‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 106 sur 133 · Comte DE ^\ AVGy\, Soiwenirs sur le Second empire · texte numérisé non relu

Comte DE ^\ AVGy\, Soiwenirs sur le Second empire

2. Mme Cahette, Souvenirs du Second empire. — L'Impératrice avait lait monter à son usage une partie des diamants de la couronne. De ces diamants dispersés, il y a (iuel(iues années, aux quatre vents des enclières, l)eaucoup avaient une histoire,

RECEPTIONS ET VISITES IM l'ElilAl.l-S iiGâ

Une fois les souverains parLis, le bal n'en conlinuail pas moins à battre son plein. Les catégories variées d'invités se groupaient au gré de leurs préférences. La grande galerie était spécialement réservée aux ébats de la jeunesse et des danseurs intrépides. L'élément militaire y était abondamment représenté. Les personnes graves se réunissaient dans la salle des Maréchaux et gardaient la place avec un air d'importance qui semblait en faire leur fief exclusif, séparé du reste du palais. La soirée donnait alors le spectacle de la plus intense animation. On était au moment des rencontres, des élans vers le builet et de l'inextricable bousculade. Cette mêlée brillante provoquait souvent de burlesques incidents. Un soir, une dame s'y fit remarquer par un excessif décolleté. C'était une beauté exotique qui circulait au bras d'un sénateur, toisant tout le monde et quêtant des murmures d'admiration qui ne venaient pas. Parmégarde, un monsieur marcha sur sa trahie. Elle se retourna, furibonde, et lança d'un ton de reine offensée :

— Fichu maladroit 1

Le délinquant ne manquait pas d'esprit. D'un ton mi-doucereux, mi-narquois, il répondit:

— Ah ! madame, voilà un fichu bien mal placé et qui ferait mieux sur vos épaules que sur vos lèvres.

A une heure, les portes de la galerie faisant suite à la salle du Trône s'ouvraient pour le souper des dames. Des buifets se dressaient en d'autres salles, devant lesquels on pouvait souper debout. El alors, jusqu'à trois

parliculièremenL cerlnin di;un;iiit jaune, i^ros comme une noix, (jui se portail dans un peiij'ne. l'endanl le pillai^e des Tuileries en 1.S18, il avait été avalé par un insurijé. Ses facettes Iranehanles avaient amené la mort du voleur au milieu d'cllVoyaljles tortures, li avait avoué son larcin et, en pratiquant l'autopsie, on letrouva le diamant. I^'lmpérati'ice ne connut ([ue tard cette anecdote lusubre et renonça, dès lors, à se parer du diamani fatal.

heures du matin, la parole appartenait au Champagne et aux victuailles de choix.

A cette époque qui connut et afficha le goût de la vie, il ne semblait pas étrange, comme en notre temps morne et gris, qu'une réception officielle prît les espèces d'un bal costumé. Les contemporains s'adonnaient avec passion au travesti. La Cour ne resta pas en arrière et on y vit, en ce genre, de splendides leles. Peut-être ne répondaient-elles pas autrement au goût des souverains, mais on se réjouissait à Lyon et à Roubaix devant les riches commandes de soieries et de luxueux tissus. Pendant la période du carnaval, on donnait généralement un bal costumé aux Tuileries. Très recherchées, les invitations y étaient plus restreintes qu'aux bals ordinaires. Elles ne comprenaient que les personnes présentées, c'est-à-dire faisant partie du groupe mondain personnellement connu de l'Empereur et de l'Impératrice. Dans ce groupe était compris tout le corps diplomatique. Nous ne pouvons évoquer tant de radieuses soirées. Donnons seulement quelques détails sur les plus retentissantes.

Celle de janvier i8G3 marqua un des plus grands succès de beauté de l'Impératrice. En dogaressc de Venise du dix-septième siècle, vêtue d'une robede velours noir relevée par des agrafes de diamant sur une jupe de dessous en satin écarlate, elle rayonnait de l'éclat de tous ses bijoux et de tous les diamants de la Couronne. La princesse xMathilde, sa fameuse parure d'émeraudes au cou, portait un resplendissant costume d'Anne de Clèves d'après Holbein. La princesse Clolilde avait aussi copié une peinture du Louvre, de la même époque, mais sa petite taille paraissait un peu écrasée par les brocards d'argent. La princesse de Metlernich, en

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Nuit, portail une robe de tulle bleu foncé constellée de diamants. Son mari, en veine de plaisanterie, dit à une de ses voisines :

— N'est-ce pas que Pauline est bien en chemise de nuit ' ?

