‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 37 sur 133 · L EMPEREUR MAXIMILIEN ET L IMPERATRICE CHARLOTTE · texte numérisé non relu

L EMPEREUR MAXIMILIEN ET L IMPERATRICE CHARLOTTE

pour assister au procès. Ce procès s'engagea, en son absence. Le théâtre était bondé jusqu'au faîte comme pour une représentation gratuite. Les généraux Miramou et Mejia furent traînés sur la scène où siégeait le

L'empereur Maxiniilirn.

tribunal, au centre d'un décor en toile peinte représentant un portique avec une colonnade. Sans l'émotion qui étreignait les cœurs, on aurait pu croire à une parodie judiciaire. Il y eut trois jours de débats au cours desquels les avocats de Maximilien, MM. Ortega et Vasquez, s'employèrent en courageux eiforts pour le sauver contre les accusations d'usur[)ation de pouvoir, d'excitation h la guerre civile et du meurire do qua-

lus LA SOCIETE DU SECOND EMPIRE

rante mille libéraux pendus et fusillés à la suite de l'ordonnance du 3 octobre i8(J5 arrachée par Bazaine..

Il semblait bien que rien ne pouvait plus sauver le vaincu de Oueretaro. L'envoyé de la Prusse, le baron Magnus venait d'échouer auprès de Juarez. S'altendant chaque jour au dénouement fatal. Maximilien s'occupait de dicter ses dernières volontés. A ce moment, sans qu'on ait jamais su de quelle manière, une fausse nouvelle lui parvint dans sa prison : Timpératrice Charlotte venait de mourir.

— Un lien de moins qui me rattache à la vie, dit-il à son médecin, le docteur Basch, qui ne le quitta pas pendant les dernici's jours.

Cette même pensée lui revint dans un post-scriptum au baron de Lago :

(( J'apprends à l'instant que ma pauvre femme est délivrée de ses peines. Celle nouvelle,- tout en brisant mon cœur, est cependant pour moi une nouvelle consolation. »

Le i5 juin, au matin, le général Escobedo se présenta dans la prison de Maximilien, tenant en main le jugement de la cour. L'empereur lui en ayant demandé lecture, il apprit qii'il était condamné à mort ainsi que ses deux généraux Miramon et Mejia.

— C'est bien, lit-il avec l'air doux et calme qui lui était habituel. La loi du A octobre i8fô était faite contre des brigands et ce jugement est fait par des assassins.

— Misérable! murmura Escobedo en portant la main à son revolver.

Puis, se ravisant :

— Le condamné a le droit de maudire ses juges.

L'exécution était fixée au lendemain, mais alors commencèrent d'accablants contre -ordres, d'atVreuses tortures morales, de lancinants coups d'aiguillon pour lescfuels, à la veille de la mort, la férocité mexicaine sembla s'ingéniera de véritables raffinements. Lorsque,

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dans la journée du 16, Maxiniilien eut reçu la communion avec Miranion et Mejia, il dit au docteur Basch :

— Je puis vous assurer que mourir est plus facile (jue je ne me l'étais imaginé. Je suis tout à fait prêt.

Puis il ajouta :

— Vous vous rendrez à Vienne pour parler du siège à ma mère, aux miens. Vous leur raconterez mes derniers jours... Dites à ma mère que j'ai rempli mon devoir comme soldat et que je suis mort en bon chrétien.

Tout à coup, le colonel Palacios pénètre dans la prison, un télégramme à la main. C'est l'ordre de Juarez de renvoyer au 19 l'exécution. « Il jugeait convenable, disait-il, de laisser aux condamnés le temps nécessaire pour i-égler leurs afl'aires. »

— C'est dur, fit simplement Maximilien, car j'en avais fini avec le monde ^

Autre tourment. Il avait demandé que son corps fùl embaumé el enterré à l'endroit où devrait reposer sa femme tant chérie. Il lui fut répondu qu'Escobedo traiterait personnellement cette question avec lui, mais qu'au préalable, il lui fallait par écrit faire abandon de son corps au général, le lui léguer. 11 ne put contenir une marque d'impatience, la seule.

— (^est vraiment trop fort ! dit-il.

Il écrivit à Escobedo et aussi à Juarez pour le supplier que son sang fût le seul versé, à ses avocats pour les remercier de leur zèle, au capitaine français Pierron pour reconnaître ses bons offices et ceux de ses compatriotes. Les dernières heures approchaient. Un faible doute persistait encore. Ouelques-uns espéraient que, dans une haute pensée politique, Juarez ferait grâce. C'était mal connaître son caractère. En condamnant, on

1. Docteur S. Basch, Maxiniilien au Mexique, souvenirs de son médecin particulier.

2. Capitaine de zouaves devenu plus lard coininandant de corps d'année.

atteignait non seulement l'Autriche et la France, mais toutes les puissances dont Maximilien était le parent ou l'allié, l'Angleterre, la Belgique, l'Espagne. Ces alliances représentaient le vrai crime de l'archiduc couronné. La Répul)lique mexicaine, opinait-on, n'avait pas le droit de se montrer magnanime en face de tant de princes « que les balles destinées à Maximilien pouvaient ainsi humilier tous à la fois ». L'esprit bassement démagogi([ue de Juarez s'exaltait, rayonnait à l'idée de la sensation profonde, indescriptible, qui allait secouer l'Autriche, les Tuileries, tout le vieux monde. Le sauvage sang indo-espagnol bouillonnait de sa victoire sur les vieux Ltats et les vieilles couronnes.

