K.Mii.i Oi.i.ivii'.i;, L'Empire lilicraL 1. .V
Pour faciliter ce dénouement, il avait pris, alors qu'il luttait encore, une mesure vraiment enfantine, en envoyant à Juarez son abdication pour le cas où il succomberait. Prêts à s'armer de toutes les rigueurs, ses ennemis ne tardèrent pas à faire de ce qu'il con-sidérait comme son salut un nouveau chef d'accusation. Dans son interrogatoire, il lui fut reproché d'avoir « abdiqué le faux litre d'empereur en s'y prenant de telle sorte que les elTets de cette abdication n'en devraient pas ressortir au moment où il la signait, mais quand il serait vaincu, c'est-à-dire quand il sérail obligé de déposer ce titre usurpé, non par un ell'ortde sa volonté, mais par la force des choses ».
Du Cerro de la Campana où il s'était rendu, JMaximilicii avait été emmené au couvent de la (^ru/,. puis à celui de Sanla-Teresa. La ville semblait morte. Pourtant, sur le parcours d'une prison à l'autre, l'Empereur recueillil plusieurs témoignages de sympathie et de res|>ect. 11 avait su se gagner bien des admirations pendai\t le siège. Malgré la lièvre et la dysenterie qui le minaient, il réagissait de toutes ses forces, surtout dans la pensée de ne pas paraître faible en face de ses ennemis. Le lendemain, il éprouva une profonde tristesse, en apprenant que le brave Mendez, Mendez l'Indien, « vainqueur de cent combats », avait été fusillé par derrière. La férocité des juaristes éclatait en même temps c|ue leur insolence fanfaronne triomphait grossièrement. (Ju'on lise plutôt ce passage d'un journal mexicain, la Sombre de Arteaga : « La France vient de recevoir une telle leçon que toutes les monarchies, ses sœurs, en sont couvertes de honte 1 Le Mexique a donné à l'Europe une leçon de valeur, d'honneur et de progrès 1 Le Mexique est la mort des étrangers, nous ne les tolérons qu'à titre de marchands. Ah ! nous avons arraché leurs médailles militaires aux soldais de Magenta et de Solférino, à ces invincibles zouaves. Nous
L EMPEREUR MAXIMir.IEN ET L IMPERATRICE CHARLOTTE lO.-)
avons enlevé à la France son honneur, sa bonne renommée, sa gloire militaire, ses prétentions à la civilisation ! Nous l'avons forcée à une honteuse fuite. «
Pourtanl, quelques sentiments généreux se montrèrent. Des dames de Oueretaro proleslèrent avec la vaillance du vieux sang espagnol, en se faisant conduire auprès de .Maxiuiilien malade et en lui apportant du linge. Le 20 mai, la princesse de Salm-Salm ^arriva de San-Luis de Potosi où résidait .Juarez. Elle annonça que la mort de l'Empereur était inévitable, car on avait décidé de le faire juger conformément à la loi révolutionnaire de i8()2 (' définissant les crimes contre l'indépendance et la sûreté de la nation ». La courageuse princesse combina un plan d'évasion et mit tout en œuvre pour le faire réussir. Mais les obstacles se dressaient trop difficiles, trop nombreux. Il fallut y renoncer, le désespoir au cœur. Durant ces jours où l'espoir sombrait, les interrogatoires commencèrent, partagés par les généraux Miranion et Mejia considérés comme les complices du vaincu. Celui-ci se défendit âpremenl et il eut tort, car c'était reconnaître implicitement une juridiction qu'il aurait dû traiter avec plus de dédain, dans l'impossibilité où il se trouvait de sauver sa vie.
Maximilien avait été transporté au couvent de Las Gapuchinas. On eut la délicate attention de lui faire passer sa première nuit dans le caveau des morts. Puis sa dernière prison fut une chamljre traversée par mi paravent derrière lecjiiel il pouvait se retirer. Un l'actionnaire se tenait devant la porte, un officier devant la fenêtre, des centaines de soldats couchaient dans les galeries, les escaliers, les corridors. Mejia et Miramon occupaient des cellules voisines et [)ouvaienl converser avec le souverain d('>clni . Tous trois par\inrent à com-
1. Klle élail Ainéi-icniiie née de panMils fi-anijais et s'était appelée d-'ahord Mlle l.etdère.
]Ofi LA SOCIETE DU SECOND EMPIRE
muniquer avec l'extérieur, en cachant des billets dans des cigares. Ce fut en vain. Vainement aussi Maximilien écrivit à Juarez pour s'entretenir avec lui. Le président de la République répondit que San-Luis était trop loin de Queretaro.
Une seule puissance pouvait sauver Maximilien, les États-Unis. Directeur de la politique étrangère, le Sénat américain semble avoir joué un rôle équivoque. Le ministre d'Autriche avait fait de vaines démarches à Washington. On écrivit bien de là à .M. Campbell, ministre de ri iiion auprès de Juarez, en lui enjoignant de réclamer la vie sau^e poui l'Iùiipereur dépossédé. Une correspondance resiée secrète fut même échangée à ce sujet. .Mais il était visible ([ue M. Campbell craignait pour lui-même le danger. 11 partit pour la ?Souvelle-Orléans, se contentant d'écrire à Juarez « que les Etals-Unis verraient avec méconlentemenl les répul)licains du Mexique se conduire comme un |)euple non civilisé ». On a pu dire avec raison que celle lettre eût suffi pour faire fusiller Maximilien. Ne devait-elle pas exaller juscpi'au délire la faiblesse vaniteuse de ces héi'os? C'était pour \cii S upremos Poderes. l'irrésistible tentation de montrer à leurs triomphants partisans, aux vainqueurs de Ouerelaro, que l'on pouvait résister à tout, même aux "^ ankees et que l'on allail repousser les Étals-Unis comme on avait repoussé les puissances coalisées.
Le i3 juin, les débals s'ouvrirent. Le lieu de réunion avait été choisi étrangement : celait le théâtre d'iUirbide. Outragé de ce choix, Maximilien répondit à l'oflicier qui vint le chercher :
— Jen"irai pas. Je vous déclare que je ne sortirai pas <l'ici pour me donner en spectacle dans un théâtre.
11 invoqua son étal de santé. Le commissaire du gouvernement se transporta au couvent de Las Capuchinas et rapporta qu'en effet Maximilien était trop soulfrant