La princesse de Metlernicli en iliahle noir. Daprts une a(|uarelle de Baron (Musée Carnavalel),

La princesse Anna Mural avait revêtu les atours pittoresques d'une paysanne hollandaise. Sur sa tète, à son cou, les f>ros ornemenls d'or se mêlaient aux .fines dentelles. Klle dansa avec son petit cousin, le Prince

1. Mrs DE IIegeumann Linden(;rone (en iiicmières noces Mrs Moulton), //; Ihe Coiirls of Memoni.

impérial à qui on avait permis d'assister au commencement du bal et qui en bondissait d'aise, dans son costume de velours noir et son manteau vénitien de taffetas rouge jeté sur l'épaule. Si gracieuse d'ordinaire, la comtesse Walewska ne parut pas très à son avantage dans la robe bouton d'or d'une amazone Louis XV poudrée à blanc. En revanche, la marquise de (ialliflel s'attira un succès des moins mystiques avec son costume d'ange Gabriel aux grandes ailes de cygne. Quant aux hommes, ils ])ortaient, pour la plupart, l'habit noir el la culotte courte sous le manteau vénitien. L'Empereur avait adopte, lui aussi, cette tenue traditionnelle, en y joignant le grand cordon de la Légion dhonneur.

Le déguisement de la fameuse comtesse de Gastiglione en Salammbô devait défrayer la chronique. Indiscrètement décolleté, ce costume révélait encore sous le maillot de salin noir des jambes admirables. Le jeune comte de Ghoiseul, en page éthiopien, portail \i\ traîne de la fille dTIamilcar et tenait au-dessus de cette tête aux lignes si pures un immense parasol. Qu'elle fût en Carthaginoise, en l'omaine de la décadence, en reiue d'Etrurie (que de plaisanteries plus tard pour ce déguisement de reine détrônée!), l'orgueilleuse Italienne cherchait toujours à produire le maximum d'etïet et ne ménageait ni l'excentricité ni la hardiesse, insoucieuse qu'elle était de dépasser les limites permises du déshabillé. Elle s'attira des observations. Déjà, son prestige allait s'évanouissant, pour bientôt céder la place à une défaveur marquée. Elle essaya en vain de lutter. Son audace coutumière la poussa à se rendre à l'un des derniers bals costumés des Tuileries sans avoir reçu d'invitation. Mais, dès son entrée dans les salons, bien qu'on ne l'eût jamais vue plus belle dans son costume noir de Catherine de Médicis, elle trouva sur son chemin un chambellan qui la reconduisit à sa voiture. On avait déjà traité de façon seuiblable une

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autre aventurière, Mme IvorsakolT ', qu'elle avait fait rayer elle-même des listes de la princesse de Metlernich.

Peu de temps après, au cours du carnaval de la même année, les invités des Tuileries assistèrent à une fête restée fameuse. Pour rompre la monotonie des unités défilant, suivant la coutume, les unes après les autres, devant les souverains, on avait pensé à une entrée sensationnelle dont les figurants auraient à exécuter des danses. On en confia la réalisation à Timaginative comtesse Stéphanie de Tascher qui répondit par une trouvaille. Quatre ruches monumentales, dorées et enguirlandées furent voiturées au milicni du bal par des valets de pied costumés en jardiniers. Il en sortit une douzaine de charmantes jeunes femmes qui exécutèrent tout un ballet d'Abeilles aux nombreuses figures. Elles en avaient les antennes brillantes, le corsage rave, les ailes diaphanes. Parmi elles figuraient la duchesse de Cadore, la comtesse de Persigny, Mme Barr;i( liin, la princesse Troubetzkoï, Mlles Haussmann. Magnan, Pereira, de Errazu. Ces jolies abeilles recueillirent un succès éclatant et firent éclore le miel sur toutes les lèvres.

