Jour nul dcn DéhdlHf 0 janvier
dans le rôle de Boulotte. Meilhac et Halévy amusèrent le public avec la cour du roi Bobèche bouleversée par des querelles de ménage et avec des allusions peu sanglantes à la servilité que trouvent autour d'eux les souverains ;
Un bon courtisan s'incline...
Qu'il s'incline
Ouil s'incline, Et qu'il courbe son échine Si bas qu'il la peut courber.
La musique ne présentait pas la même ampleur, le môme éclat que dans la Belle Hélène, mais elle ne contenait pas moins de verve, d'esprit, de communicative gaieté. Dans la }'ie Parisienne qui fut représentée, la même année, au Palais-BoyaL Otïenbach devait dépenser encore plus de brio endiablé et de mouvement perpétuellement déchaîné. La tâche n'était cependant pas aisée, car le théâtre où on allait le jouer ne comptait guère de chanteurs. Brasseur ne disposait que d'un orgaire voilé; Hyacinthe était à peu près complètement aphone; Ciil Pérès et Lassouche ne pouvaient compter que sur \in registre assez indécis. Mais, pour les rôles masculins de ses opérettes, Otïenbach préférait avec raison les comiques aux chanteurs. Il écrivit sa partition avec la plus grande aisance et, tout en la semant de pei"les mélodiques, il sut se mettre à la portée de ses nouveaux interprètes. Pourtant, durant les répétitions, on tremblait au Palais-Boyal. La fantaisie débordante de Meilhac et Halévy, le décousu de leur livret efïraya à tel point le directeur Pluiikett, qu'il leur olVrit le dédit de vingt mille francs convenu, en les priant de reprendre leur pièce. Il se laissa cependant convaincre par l'éloquence d'Ofîenbach. Le compositeur avait confiance et il écrivait dans une de ces lellres à Hortense Schneider qu'il signait en plaisantant : Ton père res-
pectueux : a J'espère que tu useras plus d'une paire de gants en applaudissant les choses adorables que j'ai faites dans In Vie Parisienne. » Parmi les artistes, les uns prédisaient le succès, les autres s'attendaient à un désastre. C'était particulièrement le cas d'Elvire Paurelle qui ne devait paraître qu'au troisième acte dans le rôle de Pauline, mais qui s'était si fort pei'suadé Tinsuccès de l'œuvre et son impossibilité de durer jusqu'à son entrée en scène, qu'elle avait jugé absolument inutile de se faire faire le costume exigé par îe rôle. *
Pour celle action contemporaine et demi-mondaine, Otïenbach avait tenu à engager une jeune artiste à la voix nuancée et chaude, à l'entrain pétillant, ZulmaBouffar. Elle était douée, entre autres mérites, d'un minois singulièrement éveillé qu'éclairaient de beauxyeux et où se retroussait unnezadmirablementfaitpour l'opérette ^ 11 se trouva, cependant, que Meilhae et Halévy ne voulurent pas entendre parler d'elle. Comment se mettre d'accord avec OiTenbach qui voulait lui confier le rôle principal? On y arriva en décidant que Zulma Boulïar aurait très peu de texte à dire, et le compositeur écrivit pour elle de nombreux couplets. Voilà pourquoi le rôle de la gantière ne peut être tenu que par une excellente chanteuse. Celle de la création s'en tira à merveille, sans toutefois qu'Horlense Schneider eût à redouter qu'elle lui fît échec. Aux étincelants et galopants accords de la Vie Parisienne se mêlèrent des salves de bravos fêlant aussi Hyacinthe en désopilant baron de Gondremarck; Brasseur méconnaissable sous le maquillage olivâtre du Brésilien ; Frick en bottier ; Gil Pérez en Bobinet ; Lassouche en Urbain, et, sous l'élégante crinoline delà baronne, une comédienne destinée à la grande renommée, Céline Montaland.
