‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 35 sur 133 · I. EMPEREUR MAXIMILIEN ET L IMPERATRICE CHARLOTTE · texte numérisé non relu

I. EMPEREUR MAXIMILIEN ET L IMPERATRICE CHARLOTTE

Pendant ce temps, par delà les mers, un homme lutlait désespérément, lui aussi, contre lélreinte tous les jours plus étoulTante de la destinée. Maximilien se débattait au milieu de difficultés et de périls dont il ne pouvait plus se rendre maître. La folie de sa femme bien-aimée fui un coup encore plus violent qui le laissa sans force. Il resta enfermé dans son palais de Chapiil- ',epec, et les malaises presque constants dont il soutirait déjà depuis longtemps s'ago-ravèrent considérablement. Devant sa situation désespérée, le gouvernement français avait essayé à plusieurs reprises de l'amener à abdiquer. Napoléon III avait envoyé au Mexique dans ce but son aide de camp le général Castelnau, chargé en même tempsde surveiller les agissements de Bazaine qui inspiraient à Paris la méfiance la mieux fondée ^ Mais

1. Le général Castelnau écrivait de Mexico au lieutenant-colonel de Gallilïet :

<c Vous connaissez ma mission, mon cher ami, vous savez quels sont mes pouvoirs. J'ai hésité longtemps, mais il y a tant de duplicité dans la conduite politique du maréchal que je suis presque décidé à agir, à le relever de son com.mandement, à lui signifier l'ordre de rentrer sans délai en France, où il devra Justifier sa conduite. J'ai dans mon jiortefeuille une lettre de conuiiandement pour le général Douay. Mais je ne veux pas agir avec précipitation. J'ai confiance dans votre jugement ; donnez-moi à ce sujet votre avis, le porteur de cette lettre me remettra votre réponse, n

Cette réponse de Calliflet, la voici :

« Non. mon générai, non, ce serait une l)ien grosse atteinte à la dignité du maréchalat. Le maréchal Bazaine n'en a plus que pour quelques mois. C'est lui <pii dirigera notre retraite que les événements |)euvent rendre difficile. .N'oubliez pas qu'il a l'entière confiance de l'armée. Malgré son mérite, le général Douay n'oIVre pas des garanties aussi indiscutables. »

Trente ans après, le général de Galiilïet ajoutait :

« Depuis, je me suis dit souvent (|ue j'avais eu tort. Relevé avec éclat de son conunandement et traduit devant un conseil de guerre, Bazaine aurait perdu toute cl^ance d'un grand commandement et... nous n'aurions ]i(Mjt-ètre pas pi-rdu Metz! »

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Maximilien avait répondu sans se laisser ébranler.

— Je ne me fais pas illusion, mais je resterai à ma place. A l'heure du danger, un Haljsbourg n'abandonne pas son poste.

Ce qu'il voulait, cotait sauver sa dignité, revenir en Europe comme un empereur et non comme un fugitif, et déposer la couronne de sa^propre volonté. Certains indices semblaient annoncer son départ prochain, notamment la présence à la \'era-r,ru/ dune frégate autrichienne, le Dandolo. L'Empereur fut sur le point de la rejoindre, mais plusieurs de ses généraux et des membres inlluents du parli conservateur le détournèrent de cette idée en lui promettant des hommeset de l'argenl. Fatal conseil, promesses trompeuses. Bienl(M. le dé|)art des trouj)es françaises laissa le champ libre aux partisans de Juarez. Elargissant chaque jour le terrain davantage autour de son ancienne citadelle si précaire de Chihuahua, l'ajicien président, reprenant ses pouvoirs, fit des progrès foudroyants. Les juaiistes furent bientôt prêts à mettre le siège devant la capitale.

— Je veux épargner celte (''preine à la ville, dit Maximilien.

El il se retira à Oueretai-o où les généraux Miramon, Mendez, Castillo. Mejia, Avellano et le prince de Salm- Salm avaient réuni une petite armée de huit mille hommes. Il ne larda pas à se voir investi. Fendant les soixante-dix jours que dura le siège, il partagea les fatigues et les privations des simples soldats, se nourrissant comme eux de viande et refusant l'ordinaire plus confortable des ofticiers. 11 exposait sa personne plus qu'aucun de ses hommes et on le voyait souvent se pi'omener sur les bastions avec la même tranquillité que sur la terrasse de son château. Il lui eût été assez aisé de se frayer un passage avec sa cavalerie, mais il ne voulait pas abandonner ses compagnons d'armes ni davantage capituler. Cependant, les vivres allaient man-

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quer. 11 fallait se reiulre ou sortir les armes à la main.- Ce fut ce second parti (|ni l'emporta. Dans la nuit du i\ mai 1867, les sept mille défenseurs qui restaient à Queretaro s'apprêtèrent à se jeter à travers les lignes ennemies dans la direclion de la Vera-Cruz. Par une

