Ji LES Breton, Nos peinlres du siècle
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]îi, encore, des artistes que la foret attirait non poui- la peindre, mais pour y peindre en paix. C'est ainsi qu'un jour, un jeune rapin vit Gérome installé devant une toile sous les ombrages du Bas-Bréau. Il s'approcha et manifesta un compréhensiMe ahurissement, en découvrant sous le pinceau du peintre un Louis XI regardant le cardinal La Balue dans sa cage de fer. Une scène de prison exécutée en plein air ! L'ironie ne manquait pas d(> saveur.
Les épais feuillages de la forêt de Fontainebleau ne prétendaient pas, d'ailleurs, au monopole des pleinairistes. C'est ainsi que Français, le dernier représentant chez nous du paysage historique, chercha ses sites à Cernay, à Bougival et surtout parmi les verts bocages de Clisson. Daubigny avait fait construire à Auvers-sur- Oise une charmante habitation La Maison des Vallées, où il vivait en famille et où venait souvent le voir le vieux Corot. Harpignies allait chercher ses inspirations en Italie et dans nos campagnes du Nord, son pavs d'origine. Ziem avait fait de Venise la patrie de son idéal. .Jules Breton consacra son œuvre presque entière à son pays natal d'Artois. Les riantes vallées de la Seine et de la Marne suffirent presqu'exclusivement aux vœux de Troyon, de Lépine, de Trouilleberl, le facétieux auteur des « faux Corot ». Enfin on sait quel mirage éclatant l'Orient exerça sur toute une admirable phalange de coloristes.
Il nous reste à pronon(;er un des plus grands noms de l'art h cette époque, celui de Courbet. Doué souvent d'une remarqualjJe puissance Imaginative dans ses grands tableaux comme le Comhal de cerfs ou VEnterrement à Ornano, ce maître tant discuté caractérise ses paysages par ce dédain de l'imagination, cette recherche du conforme et du textuel que nous avons signalée comme l'un des traits dominants de la jeune école du Second empire. C'était pour lui thio raison de plus de
chercher ses inspirations en plein air. Lui aussi courait monts et vallées, sa fîg-ure brune et barbue abritée par le grand feutre, sa large carrure à l'aise dans une blouse, la boîte de couleurs au dos et la pique de parasol à la main, comme il s'est représenté, de fat^on par trop olympienne, dans sa toile Bonjour, monsieur Courbet. Il va où le pousse son caprice, bohème de la route qui s'arrête où il lui plaît, le temps qui lui plaît, sans se soucier de son installation ni de sa garde-robe. C'est ainsi qu'il lui arriva de rester trois mois à Salins où il était venu pour huit jours. Son bagage se composait de son àne avec une petite voiture, d'une chemise, de deux paires de chaussettes et des seuls vêtements qu'il portait sur son dos. « Quand le froid arriva, il acheta une couverture à un juif, sur la foire; il y fit faire un trou au milieu pour passer la tète, et ce fut son pardessus d'hiver '. »
Courbet fit aussi de fréquents séjours en Berry, chez un de ses anciens compagnons du Ouartier lalin appelé Laurier. On le vit peintre de marines sur les bords de la Manche, à Etretal, où il exécuta son admirable Vague. Mais ce fut surtout son pays du Jura que hantèrent ses pérégrinations de paysagiste. 11 travaillait avec une merveilleuse rapidité. Écoutons plutôt un compagnon de ses courses au grand air :
« Il prenait avec son couteau dans une boîte où étaient des verres remplis de couleurs, du blanc, du jaime, du rouge, du bleu. 11 en faisait un mélange sur sa palette, puis, avec son couteau, il l'étendait sur la toile et la raclait d'un coup ferme et sur.
— Faites donc, nous disait-il avec son accent franccomtois, faites donc avec un pinceau des rochers comme cela que le temps et la pluie ont rouilles par de grandes veines du haut en bas I