L'hiver de i8(5() fut particulièrement joyeux pour les habitués des bals des Tuileries. La grande fête costumée donnée au mois de janvier dans la salle des Maréchaux attira toutes les curiosités, car ou savait (|ue l'Impératrice devait y paraître sous la haute coifl'ure poudrée et entre les amples j)aniers de cette reine Marie-Antoinette à la mémoire de laquelle elle avait voué un culte passionné'-. On attendait son entrée avec la plus vi\(' im-

1. El non Gorlili.ikofr, coiiiiiic Idiil iniin'iiiK' M. l'iciTC de I.MiH) et ceux «lui ont drci il l,i cour impériale à la suite de ce panipldétaire

2. C'est par les soins de l'Impérati-ice que lut oi>:anisée, à Ti'ianoi;, l'n 18(!7, une exposition des objets les plus artistiques et les plus curieux ayant apparlenu à Mai'ie-Antoinette. Ce musé<; de souvenirs l'uioiivants et dart délicat contribua à orienter le goi'd i\[t \(>nv vei's les maitres de la lin du dix-lnii-

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palience. Un murmure d'admiration courut à travers l'assistance, quand on la vit arriver d'un pas à la fois majestueux et souple dans sa robe en velours ponceau et satin blanc <:çarnie de founures et brodée d'or. Cette toilette reproduisait avec une absolue fidélité une toile célèbre de Lebrun. L'Empereur portail, comme à l'ordinaire, l'habit noir et le manteau vénitien. Entouré de ses camarades, le petit Prince se montra dans les premières heures de la soirée sous un gentil costume de pêcheur napolitain. La souveraine de droit populaire étrangement muée en reine de droit divin fit le lourdes salons au bras du maréchal Canroberl, tandis que l'Empereur oITrail le sien à la princesse de Melternich, en costume de tairetas joncpiille du plus pur Louis XVL

En raison de l'exemple donné par l'Impératrice, les costumes de la fin du dix-huitième siècle dominent de beaucoup. Y a-l-il eu mol d'ordre? C'est peu probable. Mais le désir de plaire et le goût du jour y ont suppléé. Toutes plus ou moins évocatrices des Trianons, la duchesse Colonna, descendante d'un officier suisse massacré au lo août, Mme Rimsksy-Korsakoffqui s'est inspirée du môme tableau que l'Impératrice avec une hardiesse assurément inopportune et qui porte une toilette identique, la vicomtesse Aguado, la duchesse de Rivas, la comtesse Czapska et sa fille, la comtesse Kel- 1er, la marquise de Louvencourt, la comtesse Sala et Mlle de Bassano qui a trouvé un double moyen de flatter les sympathies de sa souveraine, en incarnant une dame espagnole du dix-huitième siècle. Oue d'emprunts aux portraits de Latour, de Mme Vigée-Lebrun, de Reynolds, de Gainsboroug ! On n'en remarqua que davan-

tième siècle, au:~si l)ieii dans le domaine de rébénisterie et de la ciselure que dans celui de la statuaire et de la peinture. A Saint-Cloud, l'Impératrice aimait à s'entourer d'objets ayant appartenu à la reine ou de portraits et souvenirs la rappelant. Voir là-dessus nos tomes I et II.

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tage des costumes d'un goût plus indépendant roiuine ceux de la belle Mlle Bouvet en Napolitaine, de Mme Bartholoni en noble vénitienne du seizième siècle et de la marquise de (Jalliffet qui, abandonnant l'ang-e Gabriel pour l'ange saint Michel, avait élu la forme d'un

Liin[iLTalrice Eugéaie en costume de Marie-Aiiloinette.

séraphin exterminateur, cuirassé d'or, le glaive au point, ses beaux cheveux épars sur sa poitrine.

D'ailleurs, l'iniilation servile n'obtenait pas grand succès à ces i'èles costumées des Tuileries. On y préférait les idées de costume originales. On en vit d'infiniment ingénieuses. Il s'en produisit même une touchante. C'était vers i8()l^, à l'époque où la Pologne s'agitait pour son indépendance. Deux charmantes sœurs, la comtesse Priedjeska cl la comlessc ScheUoM'ska. parurent sous

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leur coslume national. De lourdes chaînes d'or les unissaient l'une à l'autre, faisant allusion au joug qui pesait sur leur pays. L'une est devenue la marquise de Noailles. L'autre, la comtesse Pried jeska, était la charmante « Inconnue » à qui Mérimée adressa ses dernières lettres, ("ette manifestation ne causa à Napoléon III ni ombrage ni inquiétude à l'égard de sa politique russe. Peut-être, d'ailleurs, n'assistait-il pas au bal officiellement. Car le masque était admis à ces fêtes costumées. Et les souverains eux-mêmes, à un moment donné, disparaissaient pour revêtir ({uejque sombre domino. L'Empereur se reconnaissait facilement sous le masque. L'Inqjéralrice se divertissait fort durant ces courts moments d'incognito si rares pour elle.