1. Détail cuiitMix, c'est Zulma JJoulTai' qui Jaillit ciiauti'r Carmen. Pour elle Bizet, Meilhae et llalévy l'avaient écrite. Ce fui Mcilliac fjui changea d'avis au dernier moment,
L'année 18(17 allait s'ouvrir. On disait merveille de l'exposition qui devait être inaugurée au printemps et Paris attendait déjà ses hôtes des deux mondes. Quelle occasion de l'aire appel à ce genre de l'opérette qui avait provoqué à l'étranger un tel retentissement ! Otïenbach devint l'un des héros de celle grande année. Ce fut, d'abord, une reprise d'Orphée aux Enfers aux Bouffes qui se fil surtout remarquer par un début sensationnel. La fameuse Cora Pearl s'était sentie gagnée par la fièvre dramatique, cl elle avait décidé d(; prendre pari à celte reprise, en })laçanl sur ses cheveux au Idond ardent la couronne de roses de l'Amour. Dans le théàlre tlu passage Choisevd, il n'était bniil «pie des splendeurs de son hôtel, de sa salle de bain lapissée en onyx, de ses huil voitures, des dix chevaux de ses écuries. Pour celle divinité, on n'avait pas trouvé de loge assez luxueuse et on en avail installé une de toutes pièces dans les appartements de l'administration. Oue de cui'iosilés dans la salle au soir de la première 1 Oue d'épigramines et de réflexions malicieuses! Enfin, voilà Cora Pearl... A son entrée en scène, demi-nue cl constellée de diamants, elle recvu'ille, d'abord, un certain succès plastique. Mais, lorsqu'avec son accent anglais, elle commence à chanter, en accompagnant de gestes inénarrables son originale diction :
Je souis Kioupidonn, mou amore A fait lY'coIe bouissonniè-è-re,
les éclats de rire et les coups de sifflets retentissent aux quatre coins de la salle. En vain, aux fauteuils d'orchestre, les cocodès de sa connaissance essavenl de la soutenir de la voix et du geste : « Courage ! (la va ]»ien! N'aie pas peur! » En vain s'exclament-ils au
L OPERA-BOUFFR lUâ
milieu du lumulte: (( Elle a un chien ! Elle est d'uu cnine ! » Le tapage redouble et Cupidon, furieusement dépité, est obligé de se retirer, après avoir toutefois décoché cavalièrement un inagnilique pied de nez à celle salle qui lui résiste. Dès lors, c'en i'ul Uni des planches pour l'imprudente demi-mondaine '.
Le 12 avril 18G7, première de la (irande Duchesse de (ierolslein, marque une date culminante dans l'histoire de l'opéra-bouffe. Ce soir-là, llorlense Schneider put se prendre pour une véritable souveraine régnant sur l'élite de la société française et étrangère. Pourtant, que de contrariétés, de tracasseries avant cet éclatant triomphe ! L'exquise diva devait porter dans -la pièce un superlje costume rappelant la coupe militaire et traversé par un grand cordon dont l'aspect l'enchantait. Afin d'en trouver un à son goût, elle ne s'était pas épargné les longues stations devant les étalages de croix et rubans du Palais- Koyal. Ou commence à répéter en costumes. Toute joyeuse, Horlense Schneider a ceint son corsage bleu du grand cordon de ses rêves. L'armée de Gerolslein, rangée sur la scène, attend son entrée. Dans la salle, les habitués ont pi'is leur place. Tout à coup, arrive un étrange avis de la censure : pour des raisons de convenance, elle iiïlerdit le grand cordon ! Quel intrépide oseia porter pareille nouvelle à la grande-duchesse qui vient de paraître, Cravache en main, la poitrine constellée d'ordres? Un des auteurs se dévoue... Quelle scène de larmes ! Quels trépignements rageurs ! Puisqu'il en est ainsi, l'étoile ne jouera pas ! Et elle brise sa cravache comme on brise une épée. ^'a-t-elle donc pour si peu renoncera un rôle par(;il et aux bravos frénétiques qui l'attendent? Non certes. Ses larmes se sèchent, son sourire reparaît, et elle se coutentcia d'une inolTensive vengeance, en se faisant peindre par Péri-