LES SALONS - LE SALON DE LA PRINCESSE
IVIATHILDE
I — « La bonne Mme Ancelot». — Le salon des oiseaux. — Mme Mélanie Waldor. — Chez la comtesse Chodsko. — La comtesse d'AgouIt. — Un salon démocrate. — Mme La Messine. — Wagner chez la comtesse de Charnacé. — Le salon politique de Mme Adam. — La présentation de Gambetta. — Le salon du prince Napoléon. — Chez M. de Nieuwerkerke.
II — Les débuts de la princesse Mathilde. — Son portrait. — L'hôtel de la rue de Courcelles. — Un salon éclectique. — Un diner chez la princesse. — Son goût pour les arts. — Mélophobie. — Un tour de peintre. — Les boutades de la princesse. — Saint-Gratien. — Les artistes en villégiature. — La princesse et ses amis. — L'élève de Sainte-Beuve. — Le drapeau vivant.
Nous n'avons, pour ainsi dire, plus de salons, au sens où on l'entendait jadis, c'est-à-dire d'une cour d'intelligence, d'esprit et de conversation. Cette dernière semble aujourd'hui une personne d'âge que l'on néglige. On ne va plus dans le monde pour causer, parce qu'on n'a plus le tcMups et qu'on ne sait plus. Les lial)itués au verbe captivant, les ténors de devant la cheminée s'en sont allés avec les vieilles traditions et avec les dernières
Aiihéiiii:es qui séleigiienL sans susciter de remplaçantes. Plus heureux, le Second empire connut- des salons à l'universelle vogue. Au lendemain du romantisme, à une époque d'ardenlcs luttes politiques, littéraires, artistiques, il était aisé k des femmes unissant la grâce accueillante à la haute culture, de réunir autour d'elles un cercle d'hommes d'élite, d(^ Parisiennes averties et d'en faire, sous leurs couleurs, la courtoise citadelle d'un parti, d'un idéal, d'une doctrine. Glissons-nous dans les plus notoires de ces foyers hospitaliers où, suivant l'exemple légué par les deux siècles précédents, le talent cl le savoir se soumettaient au sceptre d'Eve.
H existait encore un salon classique, d'après la vénérable conception de i8.")0, un salon où Chateaubriand avait été dieu et même Casimir Delavigne quelque peu prophète. C'était celui de Mme Ancelol. 11 conservait son aspect aimablement compassé, son ton gentiment bénin et désuet derrière les murs d'un vieil hôtel silencieux de la rue Sainl-Cuillaume, aux hautes fenêtres de balcons toujours closes de leurs volets, à la porte jamais ouverte. Malgré cet extérieur austèro. le salon (■'tait, loin de dégager de la tristesse, car il était tout gazouillant de chants d'oiseaux, l'ont autour de ses murs, des catifes s'entassaient comme à la devanture des oiseliers du (piai. La uiaîtress(^ du logis chérissait fort ces i^etits hôtes familiers et elle apparaissait comme leur bonne fée dans le portrait que le baron Cérard avait fait d'elle en muse et qui charmait les regards à la place d'honneur. Un peu déuiodé, ce portrait, datant de i8'2o, quand Paris applaudissait une pièce de la muse : Marie ou les Trois époques. Depuis lors, elle était devenue une petite vieille rondelette et ridée « comme une pomme rose' », au sourire toujours en