Le dernier bal costumé des Tuileries eut lieu pendant le carnaval de 1869. L'Impératrice avait fait copier le costume tpie |)orte la reine Marie-Anfoinette dans le beau portrait de Mme Vigée-Lebrun, où la Reine est représentée entourée de ses enfants. La grande robe à paniers en velours pourpre garnie de zibeline, la larg'' toque à plumes sur la coilï'ure poudix-e lui composaient la plus seyante des parures.

On remarqua même une simililude de taille et d'élégance entre la Reine et llmpéralrice? lorsque celle-ci s'amusa à reproduire la pose de son modèle dans le tableau. Quatre .sphinx, vêtus à l'égyptienne, avec les bandelettes et les longs voiles à rayures multicolores, picfuèrent la curiosité de tous par leur esprit et leur gaieté. C'étaient la comtesse Eleury, la maréchale Canrobert, la duchesse d'Isly, la baronne de Bourgoing. Toutes quatre, grantles et de taille pareille, mises d'une façon identique, intriguèrent tout le monde sans qu'on pût les reconnaître.

C'est à ce bai que Ion vit l'Obélisque de Louqsor se promener gravement à travers les salons; il cachait un officier des Cent-Gardes démesurément grandi sous les

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hiéroglyphes. Un iiiiiiitoa i^ii>aules([ue, enveloppé de devises, se balani^ait à deux mètres au-dessus de toutes les têtes. On sut que c'était le marquis de GallifTet. Les bals costumés jouissaient alors d'une telle vogue

La comtesse Walewska en Diime.

D'après une ;ii|iiarclle de Baron (Mnséc Carnavalet).

<|u'oii n'oublia pas den donner pour les ent'anls. Les lambris des Tuileries et du Louvre en virent plus d'un en l'honneur du Prince impérial. Retenons seule- UKMil celui (]ui lit éclater tant de fiais éclats de rire et de cris joyeux dans l'appartement du général Fleury situé dans la cour Coulaincourt (aujourd'hui cour Lefuel I. Le petit Prinrc n'avait que quatre ans. Sa mère

l'avait amené cosLumé en pierrot de salin blanc. Tout autour de lui, un petit monde tapageur dansait, sautait, galopait éperdumenl, applaudissait aux exploits de Guignol et dévalisait la table de la salle à manger. Combien de ceux et de celles qui en faisaient partie sont déjà disparus I Ce n'est pas sans mélancolie que l'on retrouve là des noms comme celui du futur grand historien, Albert \'andnl, fils du directeur des Postes et qui, pour cette raison sans doute, était venu costumé en facteur, tandis que sa jeune sœur symbolisait une mignonne leltre. Tous deux distribuaient un coquet calendrier baptisé calendrier du Prince impéi'ial.

A cette fête enfantine étaient accourus tous les petits compagnons du baml)in impérial : Louis Connenu, Jules Epinasse, Laurent et Jean delà Bédoyère, Jean de Persigny, Pierre de Bourgoing, Louis de la Poèze, les deux pelils Corvisarl, tous devenus de gentils pêcheurs napolitains, des gardes-françaises minuscules, des marquis en miniature, des réductions d'Ecossais, Maurice et Adrien Flcury en débardeurs rouge et noir, Eugénie Walewskn, née le jour où son père signait la paix avec la Russie, costumée en papillon, Fanny Sautereau en permission de dix heures, Xinette Vimercati en Espagnole, Elisabeth Barrachin en débardeur, combien d'autres invités iiux yeux |)élillants de joie, aux joues roses allumées par le plaisir ! Au moment où cette fête lilliputienne montrait le plus d'animation, un colossal œuf de Pâques, haut ci pansu, lit son entrée au milieu d'une surprise enthousiaste qui redoubla, lorsqu'il laissa échapper de ses flancs les centaines de joujoux qu'il contenait.

