‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 4 sur 133 · I. All.oiin Filon, Le Prince impcrinl. llachoUo, cdilcur · texte numérisé non relu

I. All.oiin Filon, Le Prince impcrinl. llachoUo, cdilcur

veau-né lous les soins nécessaires en dehors de l'allaitement. Dans ce lot de mercenaires, elle l'emporta à. cause de sa bonne mine et de la franchise de ses allures. C'était elle qui habillait l'enfant et qui présidait à sa toilette. Elle reposai! la nuit derrière l'un des rideaux ilollant de chaque côté du lit de Son Altesse. Son dévouement était sans bornes. Elle faisait preuve également d'entêtement, de petites manies, et pour les menas soins médicaux elle n'était pas toujours d'accord avec les docteurs, notamment le docteur I)artliez, spécialement attaché à la personne du Prince. C'était souvent elle qui avait raison, car elle connaissait mieux que personne le tempérament de son cher petit Louis. Plus d'une fois, le docteur Barthez la laissa faire à sa guise, après avoii- dûment tempêté et prodigué les haussements d'épaules.

Miss Shaw possédait tt)ute l'alTection de l'enfant. Au cours d'un séjour au camp de Châlons, l'Empereur dit un jour à celui ci (jui était venu, suivant son habitude, s'asseoir sur ses genoux après le déjeuner :

— Loulou, tu seras content ce soir. Un officier d'artillerie te montrera la lanterne magique.

Le j^rince avait écouté sans mot dire. Il descendit des genoux de son |)ère et se dirigea vers la porte.

— Oi^i vas-tu? demanda l'Empereur.

— Papa, je reviens tout de suite.

Quelques minutes après, il rentrait, en effet, et reprenait sa place sur les genoux de son père.

— Eh bien, Louis, me diras-tu d'où-tu viens?

■ — Papa, je viens d'inviter miss Shaw au spectacle de ce soir.

— C'est différent, Ht Napoléon 111 de son rire jeune et si communicatif. Si tu as des invitations à faire aux dames...

Le soir, au moment de la représentation, le Prince alla lui-même chercher miss Shaw et la fit placer au

LE PniNCE IMI'KHIAE

milieu de rélat-major. On imagine aisément la joie de la brave femme.

Dans le caractère de cet enfant, promis à de si hautes destinées, il y avait mieux que de la gentillesse et de

I. Iiii|)i-raliice el le rrime impt'rial. D a|)rrs une plioloyiaphie de Piersoii.

l'affahilité. Il était bon, simple, franc, loyal. Veiit-on un Irail de cette boulé? A Compiègne — il avait alors cinq ans — il ai)prend que le général lîollin, adjudani général de la maison de l'Empereur, dont la sévérité est proverbiale, vient de renvoyer nu homme de peine qui a glissé avec un grand panier de verres de table et les a tous cassés. Aussitôt, le petit Prince n'a qu'une

« LA SOCIETE nu SECOND EMPIRE

idée : courir cliez rEmpereur et ol)tenir hi grâce du vieux serviteur. Une aulre fois, il aperçoit des fenêtres de sa chambre des Tuileries un homme escaladant les grilles du (^.arrousel. Émoi général dans le palais el au dehors. 1^'homme franchit la grille, s'élance vers les appartements, mais est bientôt pris. L'enfant fait de mander ce que veut cet inconnu. On lui répond (jue c'est un malheureux (jui désire voir l'Empereur afin d'obtenir un secours pour payer son loyer. Vite, le bambin ouvre son tiroir où il serre les pièces de frappe récente, les belles |)iéces neuves et scintillantes — vingt ceutimes ou vingt francs — que son père lui donne pour ses menus plaisirs. Le loul serré dans une enveloppe, il le fail |)orl(M' ;ni solliciteur aux abois *.

Il ;i\ail le courage inné el iiioulra. dès ses premières années, un sang-froid im|)erlurbable. En iS(')7,à l»iarrilz, il fît avec sa mère sur l'aviso le Chamois une promenade (|ui se lermina par un accidenl. En vouinni aborder, par une nuit noire ellivsgros lein|)s. à Sainl-Jeande-Luz, le canoi (pii {)orlaii rim|)ér;',trice cl son fils s'élait échoué sur des rochers au pied de la jetée. Un inslani, il y eul véritablement du danger.

— N'aie pas peur, Louis! cria la souveraine.

Et l'enfant de onze ans de répondi-e lout simplement :

— Un Napoléon n'a pas peur'!

Un Napoléon, il Fêlait |)ar sa ])assion du métier des armes qu'il montra en tant d'occasions, dès sa petite enfance. Tout était militaire dans sesgoûts, ses hal)itudes, ses jeux. Une âme de soldat l)attait déjà dans ce corps gracile. Il adorait revélir l'uniforme et se montrer avec ces galons de caporal qui lui avaient été décernés parle 1*' régiment de grenadiers •'.

1. Baron l'iEP.iiE de lioiiRcoiNi;, Je sais lout. ]."> juin l'.»Oit.

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