‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 14 sur 133 · ioinlc FLELin', Le Palais de Sainl-'^'.lnii'l · texte numérisé non relu

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L'année suivante, le |S mai 1868, la chapelle des Tuileries fut le théâtre d'une touchante solennité : le petit Prince fit sa première communion. Il y avait été préparé par l'abbé DegiuM-ry, curé de la Madeleine, l'un des grands orateurs de la France catholique au dix-neuyième siècle, qui devait mourir martyr delà Commune. Ancien aumônier de la Dauphine sous la Restauration, ce prêtre mondain, dont on avait vanté jadis la beauté « d'archange » et dont les prédications faisaient courir le Ijeau monde, se montra pour l'enfant confié à ses soins un directeur plein de simplicité et de sincérité, sachant éviter surtout le dangereux écueil de la flatterie si fréquente chez les guides spirituels des princes. Il appelait le prochain premier communiant « mon cher petit seigneur», tempérant ainsi ce qu'il y avait de trop officiel dans le titi'e exigé par l'étiquette. Le jour venu, les princes et princesses de la famille impériale, les membres des maisons de l'Empereur et de l'Impératrice et quelques privilégiés remplirent la chapelle des Tuileries ornée de tentures de velours cramoisi à crépines d'or et tout embaumée de lilas et de roses. Le général Frossard et le prince Joachim Murât tinrent devant l'enfant de France la nappe de communion. Autre victime promise aux massacres de mai 71, l'archevêque de Paris, Mgr Darboy. prononça un discours où l'on lemarqua ces paroles adressés au Prince :

« Votre jeunesse me touche et votre avenir m'émeut. Par-dessus la félicité paisible de vos premières années, votre destin m'apparait avec quelques-uns de ses orages et de ses combats... »

Hélas! les orages n'étaient pas loin. En mai 1870, aux membres du coniilé du plébiscite qui \enaient lui apporter les résultats du vote. Napoléon 111 pouvait encore dire, en soulevant son fils dans ses bras: « Saluons ensemble notre petit empereur. » Quelques jours encore et lea coups de la destinée allaient s'acharner sur lo

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pauvre pelil empereur. Après les heures fortunées cl brillantes des Tuileries et de Saint-Cloud, du fond de l'horizon noir de tempcMes accouraient déjà la défaite, la déchéance, l'exil. Puis ce seront les rêves de gloire, l'élan vers la mystérieuse brousse africaine et la mort inirépide sur ce champ d'honneur du pays noir oîi l'ancien petit Prince aux boucles blondes a devancé tant d'autres Français tombés comme lui sur la brûlante terre rouge des tropiques. Sa fière devise ne meniail pas. Pasfidran/ lemelior! Il est bien tombé le premier.

Napoléon III et l'idée latine. — Situation politique du Mexique.

— La triple intervention. — La Vera-Gruz. — L'armée mexicaine. — Legénéraide Lurencez devant Puebla. — .\ttaque du Cerro Borrego. — Situation critique de l'armée à Orizaba. — Politique de l'oppo^^ition en France. — La première revue du général Forey. — Deuxième siège de PueJjla. — Assaut du iort San-Xavier. — Défense <lu lieutenant ("i.'diand. — Le capitaine de Gallifîet. — L'hacienda de Camarone. — La vie à Mexico. — Colonne du général de Castagny. — Une surprise.

— Massacre de Los Veranos. — Une guerre romanesque. — Les fantassins-cavaliers. — La contre-guerilla et le colonel Dupin. — Vie mondaine. — La « roulotte » des dames françaises ». — Madame l'Ordonnance. — Le mariage de Bazaine.

— Le départ.

Apirs laiil d'années écouléo.s, pouvons-nous espérer aujourd'hui un jui^ement àpeu prèsimparlial sur la campag"ne du Mexicpie, « l'avenlure mexicaine », comme disait jadis l'opposition? Que de fois n'a-t-on pas l'ailIé la parole fameuse de M. Boulier : « Le Mexique sera peut-èlre considéré plus tard comme la plus grande pensée du règne ! » 11 n'entre pas dans le plan de cet, ouvrage de discuter inie question aussi délicate et d'analyser minutieusemeul le dessein de Napoléon III. JN'o-

