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CHAPITRE XI RÉCEPTIONS ET VISITES IMPÉRIALES

Les réceptions du jour de l'an. — Les dîners. — Les concerts.

— Les " Lundis » de l'Impératrice. — Les grands bals. — L'entrée. — Le quadrille impérial. — Aspect des salons. — La fin du bal. — Une heureuse repartie. — Les bals costumés.

— Les costumes de Mme de Castiglione. — Sa défaveur.

— Le bal des Abeilles. — Une résurrection du dix-huitième siècle. — La Pologne enchaînée. — Dernier bal costumé aux Tuileries. — Une fête enrantinc au Louvre. — Réception du roi François d'Assise. — Un programme efTrayant.

— Le gala de l'Opéra. — Les ambassadeurs siamois au palais de Fontainebleau. — 'Voyage de l'Empereur en Algérie. — Le pardon des Flittas. — Réception indigène dans la plaine de Melila. — Voyage de l'Impératrice et du Prince impérial à Xancy. — Visite de l'Impératrice aux cholérique-^ d'Amiens.

On ne saurait plu.s imaoiner aujourd'hui la splendeur d'une réception à la cour de Napoléon III. Tout contribuait à cette splendeur, même la mode. Les Tuileries assistèrent au triomphe de cette crinoline qui est demeurée comm.e le .symbole d'une époque. Encombrantes et par trop monumentales dans la vie ordinaire, ces jupes amples, étolï'ées, étalées en une lar^e circonférence prenaient, dans les grands salons ruisselants de lumière, un grand air de luxe et d'apparat, une solen- III 23

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nilé gracieuse et puissamment décorative. De cette abondance de plisla taille sortait, étonnamment élégante et mince. Ces flots de moire, de satin ou de tafTetas, ces doubles jupes, ces volants innombrables, ces bouillons d'étotre blanche souvent parsemés de petits bouquets diaprés faisaient comme un somptueux piédestal au buste largement décolleté, au galbe des épaules toutes scintillantes de bijoux et de pierreries. Et la tenue des hommes complétait le coup d'oeil féerique, avec les uniformes de gala, la culotte de salin ou de soie, rhal)itde couleur étincelant de dorures, de chamarrures et tout constellé de décorations aux mille feux.

Les soirées aux Tuileries étaient divisées en réceptions du jour de Tan pour les personnes présentées à la Cour, dîners, concerts, petits bals de llmpératrice et grands bals.

Aux réceptions i]n nouvel an qui avaient lieu, d'ordinaire, dans les deux ou trois premiers jours de Tannée, les femmes devaient porter la traîne ou manteau de cour, les hommes runiforme de gala et la culotte courte. Pour être admis il fallait faire absolument partie de la Cour. Les femmes du corps diplomatique étaient reçues les premières. Ensuite, l'Empereur et l'Impératrice étaient entourés de leurs Maisons et des grands dignitaires. Les femmes présentées défdaient devant les souverains par ordre hiérarchique et leur adressaient une profonde révérence à laquelle le grand manteau de cour prêtait à la fois plus de difliculté et de solennité. On remarquait celles qui l'exécutaient avec plus d'aisance et de grâce. La duchesse d'istrie avait su se créer sur ce point une véritable réputation. Lorsque les femmes avaient fini tle défiler suivant l'ordre des préséances, les hommes étaient acbnis à leur tour à saluer le couple impérial.

Veut-on maintenant le cérémonial dun dîner aux Tuileries? Les personnes invitées traversaient toute