Dans la soirée du 18 au 19, Maximilien demanda des ciseaux. On les lui refusa. 11 supplia alors le geôlier de couper lui-même une mèche de ses cheveux. Puis, l'opération faite, il écrivit à sa chère femme qui, malgré le bruit qui lui avait été apporté, vivait peut-être encore, pensait-il et par delà l'océan envoyait vers lui toutes ses pensées, tous ses espoirs. Avec quel poignant accent il exhale vers elle la soulVrance de toute sa vie :

« Ma bien-aimée Charlotte, si Dieu permel (pie tu guérisses un jour et (jue lu lises ces lignes, tu apj)rendras la cruauté du sort (pii n'a cessé de me poursuivre depuis ton départ j)our l'Europe. Tu as emporté avec toi mon bonheur et mon Ame. Tant d'événements, hélas ! tant de catastrophes inattendues et imméritées m'ont accablé que je n'ai plus d'espérance au cœur et que j'attends la mort comme un ange de délivrance. Je meurs sans agonie. Je tomberai avec gloire, comme un soldat, comme un roi vaincu... Si lu n'as pas la force de supporter tant de soulîrances, si bientôt Dieu te réunit à moi, je bénirai sa main paternelle et divine qui nous a si rudement frappés. Adieu ! adieu 1

« Ton pauvre Max. »

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Il baise celte lettre et y enferme la boucle soyeuse et blonde. Puis à neuf heures, il se couche. Il est à peine au lit depuis une heure qu'un envoyé d'Escobedo vient parler à ce vivant de son embaumement et lui annoncer que SOS désirs sur ce point seront exécutés. Après avoir lu i linitatiun, il souffle sa bougie et s'endort. Mais le supplice mexicain n'est pas terminé. A onze heures et demie, on entre de nouveau dans la prison. Toul joyeux, le docj^eur Basch se lève, espérant que c'est la grâce qui arrive. Xon, tout simplement Escobedo qui vient souhaiter le bonsoir. A trois heures et demie, le condamné se réveille, puis il entend la messe, se confesse et déjeune avec ses deux compagnons de supplice. A six heures et demie, quand le colonel Palacios vient les chercher, tous trois sont prêts. L'Empereur a remisa Basch son alliance et son scapulaire, en le priant de les donner à sa mère. En arrivant au seuil de la prison, il regarde autour de lui, au-dessus de lui, tout ce qu'il peut embrasser de cette terre qu'il va quitter et dont son âme de poète goûtait les charmes et la parure.

— Quel beau ciel ! dit-il à l'avocat Ortega. C'est ainsi que je le désirais pour le jour de ma mort.

Peut-être son esprit se reporta-t-il alors vers les murmurants feuillages et le liquide horizon d'azur de Miramar. Mais les minutes passaient rapides. Chacun des condamnés monlaen voiture avec un prêtre, et le lugubre cortège se mit en marche. L'exécution devait avoir lieu au Cerro de la Campana, pic assez élevé, à l'endroit même où Maximilien s'était rendu le mois précédent. La ville était déserte et muette, toutes les troupes se trouvaient sous les armes. Soudain, durant cette route longue et cruelle, des cris aiïreux s'élevèrenl au milieu du silence solennel et funèbre. C'était la femme de Mejia, éc'hevelée, la mine égarée, son enfant suspen<lu au sein, <pii suivait le cortège, s'attachait aux roues de la voiture emmenant son mari, et faisait retentir l'air frais

du matin de ses effrayants cris de « grâce! grâce! ». Malgré tout son courage, le vaillant Indien ne put résister à ce désespoir qui lui prouvait tant d'amour et sa tête s'inclina sur sa poitrine, morne, abattue, vaincue par la souffrance.

Quatre mille hommes, sous les ordres du général Diaz de Léon, formaient le carré autour du C-erro delà Campana. Les trois condamnés descendirent de voiture et allèrent se placer à un mètre devait le peloton du premier bataillon de Nuevo Léon chargé de l'exécution. L'officier qui commandait le peloton s'approcha de Maximilien. lui dit qu'il n'avait pas cherché la triste mission qu'il était obligé de remi)lir et le supplia de ne pas mourir eu le maudissant.

— Jeune homme, répondit l'Empereur, je vous remercie de votre compassion, mais le devoir du soldat est d'obéir.

A chacun des hommes du peloton il offrit une once d'or, en leur recommandant de bien viser à la poitrine. Puis, après avoir donné à Miramon la place d'honneur à droite, il embrassa les deux géuéiaux en leur disant :

— >ous allons dans un instant nous revoir en l'autre monde.

Puis, promenant son claii- regard sur la foule, il prononça d'une voix assurée :

— Je vais mourir pour une cause juste : celle de l'indépendance et delà liberté du Mexique. Oue mon sang termine les malheurs do ma nouvelle patrie! \"\\e le Mexique ^

La tète haute et lière entre ses deux compagnons, Maximilien a mis les deux mains sur sa poitrine pour indiquer l'endroit où l'on doit tirer. On dit qu'à ce moment on l'entendit murmurer : « Pauvre Charlotte ! •» Avec un calme superbe, Miramon lut (|uelques lignes

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