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tons seulement que quinze ans après la mort de l'infortuné empereur Maximilien, Maxime du Camp écrivait dans la Bévue des Deux Mondes : « J'ai souvent entendu dire que la politique du Second empire avait été une politique d'aventures, incohérente, sans but déterminé. Il me paraît que l'on s'abuse; les (b'Mnonsli-alions en ont été trop éclatantes pour ne pas frajiper les yeux, et celte politique ne me semble jamais avoir poni'suivi qu'un seul r.ésultat : la grandeur et la sécurité de la lace latine. » Puis, après avoir montré la paît dominante de cette idée dans les campagnes de Crimée, d'Italie, de Cochinchine et dans le percement de l'isthme de Suez, l'auteur déclare : « Au Mexique, Napoléon III cherclie à rétaljlir l'empire latin que l'Ksiiagne a perdu et (pii pourra servir de contrepoids à l'agglomération anglosaxonne de l'Amérique du Nord. »

A l'appui de cette thèse, il est intéressant de citer ce passage d'une lettre de l'Empereur au généi-al Forey datée du .'') juillet uS()2 : « Il ne manijuei'a pas de gens ({ui vous demanderont pour(|uoi nous allons dépenser des hommes et de l'argent pour fonder un gou\ ernement régulier au Mexique. Dans l'état actuel de la civilisation du monde, la prospérité de l'Amérique n'est pas inditl'érenle à l'Kurope, car c'est elle qui alimente nos fabriques et fait vivre notre commerce. Nous avons intérêt à ce que la républicpic des États-Unis soit puissante et prospère, nous n'en avons aucun à ce qu'elle s'empare de tout le golfe du Mexique et soit la seule dispensatrice des produits du Nouveau monde. Si le Mexique conserve son indépendance et maintient l'intégrité de son territoire, si un gouvernement stable s'y constitue avec l'assistance de la France, nous aurons rendu à la race latine, de l'autre côté de l'Océan, sa force et son prestige, nous aurons garanti leur sécurité à nos colonies des Antilles et à celles de l'Espagne; nous âuron« rétabli notre influence bienfaisantp au centré de

l'Amérique, et cette influonce en créant des débouchés immenses à notre commerce, nous procurera les matières indispensables ù notre industrie '. »

La guerre du Mexique fut impopulaire. Elle le fut surtout parce que l'Empereur n'avait pas associé le pays aux motifs élevés qui l'avaient l'ait entreprendre. Les raisons de ce silence, on les comprend seulement maintenant. Xapoléon lll ne pouvait proclamer sans compromettre ses relations avec la r('publiqiie des Étals- Unis, que la France allait au Mexique pour faire prévaloir son influence au centre de l'Amérique et par là contrebalancer la puissance toujours grandissante des Etats fédérés. Cette réserve imposée à notre politique a été la cause principale du malentendu qui pendant ces cin(j ans a existé entre la France et son souverain.

Mais on s'explique mal que l'intervention française au Mexique ait pu être condamnée par principe et qu'elle soit restée pour beaucoup un attentat à l'indépendance sacrée des nations. Le gouvernement de la République n'a-t-il pas imité l'a politique de Napoléon III en intervenant en Tunisie, au Tonkin, à Madagascar, au Maroc ? I^es nations étrangères n'ont guère montré plus de retenue sur ce point, l'Amérique en intervenant à Cuba, l'Angleterre en Egypte, au Transvaal, la Russie, puis le Japon en Mandchourie, l'Italie en Tripoli laine, l'Europe entière en Chine et même dans les Balkans. Une puissance n'a-l-elle pas le droit de défendre ses intérêts à l'étranger et d'y protéger ses nationaux? N'esl-il pas quelquefois indispensable à sa sécurité, à sa prospérité écbnomicpie et à

1. Déjà, CM isif), (1,111?: une Idocliiiro sur le «•,iii,il d»' Nicar.-igua, ie prince I^ouis-Na|>oléon souhaitait l'apiiarition •< d'un Elal llorissanl et fonsidérahle ((iii lélaljjirait l'équililjre du pouvoir, en créant dans l'Amérique espaj^nole un nouveau centre d'activité iniluslrielh; assez puissant pour l'aiie naître un t,M'and sentiment de nationalité et pour enipèclier, en soutenant le Mexi([ue, de nouveaux empiétements du coté du Nord ».

