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L EMPEREUR MAXIMILIEN ET I, IMPERATRICE CHARLOTTE

— Je réussirai à sauver notre barque ! s'écria-t-elle.

Reprenant espoir, Maximilien adopta cette idée avec empressement et bientôt tout fut préparé pour un prompt départ.

Plus difficile qu'on ne pense, ce départ de souveraine, car il sagit de ne pas éveiller la défiance de Bazaine et cela d'autant moins que la voyageuse emporte un longmémoire rédigé par Maximilien qui n'est, du commencement à la lin, qu'un acte d'accusation contre le maréchal. On décide que l'Impératrice va visiter le Yucatan. Des fêles et ties réceptions y sont commandées, puis, brusquement, sans la moindre communication officielle, Charlotte vient s'embarquer à la Vera-Cruz à bord du paquebot de la Compagnie transatlantique r Impératrice Eur/énie. Elle est prde, nerveuse, comme dévorée d'impatience, sans rien perdre cependant de son air habituel de majesté. Ses yeux brillent d'un éclat extraordinaire et s'efforcent à une expression d'enjouemeni . L'ancre est levée... Dans des Ilots de fumée le bâtiment s'éloigne, tandis qu'à l'arrière Charlotte agite son mouchoir, jetant à Maximilien, au Mexique, non point, comme elle le croit, uni< au revoir» mais un suprême adieu.

Tandis que, le cœur plein d'espérance, elle vogue vers la France, accompagnée du comte et de la comtesse del Barrio, du comte de Bombelles et du docteur Seineleder, une agitation de mécontentement et de (h'q)it règne à Puebla. Prévenus au dernier moment de ce changement de programme, les aulorilés et les populations du Yucatan se montrent profondément vexées. Mais c'est en Bazaine (pie gronde l'irritation la [)lus vive. Outré qu'un tel projet ait pu être conclu et exécuté sans son avis, il

lance à la pouisuiLe do rhnpéralrice le croiseur français en station à la Vera-Cru/.. Mais elle a une avance de huit heures. Le Jjâliment qui la porte file trois nœuds de plus que le croiseur et elle a promis, en guise de stimulant, une récompense vraiment princière à l'équipage- La chasse au paquebot restera infructueuse.

Duranl la traversée, Charlotte se montra sombre et taciturne. Et quelle nouvelle l'attend, le 8 août, au débarcadère de Sainl-Nazaire : Sadowa ! Puis, c'est une série fâcheuse de petits incidents insignifiants. A Nantes, les officiers chargés de la recevoir et de lui faire cortège vont l'attendre à la gare d'Orléans au lieu de se rendre à la gare Montparnasse. La voyag^euse en est réduite à prendre un simple fiacre. A Paris, autre déception : elle pensait être conduite aux Tuileries, on la mena au Grand-IIôtel. Occasionnés par des malentendus ou des relards dans les oi'dres, des froissements de ce g"enre la picjuèrent douloureusement. Lne ag'itation fébrile s'était emparée d'elle. Dès cet instant, ceux (]ui l'accompagnaient remarquèrent un changement dans son n^gard, dans sa voix. « Elle tremble comme la feuille, écrit la comtesse del Barrio, et Texpresion de ses traits s'est modifiée.- L'ancienne et douce caresse des yeux est éteinte, elle ne reparaîtra plus à aucun moment. Il y a en elle quelque chose d'affaissé, mais en même temps de cassant et de rude. Sa voix n'a plus celte neltelé métallique, ce timbre sonore et velouté à la fois qui la faisait reconnaître entre beaucoup d'autres. Elle est devenue dure, rauqiie ^ »

Pressée d'etfacer les premières impressions fâcheuses, l'impératrice Eugénie accourut au Grand-Iiùlel dès le lendemain et déploya auprès de la nouvelle arrivée

1. Souvenirs de la coinlesse del Barrio recueillis par le baron de Malortie, llere, Ihere and evenj cohere. Ward Dornney London. Voir aussi l'article de M. Auguste Mllemard, Revue (jénérale, Bruxelles, mars 190:>.

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