Durant la période qu'embrasse ce volume, la Cour impériale reçut de nombreux visiteurs, souverains,

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princes ou ambassadeurs étrangers. Nous ne retiendrons que deux de ces réceptions pour l'éclat de l'une et le pittoresque de l'autre : celle du roi d'Espagne François d'Assise à Paris en 18G4 et celle de l'ambassade siamoise au palais de Fontainebleau en i8()5.

Dès que l'on reçut lavis de la visite du souverain espagnol, on résolut de le traiter magnifiquement et de faire figurer au programme une fêle à Versailles dans

Bal (lenranls au Lou\ re clie/, le griu-ral Fleury {Monde illaslré).

Ia(|uelle pour ce descendant de Louis XIV on ressusciterait toutes les splendeurs du passé royal. Suivant l'usage, l'ambassadeur d'Espagne, M. Isturitz, très vert malgré ses quatre-vingts ans, vint conférer avec M. Drouyn de Lhuys, ministres des AfTaires étrangères, afin de régler heure par heure l'emploi du temps de son souverain durant son séjour en France. Le ministre lut un projet : Le jour de l'arrivée du Roi, dîner d'apparat à Sainl-Cloud. Le second jour visite des principaux monuments de la capitale, dîner aux Tuileries, représen-

talion de gala à l'Opéra. Le troisième jour, revue au Champ de Mars, lète de nuit dans le palais et le parc.de Versailles. Le quatrième jour...

— Ici, je vous arrête, mon cher ministre, interrompit l'ambassadeur épouvanté.

Puis il ajouta avec un intraduisible accent castillan :

— Le quatrième jour, mort de l'ambassadeur. Heureusement, l'exécution du programme n'entraîna

pas une aussi cruelle conséquence. Le 16 août, l'Empeleur, accompagné de sa Maison, se rendit à la halte du parc de Saint-Cloud pour recevoir le Roi à son arrivée. En bas du monumental escalier du château, l'Impératrice attendait, entourée de son service d'honneur et portant sur sa toilette décolletée un splendide manteau de cour en point d'Alençon. Le roi François d'Assise l'erut l'accueil le plus cordial du couple impérial et de la population parisienne. Les ré(;eptions île tous genres révélèrent la plus délicate courtoisie et le goût le plus parfait. Au gala de l'Opéra, les élégances de la Cour se donnèrent la plus brillanle carrière. A celle époque, un gala de ce genre présentait un magnifique coup d'œil. Dans la salle de la rue Le Peletier, la balustrade des loges, très dégagée en avant, faisait ressortir admirablement les toilettes des femmes. Des flots de lumière inondaient ces loges durant tout le spectacle, car il n'était pas encore question de plonger la salle dans l'obscurité pour les besoins de l'œuvre représentée. On inaugura, ce soir-là, un usage conservé depuis pour les représentations données en l'honneur des princes étrangers. Au lieu d'occuper comme pour les représentations ordinaires la grande avant-scène de gauche, les souverains, entourés de leur service d'honneur, assistèrent à la représentation dans une loge très vaste aménagée au centre et richement décorée. Après avoir contemplé des spectacles de toutes sortes et surtout un embrasement féerique des grandes eaux de \'ersailles, le roi

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François d'Assise alla reprendre au palais derEscurial, sa vie pieuse et quasi ascétique.

La Cour s'apprêlait à quitter le palais de Fontainebleau lorsqu'on y apprit la jH-ochaine arrivée de Tambassade envoyée par le roi de Siam. Aussitôt on lit préparer la salle du Trône et Ton s'apprêta à recevoir les envoyés asiatiques selon le rite bizarre exig-é par leurs traditions. L'Empereur et l'Impératrice entourésde leurs Maisons et des dames d'honneur, prirent place sur une estrade, ayant à leur côté le Prince impérial. Mais ici, il Aaut mieux laisser la parole à un témoin oculaire, au capitaine Lahalle, alors en garnison à Fontainebleau et ■ qui avait été convié, ainsi (]ue tous ses camarades, à assister à la réception.

(' On introduisit les Siamois, d'étranges personnages coitl'és de chapeaux pointus garnis d'or ciselé et vêtus de longues robes de soie ilottantes. Un missionnaire, le Père Larenaudie, les accompagnait. Singulière cérémonie, lente et plutôt pénible à voir. L'ambassadeur, son jeune fils et toute leur suite, bien alignés les uns derrière les autres, se traînaient prosternés sur le parquet, à la queue-leu-leu, en jouant, pour avancer, des coudes et des genoux, avec de fréquents temps d'arrêt. Pendant cette bizarre procession, un monsieur en civil (jui se trouvait à côté de moi dans l'embrasure d'une grande fenêtre, prenait sur un album des croquis de la scène. J'y jetai un coup d'œil et n'aperçus que des gribouillages informes. Je ne pus m'empêcherde lui dire :

— Oh ! monsieur, vous vous contentez de peu.