celle des puissances avec qui elle se solidarise de mettre fin à l'anarchie qui mine un autre Etat ? On ne saurait donc méconnaître le droit d'intervention, et on doit d'autant moins faire <^rief à la France impériale d'en avoir usé qu'elle ne poursuivait pour elle-même aucune idée de conquête. 11 l'au' ajouter que cette intervention ne faisait qu'en devancer une autre, imminente, inévitable, celle des Ktals-l iiis. Imi ell'et, à la môme époque le président de l'Lnion, liiichanan, demandait au Congrès, dans un de ses niessag(\s. « d'adopter une loi autorisant le président à employer des forces militaires en (Hat d'entrer dans le Mexique, alin d'obtenir une indemnité pour le passé et une garantie pour l'avenir » '.

Rappelons en (pudcpies mots la cause déterminante de la guerre. Le gouvernement mexicain présidé par .luarez avait souscrit vis-à-vis de la France, de l'Espagne et de l'Anglelerre un règlenjent d'indemnité. Dans un moment d'embarras linanciei-, il avait jugé bon de suspendre lepaiement. Après d'assez longues nég-ociations dont le général espag-nol Prim semble avoir été l'âme, les Irois jouissances ct)nviiirent d<* réunir leurs forces et d'occuper les piincipaux ports du Mexique, sur le Pacifique et l'Atlantiiiue : c'.était, en s'attribuant les droits de douane maritime, recouvi'er |)eu à peu leurs créances.

Le pays où nos soldats allaient combattre vivait à l'état de révolution permanente. Les pronunciamentos s'y succédaient, tour à tour, au profit de l'un des deux partis (jui se disputaient le pouvoir, les libéraux et les cléricaux, ceux-ci moins nombreux, mais plus riches que ceux-là. Rêvant de prendre modèle sur les nations européennes,

1. Pacl Gaclot, L'Expédilion du Mexique. — Dans ce même message tîuchanan parle du ilésir qu'ont les Etats-Unis de posséder Cuba, désir qui devait se réaliser, comme on sait, quai-anteans plus tard.

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un certain nombre de chefs tlu j)arLi clérical considéraient la forme républicaine comme funeste à leur patrie et souhaitaient d'y voir instaurer le régime monarchique. La nouvelle d'une expédition concertée entre la France, l'Angleterre et l'Espagne éveillait chez les émigrés mexicains voués à cet idéal [)olitique des espérances de retour. Dix ans auparavant, le général Santa-Anna, un des prédécesseurs de Juarez, avait ouvert des négociations avec les cabinets de Paris, de Saint- James et de Vienne en vue de l'établissement d'un trône héréditaire au xMexique confié à un membre d'une des familles régnantes en Europe. Depuis lors, ridée avait été reprise par le général Almonle et surtout par un ancien ministre des Affaires étrangères, M. Gutierrez de Estrada. Celui-ci s'était ouvert de ses idées à Napoléon III qui les avait accueillies avec faveur et avait recommandé à son attention la candidature de l'archiduc Maximilien d'Autriche, frère de l'empereur François-Joseph. Ce prince, après quelques hésitations, devait accepter la couronne.

En conséquence, le pays se trouva divisé en juarisles ou libéraux et impérialistes ou cléricaux et la guerre civile se poursuivit à côté de la guerre étrangère. Si nous eûmes des Mexicains pour ennemis acharnés, nous en eûmes aussi comme alliés, généralement peu sûrs. Ils se valaient tous, d'ailleurs, au point de vue militaire, aussi miséral)les, aussi indisciplinés, aussi cupides et aussi barbares.

L'amiral Jurien de la (Jiravière fut choisi pour commander l'expédition française. Le 7 janvier 18G2, il débarquait avec 2..000 hommes h la Vera-Cruz déjà occupée par les Espagnols, tandis que l'escadre anglaise avec un millier de soldats de marine surveillait la côte. Dès le lendemain, les représentants des puissances alliées se réunirent pour s'entendre sur les salisfactions à exiger du Mexique. Deux mois après, le général de

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Lorencez arriva de France avec une brigade. Les prétentions que présenta au nom de la France noire ministre plénipotentiaire, M. Dubois de Salig-ny, ayant été trouvées exagérées par les Anglais et les espagnols, ceux-ci rompirent les négociations le 9 avril. L'escadre anglaise s'était déjà retirée. Les troupes espagnoles se rembarquèrent et la France se trouva seule pour agir au Mexique. Un exposé complet de cette campagne ne saurait tenir dans le cadre restreint d'un chapitre. Nous nous contenterons donc d'indi([uor ici les principales opérations en les illustrant d'épisodes caractéristiques, mais surtout nous chercherons, comme dans les deux premières parties de cet ouvrage, à donner, grâce aux souvenirs de témoins, la physionomie pittoresque de l'expédition.

