Alimionse Daudet, Trcnlc uns de Paris
<''veil, à h) voix douce. On la voyait toujours vêtue de blanc, comme une jeune héroïne du vicomte d'Arlincourt. Non contente de la plume, sa main avait encore tenu le pinceau. Sur la tapisserie du salon, entre les plumages diaprés et voletants des petits oiseaux, on se montrait des portraits peints par elle, Rachel notamment qui venait souvent ici débiter des stances, et d'autres personnages ayant jadis tenu rôle de discuteur, de diseui- ou de comédien dans ce monde minuscule.
Au milieu du second Empire, « la bonne Mme Ancelot » recevait encore de nombreux fidèles. C'étaient M. Patin, professeur en Sorbonne, petit homme aux cheveux blancs frisottés; Viennet, le fabuliste voltairien, long et maigre comme un héron ; Alfred de Vigny, auquel ses longs cheveux éplorés, trop longs pour sa petite taille, donnaient un air d'archange vieillot et précieux. Il légua en mourant sa perruche qu'il alTectionnait beaucoup à la douce hôtesse de la rue Saint-Guillaume. Elle compléta l'oisellerie sur un perchoir verni où les habitués la bourraient de friandises. On l'avait surnommé Éloa « à cause de son grand nez et de son œil mystique '■ ». On rencontrait là aussi Lachaud, l'avocat célèbre, belle tête de romain grasse et glabre, et sa femme, la fille de Mme Ancelot, mélancolique et silencieuse; les poètes Octave Lacroix, Emmanuel des Essarts, Anaïs Ségalas, élégiaque jeune personne à l'œil noyé d'azur, aux boucles d'or fin, qui disait ses vers d'une belle voix harmonieuse mais sans doute insuffisamment puissante, car cet avis revenait souvent dans la bouche de la maîtresse de maison ;
— Plus haut! M. de la Rochejacquelein n'entend pas.
Si nous en croyons Alphonse Daudet, tout à fait à ses débuts, qui fréquentait lui aussi dans cette chambre bleue, d'un bleu un peu éteint, les sourds n'y manquaient