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une enfilade de salons. Au fond du dernier de ces salons, ils trouvaient la princesse d'Essling, maîtresse des cérémonies. Celle-ci faisait asseoir les femmes au milieu d'un groupe d'une vingtaine d'autres invitées qui conversaient à voix basse. Les hommes, en frac et culotte, se tenaient généralement debout près des embrasures des fenêtres et parlaient également sur le diapason le plus discret. Deux chambellans circulaient au milieu d'eux, disant à chacun quelle serait sa voisine de table. Alors, une des grandes portes du salon s'ouvrait à deux battanls et un chandjellan annonçait : (( L'Empereur ! » Tout le monde se levait. Les hommes se i)laçaient d'un côté, les femmes d'un autre. Les souverains faisaient leur entrée, la mine alTable. L'Empereur se dirigeait vers le groupe des hommes, qu'un chambellan lui nommait les uns après les autres. Son délicieux sourire au coin des lèvres, l'Impératrice rejoignait les femmes donl un autre chambellan lui donnait également les noms. On entrait ensuite dans la salle du dîner. Les invités se rangeaient sur deux rangs pour laisser passer le couple impérial, qui se donnait le bras. Puis, au sonde la musique, on prenait place autour' d'une table magnifiquement encombrée de corbeilles de fleurs, de candélabres, de surtouls d'or massif. Une fois par semaine, le lundi, un dîner de famille réunissait généralement aux Tuileries le prince Napoléon et la princesse Clotildc, la princesse Mathilde le prince et la princesse Charles Bonaparte et les princesses Bonaparte, marquise de Roccagiovine, comtesse Primoli. princesse Cabrielli et leurs maris. Plusieurs fois par mois, on invitait les ambassadeurs, les ministres, les grands officiers de la couronne et leurs femmes, les hauts fonctionnaires, les députés et sénateurs et quelques notabilités françaises ou étrangères admises dans l'inliinité des souverains.

Les concerts se donnaient dans la salie des Maréchaux. Dirigés par le vieil Auber sanglé dans un uni-

forme qu'il portait fort l)icn, l'orchestre et les chanteurs s'adossaient aux fenêtres ouvertes sur la cour des Tuileries. En face d'eux, au premier rang, se dressaient les fauteuils destinés à la famille impériale. Indépendamment du corps diplomatique, on invitait surtout à ces concerts les membres des grands corps de l'Etal et leurs femmes. Organisées parle comte Bac-ciochi. surintendant des théâtres, ces fêtes de la musique avaient surtout lieu pendant le carême. On y entendait les plus grands artistes : Faure, Christine Nilsson, la Palti, combien d'autres ! Auber s'y donnait avec autant de zèle qu'aux fonctions de maître de la chapelle impériale qu'il remplissait, d'autre part. Causeur charmant et spirituel, il était fort apprécié aux Tuileries. L'Impératrice se plaisait à ses amusantes reparties. Comme elle lui demandait, un jour, s'il ne regrettait pas d'être resté garçon :

— Jamais, madame, répondit-il, et je le regrette d'autant moins maintenant que Mme Auber compterait bien près de quatre-vingt printemps.

Le vendredi saint, on chantait le Slabai dans la chapelle des Tuileries. Les femmes venaient sur invitation, en toilette de deuil décolletée, avec des Abolies de den-. telle noire.

Les petits bals ou « Lundis de l'Impératrice » avaient lieu après Pâques, par séries où étaient invitées certaines catégories de personnes seulement. Ils n'étaient point comme les grands bals ouverts à la foule banale des fonctionnaires grands ou petits et se distinguaient par un caractère particulier d'élégance et de sélection. Pour y être admis — en dehors des personnes faisant partie de la Cour proprement dite — il fallait être personnellement connu de la souveraine ou marquer d'une façon quelconque dans le monde parisien. Se voir prié aux « Lundis » constituait une faveur très recherchée par la société impérialiste, le monde élégant éclectique

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et les brillantes colonies étrangères. Les hommes y venaientenculottecourteou pantalon collanl et habit noir. L'Empereuret lesofticiers de sa maison portaient l'habit bleu foncé à coi de velonrs avec pans doublés de salin blanc et boutons dorés frappés d'une aigle couronnée.

Un l)ulTel au liai des Tuileries.

D'après une aquarelle d'Edouard Détaille.

