‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 12 sur 133 · Noir notre toitte II · texte numérisé non relu

Noir notre toitte II

28 LA SOClliTE DU SECOND KMl'IliL;

danles d'animalion et de gaieté. Ces compagnons de jeux étaient son inséparable Louis Conneau, Jules Espinasse -, fils du général mort héroïquement à Magenla : les deuK fils aînés du général Fleury; Pierre de Bourgoing, fils de l'écuyer de l'Empereur, plus lard député de la Nièvre; le prince Joachim Murât; Jean de la Bédoyère ; les deux fils du baron Corvisarl ; Jean de Persigny; le fils aîné de la comtesse de la Poëze, dame du palais de Tlmpératrice. A ceux-ci se joignaient parfois les fils de la marquise de Boccagiovine et de la comtesse Primofi, née princesse Bonaparte, le jeune tiuc de llucscar, fils de la duchesse (l'Albe, le fils aîné de la comtesse de la iîédoyèrë, Tristan liauilM'rt, fils du baron Lambert, capitaine des ojiasae^- le lils du colonel \ erly, commandant les Cenl-gavdee, t<p|ui du baron Mariani; phis tard, .Maxime Frûssai'd, liN du gouverneur (hi Prince et Adrien Bizol \ fils d'uUPtlP ses gouvernantes, ('elui-ri. plus âgé de plusieurs années que renlnu! inqu'-rial et déjà sur le point d'entrer à Sainl-C.yr, devait acquérir tout paiticulièrement son amitié après la tourmente de 1870.

Que de cris joyeux, dappels exultants a entendus, aux Tuileries, cette terrasse du bord di', l'eau, théâtre ordinaire de ces martiales récréations! Des fortifications minuscules mais exactement reproduites fournissaient à la petite bpnde un teri-ain de jeu idéal. Assiégeants et assiégés se disputaient monticules et contrescarpes à coups de balles remplies de son, pas bien méchantes, mais qui, néanmoins, cinglaient et marbraient suffisamment de bleus et de noirs ces peaux juvéniles. La bataille finie, vainqueurs et vaincus rentraient en bon accord aux Tuileries où les attendait le goûter. Pour calmer lexubérance des combattants et interromjMe la série des jeux bruyants, cache-cache.

1. Aujour.lhui [j^énéral de division ainsi i[ue. Jules Espinasse.

LE PRINCE IMPEhrVL 2!»

barres, ballon, farandoles dans les couloirs, qui reprc;ilait après le 4>oûler, M. Monnier avait inventé une heure de repos fort utile. Il faisait aux petits tapageurs lecture d' une page d'histoire ayant trait, la plupart du temps, au Consulat ou à lEmpire. Sur ce canevas les écoliers devaient ensuite rédiger à leur guise et cela devenait line composition dont on leur donnait les places le dimanche suivant. La première revenait à peu près régulièrement à Jules Espinasse, plus avancé dans ses études et d'un esprit très réfléchi.

Durant les mois d'été, ces gaies journées du dimanche et du jeudi se retrouvaient à Saint-Cloud oi^i la Cour résidait. La troupe joyeuse prenait ses ébats dans le parc réservé ou sur la butte appelée Trocadéro sous Charles X, en souvenir de la guerre d'Espagne. Parfois aussi, les parties de barres ou les petites guerres se livraient près du kiosque chiujois ou du bassin des Goulottes. En ce dernier endroit, s'élevaient un portique de gymnastique muni de tous ses agi'és, et un tir aux pigeons artiticiels. Et il y avait encore, tout auprès, le chemin de fer en miniature, un vrai bijou. La voie affectait la forme d'un huit ayant environ six mètres de diamètre et comportait tout ce qui constitue une ligne bien établie: gare à voyageurs et à marchandises, aiguillage, signaux, viaduc, etc. Le train construit sur le modèle du train impérial se composait d'une locomotive mue par un fort ressort, d'un salon, d'une salle à manger et d'une chambre à coucher capitonnée de blanc. Ce train, véritable objet d'art, avait ceci de remarquable que les essieux étaient engagés près des roues dans des parallélogrammes en bronze à glissière, afin de pouvoir décrire des courbes très courtes, ce qui évitait des roues supplémentaires, comme jadis au chemin de fer de Sceaux. Inutile d'ajouter que le grand ressort étail souvent forcé, le Prince et ses camarades trouvant plus commode de remouler la machine en s'asseyant

dessus et en la faisai>t ainsi marcher à reculons '.

Dans tous ces jeux, le petit Prince montrait cet esprit d'espiè£:>'lerie qui lui fit, un jour, vider toute une boîîe de dragées dans les bottes d'im cent-gardes que sa consigne rendait esclave de son immobilité, et, une autre fois, apporter aux autruches du Jardin des Plantes deux ou trois livres de macaroni cuit à point et filant dont il avait délibérément bourré toutes ses poches. II y faisait preuve de beaucoup de vivacité, d'agilité, d'adresse mais aussi d'une incroyable témérité, c 11 n'aimait pas le danger, dira plus lard M. Augustin Filon, il l'adorait -. » Que d'exemples à l'appui de ce jugement ! Un jour, au retour d'une promenade, tandis que M. Monnier causait avec un officier d'ordonnance dans la cour des Tuileries, son élève ne s'avisa-l-il pas d'escalader le balcon de la salle des Maréchaux, ens'aidant despierres cnsailliepour grimper au mur? Eiïrayc' du danger, le précepteur lui parla doucement et put le faire descendre en lui disant que le poste le regardait et que ce qu'il faisait n'était pas convenable. M. Filon fut lémoin dune imprudence du même genre. Comme il entrait dans le caltinet de travail du Piince, à Saint-Cloud, il l'aperçut (|ui se promenait au-dessus du vide, en dehors de la balustrade du balcon et qui passait d'une fenêtre à l'autre surTarêle de la corniche. Le maître se rejeta en ariière pour que son disciple ne le vît pas, car si celui-ci n'avait pas peur de se tuer, il n'aimait pas à être grondé, et cette émotion-là aurait pu lui faire perdre l'équilibre. M. Filon attendit pour se montrer que le Prince fût rentré dans sa chambre. On devine si son cœur battit pendant cette minute.

Autre aventure qui témoigne de ce goût efï'réné du péril. Un jour qu'accopmagnant le Prince, Pierre de

1. Commandant Schneider, Le Second empire à Saint-Cloud. — Comte Fleury, Le Palais de Sainl-Cloiid.

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