Ai-PnoNSE D.vi DKT, Trente ans de Paris
avec lui au café de la Régence où elle lui préparait son absinthe avec le soin le plus attentif. L'heure de minuit ramenait immuablement la même entrée : celle du comte Chodsko, le maître de maison in partibiis, qui arrivait avec la régularité d'un coucou, son bougeoir à la main, et disait aux invités avec son accent slave : « Bonjour, moussiou ' »).
Mais un salon dominait ceux-ci de la puissance que donnent la vogue mondaine, 1 autorité intellectuelle el morale et aussi Tintérét suscité dans le public par l'opposition politique et l'accueil largement fait à toutes ies idées nouvelles. C'était celui de la comtesse d'AgouIt depuis longtemps connue en littérature sous le pseudonyme de Daniel Stern qu'elle avait illustré -, Nul n'ignorait la liaison de plusieurs années qu'elle avait eue avec Liszt, l'irrésistible Liszt, tout à la foisOrphéeetApollon, dont la séduction était si forte qu'une grande dame russe faisait joncher son salon de fleurs à chaque fois qu'il y paraissait. Bien que d'une nature pondérée plutôt portée à l'analyse et à la critique, la comtesse d'Agoult s'était trouvée sans force devant lui et elle s'était laissée enlever un soir de bal. Cependant, l'impression physique qu'elle donnait n'était pas celle de la faiblesse. A première vue, elle avait quelque chose de viril qui s'alliait néanmoins à une distinction ta parfaite qu'elle n'en perdait rien de sa féminité. Elle aimait à dire : « J'ai atteint l'âge d'homme, n Sa taille haute et élégante révélait essentiellement l'aristocratie et ses manières étaient d'une grande dame. Lorsque sous sa couronne de cheveux blancs légèrementvoilés de rhan-