Les femmes, en dehors du milieu de la Coui', appartenaient à la plus haute société et jouissaient de la réputation d'élégance la jjIus méritée. On peut citer parmi les plus assidues la princesse Anna Murât, plus tard duchcose de Mouchy, la princesse de Metternich, la maréchale Canroberl, la duchesse de Persigny, la duchesse de Malakolî, la princesse de Bauirremont, dei)uis princesse Bibesco, la tluchesse de Cadore, la comtesse

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Walewska, la baronne de Poilly, la l>aronne de \'atrv, Mme Anatole Barlholoni, destinée à rester jusqu'à sa mort l'amie fidèle des souverains qui l'avaient élue dans leur intimité. Et il ne faut pas oublier la marquise de Galliff'et et sa sœur, Mme Cordier. l'une blonde, l'autre brune, habillées souvent de même sorte, ce qui faisait un piquant contraste, ni la comtesse Edmond de Pourtalès dont les traits charmants, les manières exquises, la conversation si vive i>ag-naient tous les cœurs et exerçaient le plus grand prestige sur cette société d'élite '.

A ces bals du lundi, le cérémonial et l'étiquette perdaient un peu de leur rigidité, ce qui ajoutait beaucoup à l'agrément de la soirée et lui donnait presque l'aspect d'un I)al privé. Vers dix heures, l'Empereur et l'Impératrice entraient dans le salon du Premier Consul oii attendaient les invités. Après quelques présentations faites par le comte Bacciochi, plus tard, par son successeur, le comte de Laferrière ils parcouraient les rangs de l'assistance, esquissant çà et là de courts entretiens. ,

Puis les danses commençaient. L'Impératrice n'y prenait jamais part et s'installait dans un salon voisin, portes ouvertes. Quelques diplomates comme le prince de Metternich et le chevalier Nigra l'y suivaient, et aussi quelques intimes de la Cour comme Mérimée, M. Edouard Delessert et deux ou trois personnalités françaises ou étrang'ères que la souveraine faisait appeler auprès d'elle. Conteur spirituel, Mérimé prêtait souvent beaucoup d'agréments à ces entr'actes à la repré-

1. Après la guerre, Mme de Pourlalès fit preuve de la plus noble gratitude envers les souverains déchus. Un jour, au cours d'une visite à Chilehurst, elle l'ut frappée de tout ce qui leur manquait. Usant de son intimité avec M. Tliiers, elle mit tout en leuvre pour leur faire restituer maints objets privés et elle réussit dans sa tâche \Souvenirs de Mrs Cornivallis West .

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.seulaliou de cour. De son cùlé, lEmpereur commençait généralement par s'isoler avec quelque ministre ou personnage politique. Mais les danseurs ne lardaient pas à le voir reparaître, car il n'était pas rare de le voir organiser un Lanciers ou une Boulangère, pour lesquels il éprouvait une alTeclion particulière. Après quoi, le cotillon commençait, invariablement conduit par la princesse Anna .Murât et le marquis de Caux, qui prenaient place sur des chaises volantes devant la cheminée. Très simple, il ne comportait guère comme accessoires que des fleurs et des rosettes multicolores. On soupait ensuite debout devant unbufîetet à une heure tout était terminé.

Après l'Exposition de 1867, les « Lundis » prirent de l'extension. On ouvrit pour eux la salle dos Maréchaux et la galerie de la Paix. Dès lors, le salon du Premier Consul ne servit plus que de salon de conversation. A cette époque, le marquis de Caux, qui en épousant la Patti, avait renoncé à sa charge de cour, avait laissé libre la place de conducteur de cotillon. On ne lui donna pas de successeur attitré et l'on se contenta de choisir pour cette fonction mondaine déjeunes attachés d'ambassades, des auditeurs au Conseil d'État, des écuyers ou officiers d'ordonnance « qui fournissaient la menue monnaie de ce parfait directeur ^ ».

Les grands bals avaient lieu à des dates à peu près régulières et particulièrement dans les premiers mois de l'année. C'étaient de magnifiques cohues étincelantes de pierreries, de diamants, de broderies et de parures, i^our ces solennelles réunions, les princes et princesses de la famille impériale étaient invités verbalement par le chambellan de |)('lil scrvii-e (|ui laissait une feuille indi<|uanl la dale {]v^ bals cl la tenue à revètii'. Le

1. Comfc DE MArr.Nv, Souuenirn du Second empire. — Mme C.\nF.TTi-., Sounenirs de la cour dea Tuileries.

nombre des invitations se montait de quatre à cinq raille et il venait rarement moins de trois mille personnes : grands corps de l'État, fonctionnaires, parlementaires, personnalités étrangères recommandées par leur ambassadeur, gens de lettres, artistes, journalistes, particuliers ayant été présentés. Il y avait des privilégiés conviés à tous les bals, d'autres ne recevaient d'invitation que pour un bal seulement. (!'/était le tluc de Bassano, grand chambellan, qui signait toutes ces invitations.

