incier. « (^est Marcel des llwjuenoh », avait-on dit à la Cour. 11 se montra lier du surnom. Le Prince l'aimait pour sa verve, sa manière enjouée de donner la leçon, son langage mi-solennel, mi-familier et aussi les récils épiques dont il le régalait avec une chaleur comniunicative et jamais lassée. D'aucuns ont fait grief à M. Bachon d'avoir forcé la note sur ce point, en surexcitant |)ar {V'>, récits trop frécpienis d(? chevauchées guerrières le lempéramenl de son élève déjà trop enclin à la combativité. Mais cette jeune àme toujours prête à sortir du fourreau n'aurait-elle pas rejeté avec un dédain superbe des conseils de calme et de modération?
f.e petit Prince ne rêvait que récréations guerrières. C'était une nature turbulente, mais non querelleuse, car, le jeu fini, il n'y avait plus d'adversaires jusqu'à la prochaine bataille pour rire. S'il s'était montré trop violent, si le coup de poing avait porté trop fort il était le premier à s'en excuser. Par contre, si lui-même recevait un coup amenant une légère blessure, jamais il ne désignait l'auteur involontaire du méfait. Ils sont rares, ces traits de maîtrise de soi chez les enfants, toujours prêts à « rapporter )> et à se réjouir des déconvenues arrivées même aux meilleurs de leurs camarades. Le
LE PniNCE IMPERIAL
baron Pierre de Boiirgoing- a confessé comment, dans une de ces petites guerres, il pocha l'œil de son pauvre Prince qui se refusa énerg-iquement à révéler le nom du donneur de coup de poing malencontreux. Une autre fois, atteint en pleine fig-ure par un morceau de bois lancé par un camarade, saignanttrès fort, il dit à l'Empe-
Le Prince impérial au camp de Cliàlons. D'après une photographie communiquée par M. l'abijé Misset.
reur, tout ému de l'accident, qu'il était tombé en jouant *. S'il eût rég-né, jamais sa nature di-oite et fière n'eût prêté l'oreille aux turpitudes de la délation.
Tous les dimanches et jeudis, le fils de l'Empereur se retrouvait avec ses camarades pour ces parties débor-