r.u L (iMLOT, L'Expédilion du Mexique
Puebla en lui ôlanl tout espoir d'être délivrée. Le général Orlega prit la résolution de cesser la résistance, il lit détruire lailillerie et le matériel et annonça à ses officiers, par un fort bel ordre du jour, que larmée était dissoute. Puis il écrivit au général Forey que la place était à sa discrétion et qu'il pouvait la faire occuper. Sa lettre se terminait par cette phrase empreinte d'énergie naïve : « Je ne puis, monsieur le général, continuer la défense plus longtemps; si je le pouvais, croyez bien que je le ferais. » Le i(> mai, le général Forey lit une entrée solennelle dans Puebla et assista à un Te De uni chanté sous les voûtes de la cathédrale. Il fut nommé maréclial de France.
Une des difficultés de ce siège avait été de maintenir les communications entre le corps expéiHtionnaire et la Vera-Cruz. Les guérillas harcelaient et massacraient les travailleurs qui construisaient la ligne du chemin de fer destinée à joindre cette ville à Mexico, (le furent ces guérillas des Terres chaudes qui livrèrent à nos soldats de la légion étrangère le fameux combat de Camarone dont le retentissement fut immense et qui est resté le principal titre de gloire de ce corps d'élite. Chargés de protéger les travaux de la voix ferrée, les légionnaires, tout en affrontant le vomito, le typhus et les fièvres, étaient obligés à des combats presque hei)domadaires. Ce fut dans un de ces combats que le lieutenant Milson tua d'un coup de sabre le général Antonio Diaz^ Le T' mai, à sept heures du malin, la rompagnie du capitaine Danjoii forte d(^ soixante-deux hommes et trois ol'ticiers, après avoir marché uuc partit^
1. Notons (jnc ce Milson, alloinand, n"a pas craiul do se battre contre ses anciens frères d'armes en 1S7() on il était capitaine et aide de camp du prince Frédéric-Ciiarles.
(le la nuit, se vil enveloppée, auprès du villai^e de Camarone. par une nuée de lanciers Mexicains. Elle se forma en carré, essuya plusieurs charges, puis perça la ligne et se jeta dans une hacienda (ferme). Celle-ci comprenait comme bâtiment principal une sorte de tour bordantla route, dont une faceétait formée par un corps de logis divisé en plusieurs chambres. Le capitaine Danjou occupa la cour dont il fit barricader les ouvertures et la pièce située à l'un des angles. Au inèine moment l'ennemi j)énétrait dans la pièce située à l'extrémité opposée. Puis, tandis qu'on le sommait de se rendre, Danjou lit jurer à ses hommes de se tléfendre jusqu'à la dernière exliémilé. l'ienlcM après, il tombait frappé mortellement. Le sous-lieutenant \ilain prit le commandement.
Vers midi, un bruit de tambours et clairons vint ranimer Tespoir des assiégés. Sans doute, c était du secours (jui leur arrivait... I^rrcur vite dissipée! C'étaient trois l)alaillons mexicains amenés parle général Milan. Cependant l'ennemi avait i-éussi à prati<|U(M-, sur une des faces de la cour, une brèche par hnpielle il prenait à revers les défenseurs des autres faces. Le sous-lieutenant Mlain tombe foudroyé. Le sous-lieutenant Maudel |)rend le commandement. Mourant iU", faim, de soif, car ils n'ont rien mangé depuis la veille, rien bu depuis le matin, épuisés |)ai' une chaleur éloufl'ante, les héroïques légionnaires répondent par un ^< non » furieux à une nouvelle sommation. Alors, les Mexicains incendient un des hangars extérieurs, rendant plus intolérables par la fumée les cruelles souffrances de la soif. Mais l'honneur est plus fort et maintient fermes aux créneaux et aux brèches les sublimes entêtés.
A cinq heures et demie, le général Milan suspend l'attaque et harangue ses troupes à l'abri d'une maison voisine, en leur disant qu'il serait honteux de ne pas
en finir avec celte poignée d'Iiommos. Un soldat d'origine espagnole traduit ces paroles à ses camarades. Alors, c'est l'assaut général : les Mexicains se précipitent à la fois sur toutes les ouvertures, s'einparant des quelques intrépides qui s'obstinent à garder la porte principale et les brèches, enveloppant le sous-lieulenant Maudet qui s'est barricadé avec quatre hommes dans les débris d'un hangar ruiné. 11 s'y défend encore un quart d'heure, puis, ayant fait tirer la dernière cartouche, il commande : w A la baïonnette ! » s'élance hors du hangar sous un feu etfroyable, voit tomber, la poitrine criblée, une légionnaire qui lui a fait un rempaj't de son corps et roule lui-même à terre, frappé par deux balles \ C'est la fin de celte lutte dimie de Corneille. Sur les trente-cinq sous-officiers et soldats survivants, douze recurent la Léij;ion d'honneur ou la médaille militaire. Napoléon les eût tous décorés. Les Mexicains avaient perdu trois cents morts dont deux cents tués. Un modeste monument fut élevé à ces héros dans le voisinage de Vhaciendu sanglante et, quand une troupe du corps expéditionnaire passait dans son voisinage, elle faisait halte et présentait les armes, tandis que les clairons sonnaient aux champs comme pour un maréchal de France.
L'armée s'était mise en marche vers Mexico d'où Juarez s'était enfui vers le nord, avec les troupes dont il disposait encore. Elle fit, le lo juin, son entrée solennelle dansla capitale. Un banquier f ranimais, M. Martin Daran, avait avancé quarante mille francs pour payer les arcs de triomphQ, les guirlandes et les mâts qu'on dressa sur le parcours du quartier habité par la colonie française'. Les vainfjueurs de Puebla défilèrent en tenue de campagne; dans un ordre magnifique. Leur