— Penh 1 fit-il, cela me suffira bien.

« Enfin, les ambassadeurs, parvenus aux pieds de l'Empereur et de l'Impératrice avaient fini par reuicl Ire leurs lettres de créance et par se mettre debout. \'isiblement sovdagés, les souverains causaient familièrement avec eux, quand j'entendis l'Impératrice dire à hnulc voix :

— Du reste, j'ai demanclé qu'on représenle celle scène dans un grand lableau destiné aux galeries historiques de Versailles et j'ai fait la commande de ce lableau à M. Gérome.

« Gérome ! Mon dessinateur de tout à l'heure, à coup

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Albert Vandal en facteur et sa sœur en lellre.

sûr ! Quel impair I J'eus heureusement la chance de rattraper le peintre dans la foule et de lui adresser mes plus plates excuses. Il me reçut en souriant de la façon la plus aimable et m'invita même à aller voir son atelier. »

On trouvera reproduite ici la toile que le peintre exécuta d'après ses mystérieux croquis. C'est peut-

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être la meilleure de toutes ses œuvres, car ou y relève la plus siucère conscience d'historien et de rares qualités d'esprit et d'analyse dans la mise en scène deTensemble et la physionomie des personnages.

Pierre de Bour"oin» en hussard Chamburaii.

La famille impériale ne se Ix.niwil pas à recevoir des visites. Elle en faisait, de son C(Mé, aux provinces et aux villes. En mai iSGo, Napoléon III s'embarqua à Marseille pour l'Algérie et il fui reçu (piol([ues jours après, à Alger, par le maréchal de Mac-Mahon. gou-

verneiir i^énéral. La capitale de noire grande colonie lui fil le plus chaleureux accueil. Parloul, il rencontra des arcs de triomphe. L'un d'eux portait cette curieuse inscription: Dieu prolèye l'Empereur ! ]'ive le Prince impérial, roi cVAlcjer ! De nombreuses excursions promenèrent le souverain dans la plaine de la Métidja, à Koléa, à Miliana, aux gorges de la Ghilïa, à la trappe de Staouéli où il rencontra, non sans étonnernent, sous le froc une douzaine de vieux soldats de son oncle, dont un ancien guide de la Vieille garde. Puis il se rendit à Oran dofit il visita en partie la province. En arrivant en calèche à Helizane, il se trouva entouré par une foule de dix nnlle personnes appartenant aux tribus des Flittas auxquelles on avait indigé une lourde contribution de guerre pour avoir pris part au mouvement insurrectionnel de i8(V,. Toute cette population, hommes, femmes, enfants, la tète nue en signe de soumission, tendait les bras vers l'impérial visiteur, en poussant un même cri : « (Hràce ! » Celte grâce, elle la demandait surtout pour les membres de sa turbulente confédération qui avaient été internés en Corse. En môme temps, dans leur langue imagée d'Orientaux, tous ces Arabes proteslaient de leur dévouement futur et s"offi-aient comme otages de la parole donnée. Emu par une telle scène de désolation, FEmpereur fit appeler leur kalifa et tint un instant conseil, au milieu du tumuUe. avec lui, le maréchal de Mac-lNIahon, les généraux Fleury et Deligny. Bientôt, des paroles d'oubli et de pardon tombèrent de ses lèvres. Les prisonniers allaient être libérés, la contribution de guerre sup[)rimée. Une débauche de joie, un délire d'enthousiasme précipita cette foule sur la voiture du souverain avec des vociférations aiguës et de véhémentes prosternations. Les Flittas le baptisèrent du nom d'El-Kerim, le généreux.

