La Me parisienne, 10 f(''\ rior lS<i
401) LA SOCIETE nr SECOND EMPIRE
gnon avec le cordon prohibé. Mais la censure n'en a pas fini avec ses taquineries. Elle intervient de nouveau le jour de la répétition générale, en interdisant à Fritz- Dupuis de chanter le début d'un de ses morceaux :
Madame, en dix-huit jours J'ai terminé la guerre...
Ou'est-ce que ces deux vers contiennent donc de subversif ? Les auteurs n'y comprennent rien. On leur a dit simplement : « Pas de politique ! nous ne pouvons la tolérer ! » Enfin, on les éclaire. La censure a vu là une allusion flagrante à la récente campagne de la Prusse contre l'Autriche qui s'est terminée au bout de dix-huit jours à Sadowa. Est-il opportun, est-il prudent d'évoquer de pareils souvenirs en pleine paix, à la veille d'une exposition à laquelle sont conviés touslespeuplcs? Meilhac et Halévy haussent les épaules d'un air de pitié. Enfin ! 11 n'y a qu'ù obéir et en place de ces tant redoutables dix-huit jours, ils font dire à leur foudre de guerre : « Madame, en ((uatre jours... »
Le soir de la première dépassa véritablement en succès, en splendeur, en choix de l'assistance, tout ce que les Variétés avaient vu jusqu'alors. On se pâma de rire devant la caricature de cette petite cour abemande ([ui faisait dire à Bismarck, applaudissant à tout rompre quelques mois après : « C'est bien cela, c'est tout à fait cela ! » Le rondo des Militaires, les couplets du Sabre, la déclaration, la Légende du verre firent crépiter à l'envi les applaudissements. On s'esclaffa devant les idées polilicpies du baron Piick et du baron Grog et devant la lactique si admirablement synthétique du général Boum : « Couper et envelopper, comme la galette. » Le lendemain, cette éblouissante musique promenait sur toutes les lèvres sa folle gaieté et ce n'était pas Hortense Schneider qu'on se montrait au Bois, mais la grande-duchesse. Tant que dura l'Exposition, un en-
gouement prodigieux, oxLravagant, poussa vers le péristyle des Variétés les diplomates, les généraux, les princes, les souverains de toutes les nations. En très peu de temps, l'Empereur et l'Impératrice ne purent se tenir d"y revenir plusieurs fois^
Les bouquets, les présents de toutes sortes assiègent la diva dont le fin minois sourit à toutes les devantures du boulevard. Elle reçoit Thommage de toutes les têtes couronnées dans sa coquette loge aux murs tendus de rose et aux fauteuils bas et capitonnés sur lesquels dorment ses trois chiens favoris, Wicky, Piick et Lisy. Un soir, elle a confié à un de ces augustes visiteurs qu'elle aimait les présents solides : elle reçoit le lendemain une caisse d'épicerie. Dans ce coin d'intimité parisienne et de grâce spirituelle, les Majestés savent adopter le genre bon enfant. Hortense n'est-elle pas, elle aussi, une Majesté devant qui chacun s'incline à Paris ? N'a-t-onpas vu la porte de l'Exposition s'ouvrir devant elle, un jour qu'elle s'y était présentée sans carte, sur ce seul mot magique jeté avechauleur: « Annoncez la grande-duchesse de (Jerolstein... » Pendant ce temps, Cogniard, aux Variétés, encaisse des recettes jusqu'alors inconnus dans son théâtre. Le 7 aoùl, jour de la centième, on en proclame solennellement le total : 474-56o francs !
Mais les Variétés, les BoufTes, le Palais-Fxoyal ne suffisaient pas ent'ore au goût passionné des flon lions. Depuis i865, les Folies-Dramatiques retentissaient joyeusement de leurs échos. Hervé s'y était installé en maître et sa verve déréglée, son abritcadabranle fantaisie s'étaient largement épandues dans iOEil crevé, Chilpéric et le Petit Faust. La première de ces œuvres d'ample et extravagante bouH'onnerie était parvenue au chilTre respectable de trois cents représentations. Hervé s'était