Ali'Iionsi: Daidet, Treille ans de T'uris
pas. Fatale conséquence de l'âge des liabiluésl Mais il y avait quelqu'un pour les réveiller. C'étail un petit homme trapu, le nez en l'air, la face large et épanouie : le chansonnier Gustave Nadaud qui tapait comme un sourd, lui-aussi, sur le piano, pour accompagner sa fameuse chanson des Deux gendarmes.
Tout voisin de chez Mme Ancelot. rue du (".herche- Midi, le salon rival de Mme Mélanie \\ aldor lui disputait ses hôtes. Renouvelant l'aventure de Mme du Dell'and avec Mlle de Lespinasse, Mme Mélanie Waldor avait été jadis très liée avec la muse de la rue Saint- (luillaume qui l'avait môme un peu lancée. Elle lui avait gardé ime amére rancune et son (ril flandjait. sa bouche se crispait de colère, dès (pie C[uelqu'un prononçait le nom honni. Le reste du temps, celle belle personne en cheveux noirs et velours noir, portant déjà le deuil de ses romans et de ses pièces oubliées, se tenait (( déroulée sur son divan, défaillante et alanguie, avec des attitudes de cœur brisé ' d. La rive gauche ('tait alors bien fournie en salons littéraires, car c'était rue de Toiu'non (pie se trouvait celui de la comtesse Chodsko. femme d'un vieux savant polonais. (Vêlait une grande femme sèche an regard ddiniiiateur. L'appartement était peu luxueux : trois petites pièces froides et pauvres sur la cour. Là venaient Philarète Chasles, nerveux et inquiet. Piei're \'(''ron. Philibert Audebrand. le poète Philoxène Boyer, l'homme de l'^-ance qui savait le plus de grec, hanté alors de l'idée ambitieuse d'un livre définitif sur Shakespeare qu'il ne parvint jamais à écrire, mais pour lecpiel il se tlocumenta avec tant de soin que la plus gran.ile partie de son existence se passa à absorber quelque dix mille volumes sur lauleur de Macbeth. Douce, timide, avec un air d'Anligone un j)eu attristée, sa femme l'accompagnait toujours. On la voyait aussi