‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 24 sur 133 · Vicomte m. MoNTroirr, Au Mcxiiiae [Le CnrrespondanI · texte numérisé non relu

Vicomte m. MoNTroirr, Au Mcxiiiae [Le CnrrespondanI

Mais les mieux disposés à ces métamorphoses imprévues, c'éLaieiit encore les légionnaires du colonel Saussier qui, comptant dans leurs rangs hétéroclites tous les éléments militaires possibles, surent se muer, au premier ordre, en parfaits sabreurs et même en irréprochables artilleurs.

Un de nos meilleurs instruments de guerre fut la contre-guerilla, organisé sur le modèle descontre-guerillas indigènes au service du parti clérical et impérialiste. Les Français s'y trouvaient mêlés aux Mexicains et aux étrangers de toutes sortes. Nos sous-officiers s'v virent offrir des grades au moins provisoires d'officiers. Elle fut d'abord commandée par le fameux colonel r)u|)iii, rude soldai à l'àme de condottiere, inlassable partisan el pendeur implacable. Ancien officier d'élatmajoi', il avait été mis en i-etrait d'emploi jîour avoir osé mettre en vente à la salle Drouot des bijoux et des objets d'art rapportés du sac du palais d Été. On eût juré d'un chef de bande, à le voir jouer aux cartes ou aux dés avec ses soldats, figure creuse encadrée d'ime longue barbe, regard coupant sous le sombrero, torse maigre dans le spencer écarlate. Il tirait grand prestige de son adresse au pistolet. Avec sa troupe composée de deux bataillons, d'un gros de cavalerie et dune section d'arlillerie de montagne, il devint vile la terreur du pays.

En janvier 18(17, le colonel Dupin, fatigué par le climat el par ses courses incessantes à travers les Terres cjiaudes ou la montagne, passa son commandement au colonel de GallilTet. dont le caractère s'accommodail si bien d'une unité indépendanle, toujours prête à marcher el à marcher vite et longtemps. '< La conlre-guerilla, écrit-il alors, est une troupe aux souhaits d'un chef actif. Sans bagages aucuns, quoique beaucoup de mes hommes soient de sac et de corde. On mange où el quand l'on peul. D'ailleurs, au Mexique, dans les

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l'erres chaudes, loul ie monde esl hospitalier. A loule demande les hacienderos i-cpon<Jenl par le à la dispocilion de iisted, el presque toujours Ton refuse l'argent olYert en paiement. » Il pouvait se louer de ces aventureux compagnons ([ui l'uidrienl à battre Galvès à

l.e lieutenant-colonel de (JallifTet commandant la conli'L-gucrilla. D'après une peinture de Pils

plaie couture à Medelin et à culbuter dans le rio del Toro les guérilleros ennemis.

On a vu par ces quelques lignes du iiéros de Puebla (|ue tous les habitants de la campagne mexicaine ne taisaient pas, d'ordinaire, trop farouche accueil à nos soldais. Parfois, riiospilalité, rencontrée au hasard d'une colonne, prenait une forme encore plus gracieuse. Souvent, les officiers étaioni invités aux fêles dans les

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haciendas au moment du marquage dos jonnes taureaux. On les recevait avec la plus cordiale largesse chez ces Américains du Nord (jui défiaient les bandes pillardes dans leurs solides fermes crénelées et se tenaient toujours prêts à jouer du rifle à répétition. Souvent il se trouvait là de blondes amazones à l'éclatante carnation (pii ne ciaignaient pas davantage, à l'occasiop., de manier la carabine contre les malandrins. Elles furent plus d'une fois le bouquet des popotes.

Mais c'était surtout dans les gai'uisons que le charme féminin faisait oublier les faligues des baltues sanglantes et des poursuites meurtrières. Mexico était égayé par de brillantes « saisons ». La colonie française y donna de fort belles fêtes. On s'amusa de la fat.on la plus franche à de brillants bals costumés p^ur lesquels un ])cinli(' militaire, Beaucé, venu étudier l'expédition sur nalure, dessinait des travestissements à ses camarades les officiers, lue Iroupe de comédiens français avait remplacé au théâtre de la vdle les zouaves partis donner la réplique aux balles mexicaines. Beaucoup de jeunes et jolies femmes avaient rejoint leurs maris au Mexique. Parmi elles, on citait tout particulièrement ])our leur grAce mondaine Mme de Noue et Mme Magnan — la si séduisante Mlle Mariloff — femme d'un brillant officier, fils du maréchal, et la comtesse de Uancy. mariée à un officier des guides.

A peine âgée de vingt ans, malgré son apparence frêle, la comtesse de Rancy était partie seide, sa femme de chambre l'ayant abandonnée au dernier moment. A son arrivée à la \'era-Cruz, elle avait été informée que son mari se trouvail en détachement dans l'intérieur. Malgré les dangers, malgré les guérillas qui sillonnaient le pays, elle n'hésita pas à aller le rejoindre et à vivre dix-huit mois avec lui de la vie de campement. Mme de Noue et Mme Maenan vovageaient à travers le pays dans une voilure du train attelée de

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(jiialre mules et composée, commes celles des forains, de deux pièces, chambre à coucher et cabinet de toilette, séparées par un simple rideau et prenant jour par des fenêtres vitrées. Ces dames avaient soin de faire coïncider leurs déplacements avec un départ de

;Mrnj Masiiaii an milieu d'un i;i-oii|ie d'ofliciers IVaiirais à Mexico.

troupes, car les chemins étaient moins sûrs ipie jamais. Le lieutenant-colonel de Galliffel passant en dilij»"ence au pied des Cumlires avait failli être enlevé par les^ l)andes de (ialvès et on avait dû faire jouer à des zouaves déi^uisés le l'ole de faux voyageurs poiu* mettre en fuite les tlibustiers qui arrêtaient à chacun de ses passages la diligence de l'uebla.

La société mexicaine se montrait pins accueillanle que jamais. A combien de luxueuses et gaies réunion^ convia-i-elle nos officiers! Les jeunes tilles se mireni même à jouer la comédie en français. Il y avait à Mexico un jeune officier des guides bien connu à Paris de la cour et de la ville : c'était le marquis de Massa. Il avail fait représenter dans un salon du faubourg Saint-Germain les Cascades de Mourhy ^ On en donna une reprise inattendue au palais du maréchal Bazaine. Le théâtre d'amateurs fleurissait à l'aise dans ce quartier général. Lorsqu'on manquait d'une actrice, on se rabattait sur un jeune sous-lieutenant qui portait à ravir le costume féminin. C'était M. Albert Bazaine, le neveu du maréchal -. Le bal, la comédie, les divertissements mondains, le flirt amenèrent leur elVct ordinaire sous tous les climats du monde : des mariages. Pour faire compensation sans doute aux terribles tuei-ies de la savane, beaucoup de nos officiers épousèrent d'adorables Mexicaines. Plusieurs de ces unions firent jaser à (pii mieux mieux, mais aucune autant que l'aventure occasionnée par l'une d'elles au capitaine I\L.. du 62" de ligne. Il avait épousé une jeune fille d'une très bonne famille de San-Luis. Une fois marié, il vécut dans sa nouvelle famille et, aux repas figuraient trois couverts, le sien, celui de sa femme et celui de sa belle-mère. (Juelques jours après, en se mettant à table, il trouve quatre couverts au lieu de trois.

— Nous avons donc un invité? demande-t-il à sa femme.

— Mais... c'est le mari de maman, r(''pond-('lie avec un assez fort embarras.

Et le capitaine apprend avec ahurissement qiu' sa belle-mère veuve s'est remariée et a épousé...

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