Quand l'amiral Jurien de la (iravière eût été rappelé sur sa demande, alin dexpliquer sa conduite et d'exposer à Napoléon III ses vues sur la situation, le général de Lorencez, promu général de division, lut nommé au commandement en chef du corps expéditionnaire.

La campagne débuta mal. La lièvre jaune et le vomito-negro sévissaient dans les terres chaudes qui s'étendent sur une étendue de vingt lieues environ autour de la Vera-Cruz, poil de débarquement de nos troupes. Dans ces vastes plaines basses couvertes d'une puissante végétation troj)icale, des émanations putrides répandaient jusqu'au bord de la mer les épidémies et la mort. Triste et morne paysage que celui de la Vera- Cruz, avec sa plage unie et déserte, son immobile horizon de mer semé d'îlots rocheux et, surplombant au loin les vieux remparts élevés par les Espagnols, le grand volcan d'Orizaba. Au nord, une petite île de sable d'environ deux hectares de superficie, l'île de Sacriticios, servait de cimetière aux troupes de la garnison. Combien de nos pauvres petits soldats, arrivés pleins d'entrain et de vaillance, allèrent y dormir au léger murmure du

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llol, avanl d'avoir même aperçu l'ennemi ! Mais le troupier insouciant n'en narguait pas moins la mort et par plaisanterie macabre, il avait baptisé l'ilot-cimetière du nom de « Jardin d'acclimatation ».

Quant aux troupes mexicaines, elles paraissaient moins redoutables ([u'elles ne l'étaient en réalité. Déguenillés, chaussés d'espadrilles, ne possédant ni sacs ni

En roule pour le Me.\i(|ae.

D'après un dessin à la plume du capilaine délat-niajor Lahalle.

ustensiles de campement, ces soldats à l'allure de bohémiens marchaient suivis d'un troupeau de femmes, pour la plupart sèches Indiennes au teint de bronze et aux yeux d'escarbouclc, poi'tant, tixé par un chAle aux couleurs éclatantes, leur dernier-né sur leurs épaules maigres. Dans ces rangs inconsistants, les oltîciers pullulaient et on en comptait au moins un par cinc) hommes. Ils se donnaient à eux-mêmes sans règle ni contrôle le grade qui leur convenail, et l'on pense cpie.

dans ces conditions, les généraux et les colonels ne manquaient pas. Le recrutement se pratiquait par des moyens oiiginaux et Tort expéditifs. Le plus répandu était la leva. Par les jours de marché, de préférence, cinipianteou soixante pouilleux montés sur des biques eirianipiées et armés de façon risible et |)itoyable cernaient un village sournoisement. Aiin d'enlever toute crainte aux habitants, ils faisaient jouer la musique sur la place, puis ils fermaient toutes les issues et organisaient sui' tous les hommes en état de porlcr les armes une presse au lasso. C'était loiil simplement (pudqut; nouveau colonel, avocat sans cause (\n\ trouvait plus simple de demander des honoraires au métier des armes et <{ui était venu compléter l'(;(l'eclif de son l'égiment, lout en pillant et dévastant les populations campagnardes. Avec le produit de ses rapines, il achetait des armes, des chevaux et formait ainsi une ti'oupe fort peu volontaire (piil forçait à le suivre jusqu'au jour où, une fois sa forliine faite, il allait Irauipiillement en jdiiir et passait la main ;'i <pu'lqne écumeur de même acal)il.