Dès huit heures, une longue file de voitures se formait dans la rue de Rivoli et sur le quai des Tuileries. On n'arrivait que fort lentement dans la cour du Palais, devant le pavillon de l'Horloge où se dressait une grande marquise dont le pavillon garni de tapis et de tentures servait de premier vestibule. On pénétrait alors, à droite, dans une antichambre où se tenait une haie de valets de pied en livrée de gala et poudrés à frimas, ayant àleur tète un suisse, hallebarde à la main et chapeau à plumes en bataille. Puis, c'était la montée du grand escalier où s'échelonnait le long des degrés la double haie des cenl-gardes bottés etcuirassés. Deux trompettes se faisaient face sur la })remière marche, tenant appuyé sur la cuisse leur instrument d'où retombait la flamme brodée aux armes impériales. En haut de l'escalier, deux huissiers en grande tenue à la française, Tépée au côté, le bicorne sous le bras, recevaient les billets.

Dans le salon d'entrée, jouait un orchestre conduit par Desgranges. Deux chambellans faisaient les honneurs de ce salon continué à droite par la galerie de la Paix, à gauche par la salle dite des « Travées » où le buffet était installé. A tour de rôle, ces chambellans s'acquittaient de leur fonction parfois délicate. On a conservé heureuse mémoire du vieux comte de Grossolles-Flamarens qui, avec ses grandes manières d'autrefois, semblait venir d'une cour disparue, et du vicomte

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d'Arjuzon, très jeune au conlraiie et doué d'une charmante tournure, d'une grâce paifaite et d'un tact exquis. Une fois entré, on cherchait à parvenir le plus rapidement possible à rexlrémité de la galerie de la Paix, pour avoir accès dans la salle des Maréchaux dont les portes s'ouvraient un peu après celles de la galerie. Les dames espéraient y découvrir une place, et tout à l'heure l'endroit serait propice à une contemplation aisée du couple impérial. Pour les princes, princesses, ambassadeurs, ministres et personnes de la Cour on avait réservé une entrée spéciale, à gauche, dans l'escalier particulier des souverains. Princes et princesses se rendaient dans les salons de l'Impératrice. Le corps diplomatique occupait le salon ])lanc. Les dames qui devaient être présentées attendaient dans le salon d'Apollon.

A neuf heures, précédés et suivis du cortège ordinaire et accompagnés par les princes et princesses, arrivaient l'Empereur et l'Impératrice. Après avoir tenu un cercle diplomatique dans le salon Idanc et après la présentalion des dames par les dames du palais ou par les ambassadrices, les souverains se rendaient dans la salle desMaréchaux. Tandis qiiel'orchestrejouait unemarche, les huissiers annonçaient : « L'Empereur ! « Tout le monde se levait. En arrivant devant leurs fauteuils, les souverains saluaient l'assemblée. Napoléon II 1 portait toujours l'uniforme de général de division, avec le grand cordon de la Légion d'honneur, les croix, les plaques, la garde de l'épée en diamants, la culotte de Casimir Idanc, les bas de soie blancs, les souliers à boucles d'or. L'Impératrice avait pris le « grand hal)it ». De splendides pierreries au corsage et dans sa coill'ure, elle apparaissait, radieuse de beauté, telle que la représente le portrait officiel de Winlerhalter.

Les fauteuils des souverains étaient placés sur une estrade d'une marche en avant des cariatides qui supportaient le balcon. A cùté se trouvaient des chaises

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pour les princes et les princesses ayant rang d'Allesses impériales, des pliants pour les autres. A droite, s'élevait Testrade du corps diplomatique; à gauche Festrade destinée aux femmes des ministres, des grands officiers et officiers de la Maison ainsi qu'aux dames du Palais.