Xapolcuii 111 fl le gùnéial Cusleliiaii. D'après le tableau d'Edouard Détaille.

singulière coïncidence, le général juarisle Escobedo avait résolu, de son côté, de donner l'assaut le i5 au matin. Mais ni sortie ni assaut n'eurent lien, en raison d'une intervention décisive (jui se produisit. Traiiison, assure-t-on généralement. E.xécution docile d'un ordre, affirment quelques-uns qui se disent mieux informés. ^'oici, en tout cas, le récit d'un témoin oculaire. Le co-

lonel Lopez dont il s'agit avait été comblé de faveurs par l'Empereur et se disait son ami le plus dévoué. .

« Le sous-lieutenant d'artillerie Hans commandait une pièce dans le couvent fortifié delà C.ruz. Le colonel Lopez vint lui donner l'ordre de faire retirer sa pièce de l'embrasure, il lui en fit ensuite diriger la bouche dans la direction de la Cruz, puis il lui dit qu'un bataillon de l'ennemi était derrière et attendait (pie le passage fût ouvert pour entrer, car il venait se rendre avec ses armes, l ne fois la pièce retirée, les bataillons de /os Supremos Poderes, commandés par le général Vêlez, entrèrent, firent prisonniers tous les officiers qui se trouvaient à leur portée et pénétrèrent immédiatement dans l'intérieur du couvent. Ces balaillons furent aussitôt suivis par d'autres troupes, qui furent placées par le colonel Lopez aux tranchées de la Cruz et jusipià la place San-Francisco. Lorsque l'Empereur fut j)réveiiu que la Ci'uz était occupée par l'ennemi, il sortit de sa chambre, accompagné du générxil Castillo, mais les sentinelles lui barrèrent le passage. Survint alors le colonel libéral lUncon (iallardo i[u\ donna l'ordre de laisser passer, disant :

— Je connais ces messieurs. Ils ne sont pas militaires. Ils peuvent sortir.

« nies accompagna lui-même jusquede l'autre côté du couvent. En descendant la rue de la Cruz, l'Empereur rencontra le colonel Lopez qui courait à cheval. Il lui demanda ce qu'il y avait de nouveau. Lopez lui répondit :

— Sire, cachez-vous, nous sommes perdus. Je vais voir ce qu'il y a et si je puis réunir quelques hommes pour nous sauver.

« Une fois enfermés à la Cruz, nous apprîmes par les officiers de l'armée lil)érale que, depuis plus de quinze jours, le colonel Lopez était en correspondance avec le général en chef Mariano Escobedo, que ce dernier avait plusieurs fois reçu l'ordre de Juarezd'abandoinier Que-

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relaro, mais qu'il ne l'avait pas fait parce qu'il était en train de traiter avec le colonel Lopez pour l'achat de la place *. »

Notre témoin ne met pas un instant en doute la trahison de Lopez. Cependant, d'après des documents récemment mis à jour, le colonel n'aurait fait, en s'entendant avec Elscobedo, qu'exécuter les ordres de Maximilien. Dans l'impossibilité de prolonger la résistance, celui-ci aurait voulu éviter ainsi les horreurs d'un dernier assaut. Tel est jjien ce qui semble ressortir du récit de Juan de Dios Arias et de celui du docteur Basch. Plus affirmatif encore, Escobedo déclara dans un rapport rédigé peu de temps avant sa mort que Lopez n'avait fait que se conformer fidèlement aux instructions de l'Empereur. Interrogé sur ce point, le Père Soria, confesseur de Maximilien, répondit dans le même sens :

— Le colonel Lopez n'a fait que ce qui lui était commandé.

Enfin, un Mexicain, M. Iglesias, a consacré un plaidoyer nourri à la défense de l'homme qui introduisit l'ennemi dans Oueretaro. « La dissertation de M. Iglesias, écrit M. Emile Ollivier, aussi remarquable par la sagacité des aperçus que par la force et la clarté des arguments, a détruit définitivement la légende de la trahison de Lopez -. »

Maximilien avait fait arborer auprès de lui un pavillon blanc. 11 donna l'ordre de cesser le feu et envoya chercher Escobedo à qui il se rendit en même temps <{ue ses généraux. Le malheureux prince se faisait de singulières illusions et s'imaginait naïvement qu'on allait l'embarquer dans un port et le renvoyer en Europe.

1. Relation du capiUiine Sclunidl, ex-sergent-rnajoi' du 1" zouaves, au service de Ma.ximilion, citée par M. F.\ll Gau- LOT {L'I-lxpéililion du Me.rifjuc .

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