Lorsijue (pichpiun poilail [)lainte contre un voleur ou un assassin, le juge demandait si, pour punition, le plaignant ne donnerait pas son agrément à ce (jue l'accusé fût condamné à être soldat. On juge à (piel poinl l'existenci^ militaire devait nuuKiuer de charme. La nourriture était probh'matique, le paiement de la solde à peu près inconnu. Aussi, en ces temps de guerre civile où le soldat pouvait se faire à son choix notre ennemi ou notre allié, passait-il de l'autre côté pour le plus mince avantage. On faisait accjuisilion de transfuges à des prix dérisoires. Ohez les chefs, la j)eur du passage de leurs hommes à l'ennemi était telle que Juarez se vit forcé à un moment de faire sui'veiller son infanterie par sa cavalerie. En revanche, si le métier de simple soldat était regardé comme une sorte de bagne,

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tout grade supérieur passait pour une situation à exploiter. C'est ainsi que le général Ortega vendit de la farine à notre armée. Qu'ils fussent de haute onde basse volée, ces malandrins, lorsijuils se trouvaient opposés dans les condjals, montraient entre eux une ellioyabJe liarbarie. Quand un Mexicain avait fait prisonnier son ennemi, d'un coup de sa machete, il lui faisait sauter le pouce et l'index de la main droite et le renvoyait d'un air gaillard en disant : « Toi, mon garçon, lu ne feras plus toi-même ton papelile ^ » Aussi, cette guerre fut elle implacable et féroce plus qu'aucune autre. Pas de prisonniers : des fusillades. Partout la Iraliison, la délation, l'assassinat, le guet-apens, un fleuve de sang qui coula ininterrompu pendant cin(i longues années.

Le i(5 avril, les représentants de la France publièrent une proclamation f[ui ne laissait aucune porte ouverte à la conciliation. Juarez y répondit par un appel aux armes de tous les citoyens valides, })ar la mise en état de siège des localités occupées par nos troupes et par la conliscation des biens de tous les INlexicains qui continueraient à y résider. Une convention signée quelques jours auparavant à la Soledad stipulait qu'en cas d'hostilité, les Français rétrograderaient jusqu'aux Terres chaudes. C'eût été vouer nos soldais à des fièvres mortelles. Le général de Lorencez dénonça la convenlion, et sous prétexte d'aller chercher des malades français restés en Iraitement dans les hôpitaux dOri/aba, il se dirigea vers cette importante cité commerçante et indusli-ielle où il entra sans coup férir. Il disposait d'envii-on G.ooo combattants. Sur les conseils cbi général mexi-

1. Vi(-omle dh Montfout, Au Mexique ilsD'i-IHin) [Le Curresponilanl, novoinbre ItUl-mar.s 1912 .

cain Almonle qui s'intitulait chef suprême de la nation et sur ceux de M. Dubois de Saligny, notre ministre plénipotentiaire, ce fut avec un elîectif aussi réduit qu'il entreprit la conquête du Mexique. Confiance aveuii'le inspirée pai- les affirmalious dos diplomates qui lui avaient assui'é qu'avec un bataillon de zouaves il irait de la \'era-Cruz jusqu'à Mexico, que les populations se soulèveraient à son approche et «[ue des chefs dissidents viendraient se joindre à lui avec plusieurs milliers d'hommes. Oue n'avait-il suivi plutôt cet avis d'un humble homme du peuple disant à nos officiers:

— Croye/.-uioi, vous êtes trop peu nombreux pour marchei- sur Mexico. Vous courez ris(pie de ne pas atteindre le but '.

La colonne se uiit eu mouvement vers la capitale. Après un brillant combat au pied de la gi^J^antesque muraille des ('.uiiilii-e< d'Acnllzinoo que la roule franchissait et (pie nos zoiuives el nos chasseurs à |)ied escaladèrent avec une nuignilifpie amiace, h's troupes gagnèrent sans difficulté les hauts plateaux et bivoua- (pièreul à Amozoc, petite ville distante de cpialre lieues de Puebla, « la ville des Anges ». Le général de Lorencez espérait surprendre celle dernière protégée par des forts imposants el des couvents solidement construits qui, tels jadis ceux de Saragosse, forment des réduits faciles à défendre. Le 5 mai, h onze heures du matin, tambours et clairons annoncent la charge et nos soldats s'élancenl à l'assaut d'une église d'ancien couvent devenu le fort de (luadalupe. Mais, prévenus de l'attaque, les défenseurs, derrière les vieux créneaux, les embrasures, les parapets, les accueillent par un feu d'enfer. Zouaves et chasseurs avancent toujours, enjambant les camarades morts, se croyant déjà au pied des remparts. Soudain, un obstacle imprévu se creuse

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