‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 26 sur 133 · L'EMPEREUR IVIAXIMILIEN ET L IMPÉRATRICE CHARLOTTE · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR IVIAXIMILIEN ET L IMPÉRATRICE CHARLOTTE

Le chàleau de Miramar. — L'arcliiduc Maxiniilien et rarchidufhesse Charlotte. — Hésitations de Maxiniilien. — Les adieux des deux frères. — La 'députation mexicaine à Miramar. — L'embarquement. — L'arrivée à la Vera-Cruz — Réception à Orizaba. — Entrée à Mexico. — Débuts deJ'empire mexicain. — Situation militaire critique. — Départ de l'impératrice Charlotte pour la France. — Ses froissements en arrivant à Paris. — Terrible scène à Saint-Cloud. — l^'impératrice Charlotte au Vatican. — La visite au couvent de Saint-Vincent de Paul. — Vaincue parla folie.— Situation désepérée de Maxiniilien. — Siège de Oueretaro. — Le rôle du colonel Lopez. — Maxiniilien captif. — Conduite des États-Unis. — Le tribunal au théâtre. — Derniers moments de l'empereur. — Lettre à rimpératrice Charlotte. — Exécution de Maxiniilien, Miranion el Mejia.

11 y a dans l'histoire comme dans la lég-ende des couples consacrés par le malheur. Pour eux, la pilié devient un leg-s qu'on se transmet de g-énéralion en génération. Ne trouve-t-on pas encore des larui€s pour Hector et Andromaque, Charles I''" et Henriette de France, Louis -WI et Marie-Antoinette, Camille et Lucile Desjnoulins ? Il semble, cependant, que nuls, [)arnii ces

époux, ne s'abreuvèrent plus largement au calice de la douleur humaine qu'un couple souverain encore bien près (le nous : l'empereur Maximilien et l'impératrice Charlotte. Ici le drame va de la folie à la mort. Sur <c rameau déraciné de l'infortunée famille des Habsbourg, la fatalité s'est acharnée avec toute la rage, toute Thorreur dont elle accaldail aux âges lointains la race de Gadmos et (KHvlipe.

Pourtant, quelle idylle paisible, à l'heure où les futures victimes de l'expédition mexicaine vont apparaître sur la scène du monde 1 Le décor semble emprunté à une féerie romantique. C'est à une lieue de Trieste, au bord de l'Adriatique au Ion de saphir. Sur le Ilot calme, des voiles rouges de barques pêcheuses tranchent vigoureusement parmi les vapeurs argentées glissant vers le large. Au-dessus de la multitude des villas blanches, sur un promontoire cominan- <lant la mer, un château d'allure féodale et massive dresse haut dans l'air ses tours crénelées et son image lîère et mélancolique de forteresse de plaisance construite pour le rêve. Autour de ses murailles aux teintes vives, sur les pentes de ce rocher transformé en oasis, s'étend une gamme (Hincelanle de tamarins, de pins parasols, de cactus, de figuiers acclimatant sous celte latitude clémente leur végétation frileuse. Ce chAteau, ces jardins aux oml)rages riants et frêles, c'est Miramar, l'asile de tcndi-esse cl de lal)eur(]ue Maximilien et Charlotte abandonnèrent, un jour, pour l'appât d'une lointaine couronne (]ui devait bien vite leur devenir un fardeau mortel.

Frère de l'empereur d'Autriche François-Joseph, l'archiduc Maximilien commandait en chef à vingt-deux ans la flotte autrichienne. Son métier de marin le passionnait. Il lui avait consacré des brochures, des livres écrits avec un zèle ardent dans son cabinet de travail de Miramar reproduisant exactement sa cabine à bord de

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celle frégate Novara qui lavaiL promené à travers le monde, en Espagne, en Sicile, en Terre-Sainte. Dans ce cabinet de travail ouvert sur le vaste horizon marin, il composa aussi des mémoires, des esquisses de voyage, des poésies. C'était un fin lettré qui aimait à s'entourer d'artistes, d'écrivains, de savants. Son cœur était généreux et bon. (1 était aussi aimé de ses matelots que des populations du bas Tyrol au milieu desquelles il se plaisait à vivre. Avec sa haute taille, son regard bleu rêveur, sa barbe blonde largement étalée en éventail, il avait fort belle prestance dans sa tenue d'amiral. 11 était de ces princes qui, nés à côté du trône, semblent voués par une heureuse destinée à la pratique du bien et à la protection du beau.

En 18.07, l'archiduc Maximilicn avait épousé la tille du roi des Belges, la princesse Charlotte. Ce mariage princier avait été, en même temps, un mariage d'amour. Sur le visage aux traits fins et purs de sa tiancée, dans ses yeux profonds où brillait une ardente flamme d'intelligence, le jeune prince, très épris, avait lu la candeur, la tendresse et aussi cet enthousiasme pour les grandes choses qui le passionnaient. Comme lui, la princesse était artiste et cultivée. Elle parlait plusieurs langues, dont l'espagnol, qui devait être, quelques années plus tard celle de son peuple. Au service d'un charme des plus sûrs, elle savait mettre une dose peu commune d'énergie et de volonté. Elle en devait trouver l'emploi auprès de l'oscillant Maximilien. Mais derrière ces regards aux flammes changeantes le démon de l'ambition veillait, artisan des désastres futurs. Ouelle douceur pourtant dans la vie de la nouvelle archiduchesse ! Que d'amour dans ce Miramar dont son mari avait tracé le plan de sa propre main, choisi les aibres, les fleurs, et fait une retraile enchantée. iMaximilicn lui avait voué tant d airection, à ce nid somptueux dises premières tendresses conjugales, qu'au Mexique

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il lui consacrera encore ses meilleurs moments de récréation, modifiant le mobilier de telle chambre, déplaçant telle planlaiion. La lune de miel attardait toujours ses rayons sur le jeune couple, lorsque le 10 avril iSCj, un sort funeste vient fondre sur ce château du Bonheur.

Un peu plus de six mois auparavant, était venue à ^liramar une députalion mexicaine présidée par M. (lutierrez de Estrada, chargée d'olVrir à Maximilien la couronne impériale ilu Mexique, 'l'ont en exposant un pi'ogramme fort libéral de gouvernement, l'archiduc, n la profonde déception des délégués, avait réservé sa réponse. Une période d'hésitations, de tergiversations suivit. Hantée par des nostalgies de couronne el de gloire, la jeune archiduchesse s'elTorça de déci- <ler son mari. Puis. d(\s difficultés s'élevèrent entre Maximilien et son frère, l'empereur l-'rançois-.Toseph. iiu sujet des droits éventuels de succession au trône <rAutiiche-Hongiie qu(; pouvait consci'ver l'empereur du .Mexique. Une nouvelle députation amenée par M. (îulierrez de Estrada était attendue pour la première ipiinzaine d'avril. Durant les jours qui précédèrent, Maximilien se montra sombre et attristé. Le découragement gagnait son Ame. Dans un instant d'épani;henient il se laissa allei' à dire devant un ami intime :

. — Pour moi, si quelqu'un venait m'aimoncer que tout est rompu, je m'enfermerais dans ma chambre pour sauter de joie. Mais Charlotte K.. ?

Un instant, il avait été séduit par un rêve d'empire, mais voici qu'à l'heure de ceindre la couronne, la réalité l'elTrayait. Ce prince aux goûts intellectuels ne possédait pas la sécheresse des politiques ni l'énergie des ambitieux. On retrouve, non sans émotion, ses espérances,

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