Napoléon III termina son voyage par une excursion

RIÎCEPTIGNS ET VISITES IMPERIALES

HSi

en Kabylie à peine soumise et revint par Conslanline. Là, les indigènes lui manil'eslèrenL une sympathie sincère. « Son éperon est verl », disaient-ils. Ce qui signifiait, d'après une antique tradition, qu'il portait le bonheur avec soi et jouissait «le la faculté de le ré-

Mniirirp ii Ailiit'u i-'Iciiry rii manniis Louis XV

pandre sur tous. Quelques jours après, dans la plaiue de Melila, il trouva plus de six mille lentes dressées et trois ou quatre mille cavaliers veuus eu habits de lète pour le saluer. Les goums s'élancèrent à sa rencontre, lui firent escorte et commencèrent en son honneur une éclatante et tourbillonnante fantasia toute pétaradante de coups de fusils, toute stridente de cris de femmes. La l'éception se termina parle simulacre d'une ra/.zia

opérée sur une nombreuse caravane ayant au complet ses chameaux, ses palanquins, ses troupeaux. Puis ce fut la présentation de la dilfa au souverain : plus de cent Arabes portant des plats de bois pleins de couscous et des moutons rôtis embrochés à de longues perches vinrent se placer devant lui et lui olïrirenl une hospitalilé qu'il accepta. Après un rapide trajet le longde la côte par Bougie, Philippeville et Bùne, il rentra en France, escorté par une escadre française et une escadre italienne.

Un autre déplacement, moins lointain et moins long, avait été prévu pour TEmpereur, Tannée suivante. A l'occasion du centenaire de la réunion de la Lorraine à la France, en 1766, il devait se rendre à Nancy. Mais les graves événements qui se déroulaient alors dans le centre de l'Europe l'en empêchèrent et l'Impératrice et le Prince impérial durent partir seuls pour la ville du roi Stanislas. La déception y l'ut grande de ne pas recevoir le souverain en personne. « Il a fallu, écrit la comtesse Stéphanie de Tascher. toute la grâce de l'Impératrice pour avoir triomphé de cette impression. » Elle en triompha de la fa(;on la plus complète et recueillit, ainsi que son fils, les plus chaleureuses démonstrations d'enthousiasme. Au sein de cet admirable ensemble monumental qu'est la place Stanislas, ils assistèrent sur une estrade, entourés de tous les dignitaires de la Cour, à un défilé des corporations et populations lorraines, avec bannières et drapeaux, qui se prolongea près de deux heures. Ils admirèrent la belle allure des francs-tireurs des Vosges sous le feutre à plumes de coq et la veste de velours et leur curiosité fut piquée par le char du Sel, entouré de mineurs des salines de Saint-Nicolas. Plusieurs vieux soldats de la Grande Armée vivaient encore à Nancy et faisaient tous leurs efforts pour approcher du plus près possible la souveraine. Elle provoqua la plus douce émotion

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chez quelques-uns de ces grognards, en leur parlant avec une simplicité affectueuse. A ce défilé des délégations Meissonnier a consacré une belle toile vivante et lumineuse.

Peu de temps auparavant, l'Impératrice s'était rendue à Amiens. Une terrible épidémie de choléra venait (le s'y déclarer et la stupeur et la consternation s'étaient abattues sur la ville. Déjà, l'année précédente, quand le fléau avait exercé ses ravages sur Paris, la souveraine s'était courageusement rendue au chevet des malades et des mourants, dans les hôpitaux Beaujon, Lariboisière et Saint-Antoine. Elle décida d'aller à Amiens et on ne put la détourner de son périlleux projet. « C'est mon devoir », répétait-elle, et elle partit, accompagnée d'une suite peu nombreuse. A peine arrivée, elle se rendit à l' Hôtel-Dieu en compagnie de la femme du préfet, ^Ime Cornuau, qui donnait chaque jour les plus beaux exemples de vaillance et de dévouement. Elle parcourut les salles des cholériques, s'arrélant au lit des mourants, se penchant vers eux pour mieux recueillir les dernières paroles de leur voixaifaiblie, sachant trouver les mots qui portent l'espoir et qui consolent. Lorsqu'elle revint à Paris, une foule immense l'attendait devant la gare du Nord et l'accueillit par des acclamations sans tin. Le cœur de la grande ville s'était ému. Peu de temps après, comme le maréchal Vaillant exprimait à rim})ératrice son achniralion pour ce courageux voyage, elle lui répondit :

— Monsieur le maréchal, c'est notre manière d'aller au feu.

Les détracteurs de la dernière souveraine des Français ont répandu ;i |»iofusion ses prétendus mots. Pour quoi ont-ils oublié celui-h'i ?

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