Sur une ritournelle de l'orchestre, l'Empereur et l'Impératrice ouvrent le bal. Les personnes désignées pour danser avec Leurs Majestés et celles qui doivent compléter le quadrille impérial ont été prévenues par le grand chaml:)ellan. Ce sont généralement des membres du corps diplomatique, de grands seigneurs ou des dames de l'étranger, des ministres ou leurs femmes. L'annonce de ce quadrille où l'Impéralrice déploie une grâce infinie a attiré une véritable foule dans la salle des Maréchaux. Les chambellans et officiers de service ne peuvent arriver à maintenir libre l'espace restreint réservé à la danse des souverains. Mais les dernières mesures du quadrille ont résonné. Maintenant, dans tous les salons éblouissants de lumières, de cristaux et de dorures, entraînés par l'orchestre de Johann Strauss, les couples tourbillonnent éperdumenl, tant soit peu bousculés par les curieux qui se jettent au milieu des contredanses pour tâcher d'apju'ocher de l'estrade impériale. Pendant que s'ébattent ainsi valses et polkas, certaines personnes sont invitées à venir causer avec l'Impératrice. Parfois l'Empereur (juitte son fauteuil pour aller s'entretenir avec un ambassadeur, un ministre ou quelque autre important personnage, à moins que ce ne soit quelque charmante danseuse.

Le coup d'œil du bid i-avit les yeux. On admire l'uniforme ruisselant d'or du prince de Metternich, le costume vert et blanc des Saints Maurice et Lazare que porte le chevalier ?sigra,ambassafleur d'Italie, la tunique chamarrée du haut en bas de l'ambassadeur de Russie, des costumes éclatants de chefs arabes, de gardes-nobles, de chevaliers-gardes, de magnats, de nobles Ecos-

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sais. « Dans ce cadre merveilleux, écrit un léraoin, les habits rouges tout brodés d'or des chambellans, l'uniforme bleu de ciel et argent des officiers d'ordonnance, les costumes chamarrés des diplomates et officiers

Le vicomte d Arjiizon.

I) après une a<iiiareile de Bjiron (Musre Carnav;ilet).

étrangers, les tenues élégantes et variées do la garde impériale se mêlaienl à l'accoutrement plus prosaïque de la milice citoyenne. Des femmes en toilette de gala, ruisselantes de diamants el de pierreries, circulaient dans les vasles salles, et leurs robes traînantes froufroutaient sur le parcpiel. Pas d'habits noirs dans celle

fourmilière étincelanle. C'était vraiment lecrique '. » Vers onze heures, l'Empereur et rimpéralrice se levaient et, précédés par deux chambellans de service et par le grand chambellan, suivis par l'adjudant général du palais, l'aide de camp de service, la grande-maîtresse et une dame du palais, ils faisaient le tour de la galel'ie de la Paix. Ils avançaient très lentement au milieu d'une double haie qui se formait sur leur passage et ils s'arrêtaient de temps à autre pour parler à quelque personne. Faveur ardemment convoitée ! Des com|)élitions s'engageaient parmi les invités, suivies tantôt de satisfactions, tantôt de blessures d'amour-iuopre. Chez les intrigants en quête d'un mot ou d'un signe, les mines s'allongeaient terriblement déconfites, lorsque le couple impérial était resté muet devant eux.

L'impératrice ne s'en montrait pas moins gracieuse à l'égard de tout le monde. Sa façon de saluer avec une ontlulation harmonieuse de son cou de statue antique n'appartenait cpià elle. Et elle mettait le même charme dans le regard circulaire qu'elle ])romenait sur ses hôtes, en prenant congé. A minuit, les souverains avaient toujours rejoint leurs appartements. 11 était rare qu'après ces heures de constante représentation, l'Impératrice n'éprouvât pas une grande fatigue. « Souvent, raconte Mme Carette, elle ne prenait pas le temps de faire appeler ses femmes et, enlevant elle-même le diadème et les bijoux dont le poids l'opprimait, elle les jetait pêle-mêle dans le devant de ma robe que je lui tendais pour la débarrasser. Je tremblais toujours d'égarer quelqu'une de ces pierreries, car il y en avait qui représentaient une fortune-. «

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